12.10.2009
La Sortie du tunnel (11 octobre 2009)
Actes 27 : 21 – 44
Introduction
Vous vous sentez au fond du trou. Déçu, perplexe et désorienté. Vous ne comprenez pas ce que Dieu est en train de faire dans votre vie, pourquoi il permet de telles épreuves. Il y a deux semaines, lorsque nous avions étudié la première partie de ce chapitre, nous avions retenu une idée toute simple : notre vie est précaire ici-bas, et rien au monde ne peut nous prémunir contre le plan parfois incompréhensible de Dieu. Et bien vous voilà au cœur de la tourmente. En pleine incompréhension devant le plan souverain de Dieu, dans le cadre de votre vie familiale, de votre vie professionnelle, de votre vie d’église… Et vous n’attendez qu’une seule chose : la sortie du tunnel. Rappelez-vous que Paul et ses compagnons ont connu le même désespoir au milieu de cette terrible tempête ; malgré la promesse de Dieu (Ac 23.11), ils avaient « perdu finalement toute espérance d’être sauvés » (v. 20). Au creux de la vague, si j’ose dire, Paul est en train de réviser sa théologie ! « Et si, en fin de compte, Dieu n’était pas tout-à-fait souverain ? Et s’il avait, en fait, perdu le contrôle de la situation ? Et si ses plans avaient, finalement, été contrecarrés ? » Mais la suite de l’histoire est là pour nous montrer que Dieu reste tout-à-fait maître de la situation. L’auteur va
nous raconter de quelle façon Paul, ses compagnons et tous les passagers du navire vont échapper à cette tempête, exactement selon le plan de Dieu. L’auteur raconte cette heureuse issue de manière à nous faire retenir une leçon toute simple, une véritable bonne nouvelle pour tous ceux qui sont découragés et désorientés : c’est que Dieu ne nous abandonne pas dans le noir, mais il nous donne tout ce dont nous avons besoin pour pouvoir avancer dans la bonne direction et pour tenir bon en attendant la sortie du tunnel. Et tout ce dont nous avons besoin se trouve tout près de nous : dans la Bible, révélation objective de la part de Dieu, contenant ses promesses sur lesquelles nous pouvons nous appuyer avec certitude, et qui peuvent, au milieu de l’épreuve et du doute, nourrir notre courage, notre sagesse, notre fidélité et notre patience.
1. Dieu fait connaître à Paul la fin de l’histoire (v. 21-26)
a) Paul fonde son courage sur une révélation objective
L’histoire nous raconte que Dieu va s’approcher de Paul, par le moyen d’un ange, pour l’encourager. Et pour encourager Paul, Dieu lui rappelle son plan qui n’a pas changé (v. 24), et il lui annonce une bonne nouvelle, c’est que personne sur le bateau ne va périr. Cela va tellement encourager Paul qu’il va prendre la parole devant tout le monde et lui-même, va tenter de les encourager en leur annonçant cette bonne nouvelle (v. 22, 25). Pourquoi pense-t-il que tout le monde devrait prendre courage ? Parce qu’il se fie à ce que Dieu lui a dit (v. 25).
b) Connaître la fin de l’histoire
C’est comme si Paul, ses compagnons, et tous les passagers du bateau étaient dans un film à suspense ; leur vie ne tient qu’à un fil, personne ne sait comment ça va se finir, mais voilà qu’on leur apprend que l’histoire va bien se terminer. Je n’ai pas besoin de vous décrire la différence
que cela fait, quand on lit un roman qui est censé vous prendre par les tripes, vous faire ronger vos ongles, vous faire trembler d’inquiétude pour les personnages, alors que vous connaissez déjà la fin de l’histoire et que vous savez que tout se terminera bien !
c) La Bible prédit notre avenir
Ca change tout de savoir comment l’histoire va se terminer. Et quand on sait, pour sûr, que ça va bien se terminer, évidemment que ça donne du courage ! Aujourd’hui, vous aimeriez peut-être savoir si ça va bien se terminer pour vous. Est-ce que vous saviez que vous pouvez connaître votre avenir ? Je vais vous faire une prédiction : si vous placez votre confiance en Jésus-Christ pour le pardon de vos fautes, à cause de son œuvre unique et suffisante à la croix, je vous annonce que vous êtes destiné à vivre éternellement en présence de Dieu et que rien ne pourra jamais vous séparer de son amour ou vous arracher de sa main. Je vous fais une autre prédiction : si vous ne vous confiez pas en Jésus, mais préférez retenir votre autonomie, votre orgueil ou votre indifférence à Dieu, vous êtes destiné à être séparé éternellement de Dieu et à subir, à cause de votre péché, des tourments indescriptibles mais parfaitement justes.
d) Dieu nous parle au milieu de la nuit
Dans cette histoire, Paul fonde son courage sur une révélation objective de la part de Dieu. Dieu lui a rappelé son plan ; Dieu lui annonce la fin de l’histoire. L’auteur veut nous inciter à faire de même, à fonder notre courage, lorsque nous sommes au beau milieu de la nuit et de la tempête, sur les promesses de Dieu concernant notre vie. Mais Dieu ne nous parle pas ordinairement par des anges aujourd’hui : Dieu nous donne mieux que ça ! Dieu nous a donné « tout ce qui est nécessaire à [sa] gloire ainsi qu’au salut, à la foi et à la vie de l’homme » (Confession de foi de Westminster 1, 6), et tout cela se trouve dans la Bible.
Au milieu de la nuit, ne cherchez pas à communiquer avec des anges, mais prenez la Parole de Dieu, et relisez ses promesses. Relisez son plan pour votre vie : « Il n’y a aucune condamnation pour ceux qui sont en Christ-Jésus […]. Toutes choses coopèrent au bien de ceux qui aiment Dieu, qui sont appelés selon son dessein. Car ceux qu’il a connus d’avance, il les a aussi prédestinés à être semblables à l’image de son Fils […]. Et ceux qu’il a prédestinés, il les a aussi appelés ; et ceux qu’il a appelés, il les a aussi justifiés ; et ceux qu’il a justifiés, il les a aussi glorifiés. Que dirons-nous donc à ce sujet ? Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? » (Rm 8.1, 28-31). La première chose que nous pouvons tirer de ce texte, c’est donc un appel à fonder notre courage sur les promesses objectives de Dieu concernant notre vie, et à répondre avec Paul : « J’ai cette foi en Dieu qu’il en sera comme il m’a été dit » (v. 25). Une telle posture va entraîner trois conséquences que nous observons dans le texte.
2. Paul résiste aux obstacles, à cause de la promesse (v. 27-32)
a) Les matelots s’opposent à l’intention de Dieu
Paul connaît donc la fin de l’histoire. Il sait que tout va bien se terminer, puisque Dieu lui a promis. Pourtant, il va y avoir un obstacle. Les matelots se rendent compte qu’ils approchent d’une terre, mais qu’il n’y a pas assez de place dans la chaloupe pour tout le monde. Ils vont donc élaborer un stratagème pour sauver leur propre peau. Mais Paul ne se laisse pas berner, et il fait capoter le projet. Paul a conscience que le plan égoïste des matelots s’oppose au plan et à la promesse de Dieu. Il aurait pu les laisser faire et se dire que Dieu interviendrait bien d’une façon ou d’une autre. Est-ce que c’est cela, une attitude de foi ?
b) Surmonter les contretemps
Je crois que le texte nous montre tout le contraire. Parce qu’il se fie totalement à la promesse de Dieu, Paul est bien plutôt poussé à intervenir en fonction des intentions que Dieu a révélées. Imaginez que vous devez aller en voiture récupérer vos enfants à 16h30 à la sortie de l’école, mais que sur le chemin, vous êtes confronté à une déviation importante, ensuite vous vous perdez, et enfin vous tombez en panne d’essence. Est-ce que vous allez, du coup, laisser tomber le projet d’aller récupérer vos enfants à l’école ? Bien sûr que non. Vous allez surmonter ces contretemps, d’une façon ou d’une autre, à cause d’une intention qui est claire et qui n’est pas négociable ni optionnelle, celle de ne pas laisser vos enfants livrés à eux-mêmes à la sortie de l’école.
c) Résister aux obstacles qui s’opposent à l’intention de Dieu
De la même façon, Dieu a révélé ses intentions à Paul, et Paul en tire les conséquences pour sa situation. Dieu a révélé ses intentions pour notre vie dans la Bible, et aucune épreuve, aucune tentation, aucune tempête ne peut les remettre en question. Dieu a révélé ses intentions pour notre vie dans la Bible, et nous devons en tirer les conséquences pour telle ou telle situation où nous nous trouvons. Dieu a révélé sa volonté, et c’est en fonction de cette révélation objective, non négociable, non optionnelle, que nous devons parfois prendre des mesures face à des situations qui font obstacle à cette volonté.
Par exemple : votre couple bat de l’aile, et vous vous éloignez de plus en plus de votre conjoint, la situation semble vous échapper et vous ne comprenez pas pourquoi Dieu permet cette épreuve. Ce serait tellement logique de laisser faire, d’attendre que Dieu fasse quelque chose pour vous. Mais l’intention de Dieu pour votre couple est claire dans la Bible, et vous devez bien plutôt en tirer les conséquences pour votre situation, en fonction des responsabilités que Dieu vous a données. Vous humilier. Demander pardon à votre conjoint. Travailler à votre amour. La première conséquence d’un courage fondé sur les promesses objectives de Dieu concernant notre vie, c’est donc, lorsque nous sommes en pleine tempête et que s’accumulent les obstacles à la volonté de Dieu, d’être prêt à prendre des mesures pour surmonter ces obstacles, des mesures fondées sur la volonté objective de Dieu et non sur nos impressions subjectives.
3. Paul incite à la constance, à cause de la promesse (v. 33-38)
a) Paul encourage les naufragés à manger et à prendre des forces
La deuxième conséquence d’un courage fondé sur les promesses objectives de Dieu concernant notre vie, nous la voyons chez Paul qui encourage tous les passagers du bateau à ne pas se laisser dépérir mais à manger et à prendre des forces. Pourquoi les gens n’avaient-ils pas mangé ? Ce n’est pas parce qu’ils manquaient de nourriture, mais c’est parce qu’ils étaient trop préoccupés par la tempête. Lorsque l’on est assailli par les épreuves et le doute, il facile et normal de perdre le sens des priorités. Mais Paul, fort de la révélation que Dieu lui a donnée, est capable, à cause de la promesse de Dieu, de persévérer dans les choses essentielles, et d’inciter les autres à cette même constance.
b) Quand il y a des turbulences
Tous ceux qui ont déjà pris l’avion savent ce qu’il se passe lorsque l’appareil traverse une zone de turbulences. « Ding ! » Le voyant s’allume
pour indiquer à tout le monde qu’il faut mettre la ceinture de sécurité. Et parfois, la voix rassurante du commandant. Vous êtes dans l’avion, et franchement, il n’y a rien que vous puissiez faire pour sortir de cette zone de turbulences, ni pour éviter l’accident s’il doit y avoir un accident. Par contre, il y a quelque chose que vous pouvez, et que vous devez faire. Mettre votre ceinture.
c) Demeurer fidèle malgré les circonstances
De la même façon, Paul sait que Dieu est souverain, et il fonde son courage sur le fait que le plan de Dieu est bon. Paul sait bien qu’il n’a pas de pouvoir pour réaliser lui-même l’issue heureuse que Dieu a promise. Et il n’est pas sûr de ce que Dieu va faire exactement pour les sortir de là. Mais il est ramené à ses priorités et à ses responsabilités. Nous ne savons pas toujours ce que Dieu est en train de faire, mais sur la base de ce qu’il a révélé, et qui est objectif et certain, nous savons un minimum de ce que Dieu nous demande.
Par exemple : votre situation professionnelle est compromise pour des raisons de restructuration de l’entreprise, et vous n’avez aucun pouvoir là-dessus. Vous ne savez pas pourquoi Dieu permet cette épreuve, et vous ne savez pas comment Dieu va vous sortir de cette situation précaire. Mais vous savez quand même que Dieu vous demande de vous fortifier en lui, de rester fidèle à ses exigences de paix, d’amour et de foi, d’user avec constance des moyens de grâce qu’il a mis à votre disposition : la prière, le culte, la communion fraternelle, la lecture de sa Parole… La deuxième conséquence d’un courage fondé sur les promesses objectives de Dieu concernant notre vie, c’est donc, lorsque nous sommes dans la tempête et dans le noir, de demeurer fidèles dans les priorités que Dieu a placées explicitement devant nous.
4. Dieu accomplit son plan selon sa promesse (v. 39-44)
a) Paul voit Dieu agir de manière providentielle
Il reste un dernier élément à l’histoire. Le bateau échoue sur un banc de sable, et les soldats prennent une décision qui pourrait faire littéralement tomber à l’eau tout le plan de Dieu. Ils décident de tuer tous les prisonniers, car le risque est trop grand que certains s’échappent. Paul ne peut rien faire. C’est un obstacle sur lequel il ne peut tout simplement pas intervenir. Mais l’auteur montre que Dieu a orchestré l’issue de cette histoire de manière absolument providentielle : le centenier voulait sauver Paul alors il empêche les soldats de massacrer les prisonnier (v. 43).
b) Dieu a décrété la fin et les moyens
L’auteur nous montre ici que la troisième et dernière conséquence d’un courage fondé sur les promesses objectives de Dieu concernant notre vie, c’est par moment, de pouvoir attendre patiemment les solutions providentielles que Dieu a orchestrées d’avance pour nous. Dieu a un plan
qui est bon et parfait. Il en a décrété la fin et les moyens. Et ces moyens sont parfois ordinaires, parfois providentiels, parfois miraculeux. Si nous sommes convaincus de cela, comme l’était Paul, et si nous fondons notre courage sur les promesses objectives de Dieu concernant notre vie, et contenues dans la sainte Bible, nous pourrons, par la grâce de Dieu et avec l’aide de son Esprit, patienter. Patienter sur la base de ses promesses. Patienter sur la base de sa souveraineté, de sa sagesse et de sa bonté.
Conclusion
Essayons de récapituler pour finir. Ce texte annonce une bonne nouvelle à tous ceux qui sont découragés et désorientés : c’est que Dieu ne nous abandonne pas dans le noir, mais il nous donne tout ce dont nous avons besoin pour pouvoir avancer dans la bonne direction et pour tenir bon en attendant la sortie du tunnel. Ce texte nous a appelés à fonder notre courage sur les promesses objectives de Dieu concernant notre vie, qui sont contenues dans la Bible, et à répondre avec Paul : « J’ai cette foi en Dieu qu’il en sera comme il m’a été dit » (v. 25). Trois conséquences découlent de cette posture-là : d’abord, Dieu a révélé sa volonté, et c’est en fonction de cette révélation objective, non négociable, non optionnelle, que nous devons parfois prendre des mesures face à des situations qui font obstacle à la volonté de Dieu. Ensuite, nous ne savons pas toujours ce que Dieu est en train de faire, mais sur la base de ce qu’il a révélé, et qui est objectif et certain, nous savons un minimum de ce que Dieu nous demande. Enfin, Dieu a un plan qui est bon et parfait, dont il a décrété la fin et les moyens, et par moments, nous sommes appelés à attendre patiemment les solutions providentielles que Dieu a orchestrées d’avance pour nous. Nous lisons dans les Psaumes : "Ma vie est continuellement exposée, mais je n'oublie pas ta loi. Des méchants me tendent un piège, mais je ne m'égare pas loin de tes statuts. Tes préceptes sont pour toujours mon héritage, car ils sont la joie de mon coeur. J'incline mon coeur à pratiquer tes prescriptions, toujours, jusqu'à la fin" (Ps 119.109-112). Mais je veux quand même terminer en vous posant la question que j’ai posée au début : est-ce que vous saviez que la Bible prédisait votre avenir ? Et est-ce que vous savez quel avenir la Bible vous prédit ? La promesse est certaine, et c’est une promesse de sécurité éternelle ; Jésus dit : « En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui croit en moi a la vie éternelle » (Jn 6.47).
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29.09.2009
Suspendus au plan de Dieu (27 septembre 2009)
Actes 27 : 1 – 20
Introduction
La plupart d’entre nous avons une vie relativement confortable. Un toit au-dessus de nos têtes, des vêtements à porter, de la nourriture au quotidien. De la famille et des amis. Un revenu plus ou moins stable. Ajoutez à cela les aides et la protection du gouvernement, ainsi que les assurances privées que nous sommes nombreux à souscrire pour notre habitation, pour notre véhicule, pour nos personnes, et on peut se dire qu’on est tout-à-fait prémuni contre les difficultés de la vie. Accident, maladie, invalidité, chômage, vol, vandalisme, agression, guerre, catastrophe naturelle… on est préparé ! Avec le genre de vie qu’on a, on peut envisager l’avenir avec beaucoup de confiance et de sérénité.
Nous sommes protégés contre le malheur. Au États-Unis, vous pouvez même souscrire une assurance qui vous couvre contre « tout acte de la nature ou de Dieu » ! Être couvert contre les actes de Dieu, voilà le summum d’une vie tranquille. Mais voilà aussi, peut-être, le summum de notre présomption. Le jour où le malheur nous touche vraiment, où tous nos projets s’effondrent, où les choses ne se passent pas du tout comme prévu, on se rend compte que toute cette prétendue sécurité ne fait pas tant que ça pour nous protéger. Le texte de ce matin est tout simplement un appel à la lucidité. Ce texte veut nous placer devant notre propre vulnérabilité ; il soulève un problème sans toutefois nous donner une réponse tout-à-fait satisfaisante à ce problème ! La leçon qu’on pourra retenir de ce texte, c’est la suivante : notre vie est précaire ici-bas, et rien au monde ne peut nous prémunir contre le plan parfois incompréhensible de Dieu. Et là, vous vous dites : « C’est censé m’encourager, ça ? ». Et bien regardons comment le texte en parle.
1. Le calme avant la tempête (v. 1 – 8)
a) Le calme avant la tempête
Ce nouvel épisode des aventures de Paul s’ouvre sous les meilleurs auspices. Depuis un moment, on sait que c’est la volonté de Dieu que Paul se rende à Rome pour y témoigner de l’Évangile (Ac 23.11). Il est placé sous une escorte prestigieuse (v. 1), accompagné de plusieurs amis fidèles (v. 2) ; il bénéficie pendant le voyage de la bienveillance du centenier et du soin de l’Église (v. 3). Tout se passe comme sur des roulettes. Mais soudain, on apprend que les vents contraires entraînent un petit changement d’itinéraire (v. 4-5), alors le centenier doit s’adapter en improvisant un peu (v. 6). Rien de bien inquiétant. Sauf que les difficultés vont s’intensifier petit à petit (v. 7-8). L’auteur est en train de faire monter progressivement et délibérément la tension dans son récit. Il crée du suspense. Il nous aspire dans la situation pour nous faire ressentir cette fameuse boule au ventre que l’on a lorsqu’on se rend compte qu’une situation est en train de nous échapper complètement.
b) Perdre l’équilibre à skis
Tous ceux qui ont fait au moins une fois du ski savent ce qu’on ressent lorsqu’on est en train de descendre une pente tranquillement et que
tout d’un coup, on ne sait pas trop ce qui s’est passé, mais en l’espace d’une demi-seconde, la pente nous paraît beaucoup trop pentue, la neige beaucoup trop glissante, et la vitesse beaucoup trop rapide, et on sait pertinemment qu’on vient de perdre le contrôle de la situation. Il y a un pied qui part à droite, l’autre à gauche, et on ne sait pas si ça va bien se terminer. Tous ceux qui ont fait au moins une fois du ski savent très bien ce que c’est qu’une situation précaire.
c) Nous sommes des êtres précaires et dépendants
Mais même sans faire du ski, nous savons tous ce que c’est qu’une situation précaire, car notre vie en est une. Quoi que nous en pensions, l’équilibre de notre vie est fragile, même lorsqu’on a l’impression de vivre sous les meilleurs auspices. Nous ne sommes pas maîtres des circonstances, et nous sommes soumis à des forces et à des événements qui nous échappent totalement et qui peuvent, du jour au lendemain, remettre toute notre vie en question : une crise économique, un changement climatique, un accident de la circulation, une pandémie grippale… L’équilibre de notre vie est précaire.
C’est cela que l’auteur veut nous faire mesurer dans un premier temps. Nous sommes des êtres vulnérables et dépendants, malgré le fait que nous nous complaisons dans notre confort, dans notre sécurité prétendue, dans nos beaux projets et nos belles ambitions. Mais ce texte va à l’encontre de ce genre de présomption et nous invite plutôt à regarder la réalité en face : admettez-vous la possibilité de tout perdre du jour au lendemain ? Ce genre de lucidité doit entraîner chez nous une grande modération, une grande humilité, et une grande dépendance de celui qui est le Maître de toute circonstance, Dieu lui-même (Jc 4.13-16). La suite du texte va nous montrer pourquoi cela est tellement important.
2. À qui la faute ? (v. 9 – 15)
a) Lorsqu’une décision devient nécessaire
Le centenier veut poursuivre sa mission, mais la situation devient de plus en plus dangereuse. Poursuivre le voyage comporte un risque évident, renforcé par la conviction exprimée par Paul (v. 9-10). Faut-il continuer le voyage, ou attendre le printemps ? En fait, il y a de bonnes raisons de prendre le risque de continuer : le pilote, fort de sa compétence et de son expérience y est favorable (v. 11), de même que la majorité des gens sur le bateau (v. 12). En plus, le fait de ne pas continuer comporte aussi un risque (v. 12). Et pour couronner le tout, un vent favorable commence à souffler, ce qui est bon signe (v. 13) ! La décision de continuer le voyage est donc mise en œuvre, non sans une certaine prudence (v. 13). Mais sitôt partis, c’est un retournement de situation total : les éléments se déchaînent soudain, et le navire se retrouve piégé par la tempête. Le fait de partir ne constituait pourtant pas un risque inconsidéré ! Mais l’auteur nous raconte tous ces détails pour nous montrer que la souveraineté de Dieu s’exerce envers et contre tout. Son plan surpasse les meilleurs plans des hommes. Ses projets s’accomplissent en dépit de la meilleure logique et de la meilleure volonté humaines (v. 14-15).
b) Quand j’ai perdu ma voiture
Un jour, j’ai dû décider si oui ou non j’allais dépenser une grande somme d’argent sur des réparations pour ma voiture. Étant donné que le montant des réparations était inférieur à la valeur de la voiture, j’ai opté pour la dépense, en demandant quand même au garagiste s’il pouvait prendre deux chèques et encaisser le deuxième un mois plus tard. Pas de problème. J’avais réfléchi, et pris la décision qui semblait la plus raisonnable, en ayant pesé un maximum d’enjeux et pris en considération un maximum d’éléments. Une bonne réparation, et la voiture sera repartie pour quelques années. Je récupère la voiture un mardi. Le samedi, dans un virage, un peu de gasoil sur la chaussée et ma voiture finit
à l’envers dans le fossé. Verdict : irrécupérable. Un mois plus tard, le deuxième chèque était débité de mon compte. J’ai ri jaune ! Je me suis dit : « Seigneur, je ne comprends pas trop ton sens de l’humour ».
c) Nos meilleures décisions sont toujours faillibles
L’auteur du texte soulève le même problème : « Seigneur, pourquoi tu fais souffler un léger vent du sud, et permets-tu à l’équipage de prendre une décision semble-t-il bien fondée, si c’est pour ensuite retourner la situation contre eux ? ». Le texte nous raconte tout cela pour nous faire prendre conscience d’une idée simple : c’est que nous sommes certes appelés à exercer notre responsabilité, à peser le pour et le contre, à faire les meilleurs choix possibles, mais nous ne devons jamais nous confier en notre propre faculté de décision. Nous avons une faculté de décision, et nous devons l’exercer, mais en restant suspendus à Dieu. Pourquoi ? Parce que la souveraineté de Dieu s’exerce envers et contre tout, même nos meilleures décisions. « Le cœur de l’homme médite sa voie, mais c’est l’Éternel qui dirige ses pas » (Pr 16.9, SEG).
Cet état d’esprit nous permet d’éviter deux écueils. Premier écueil : la réticence à prendre la moindre décision, a avoir le moindre projet, par crainte que ça tombe à l’eau. Au contraire, croire que la souveraineté de Dieu s’exerce envers et contre tout devrait nous libérer dans l’exercice de nos responsabilités. C’est une sécurité, qui ne doit pas pour autant dévaloriser l’importance de bien fonder nos décisions. Le deuxième écueil que cela nous permet d’éviter, c’est la culpabilité et le désespoir qui pourraient nous assaillir quand les choses se passent mal. « Je ne comprends pas ! Cette décision me paraissait pourtant bonne. Est-ce que j’ai péché ? C’est ma faute ! ». Pas du tout : une décision bonne et juste peut très bien aboutir à un malheur, du point de vue de notre expérience. Regardez la vie de Job. La souveraineté de Dieu s’exerce envers et contre tout. Mais comment se fait-il que Dieu permette de telles difficultés dans nos vies, de telles catastrophes même, au point où on a l’impression, parfois, que Dieu agit en contradiction avec son propre plan ?
3. Quand ça va de mal en pis (v. 16 – 20)
a) Quand ça va de mal en pis
Je ne suis pas sûr que le texte nous donne une réponse pleinement satisfaisante à cette question. Mais voyons ce qui se passe. La tempête fait rage, alors des dispositions sont prises dans l’urgence pour limiter les dégâts (v. 16-17). Mais les circonstances ne font qu’empirer de jour en jour, au point où il faut commencer à jeter une partie de la cargaison et de l’équipement du navire (v. 18-19). L’équipage se retrouve de plus en plus démuni, jusqu’à ce terrible verset 20 qui décrit froidement la perdition et le désespoir des gens sur le bateau. Il ne fait aucun doute dans l’esprit de l’auteur que Dieu est souverain, qu’il est le Maître de la tempête et que c’est lui qui commande les vents. Mais comme si le lecteur n’était déjà pas assez perplexe face aux événements de ce récit, l’auteur est en train de surenchérir : on sait que Dieu avait prévu que Paul témoigne de l’Évangile à Rome, mais voilà que Dieu semble réaliser tout le contraire de son plan !
b) Christ sur la croix
Le texte ne nous explique pas pourquoi il en est ainsi ; il dresse seulement un constat. Il nous rappelle simplement que le plan incompréhensible de Dieu ressemble à cela, parfois. Les disciples de Jésus ont dû ressentir la même perplexité, peut-être le même désespoir, lorsqu’ils ont vu mourir celui qu’ils croyaient être le Messie tant attendu. Ils ont vu le triomphe de Jésus lorsqu’il est entré dans Jérusalem (Lc 19.38), mais quelques jours plus tard, retournement de situation : Jésus est trahi, livré entre les mains de ses ennemis, abandonné des siens,
humilié en public, et crucifié entre deux brigands (Lc 22-23). Quelle défaite ! Jésus lui-même, au cœur de la tourmente, s’écrie : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » (Mc 15.34). On n’y comprend plus rien. « Seigneur, qu’est-ce que tu es en train de faire ? » Par moments, le plan de Dieu est incompréhensible. Mais son plan est bon et parfait. Un jour, cela nous apparaîtra pleinement. Les disciples en ont fait l’expérience, lorsque, quelques jours après la crucifixion, Jésus leur est apparu vivant de nouveau, et leur a expliqué qu’il devait souffrir de la sorte et mourir pour prendre sur lui les péchés de tous ceux qui se confieraient en lui (Lc 24.46-47), et que par sa résurrection et son ascension auprès du Père, le Messie était bel et bien entré dans son règne suprême et glorieux (Mt 28.18).
c) Nous sommes suspendus au plan parfois incompréhensible de Dieu
Un jour, mais peut-être pas ici-bas, nous serons absolument éblouis de voir combiens les plans de Dieu sont bons et parfaits, et nous pourrons mesurer toute la portée des paroles du prophète Ésaïe : « Autant les cieux sont élevés au-dessus de la terre, autant [les voies de Dieu] sont élevées au-dessus de [nos] voies et [ses] pensées au-dessus de [nos] pensées » (És 55.9). En attenant, il nous faut reconnaître, et accepter, que par moments, le plan de Dieu est incompréhensible. Notre vie est subordonnée à sa souveraineté ; nous vivons comme suspendus à son plan ; mais ce plan est bon et parfait. « Que tes pensées, ô Dieu, me semblent impénétrables ! Que la somme en est grande ! Si je les compte, elles sont plus nombreuses que les grains de sable. Je m’éveille, et je suis encore avec toi » (Ps 139.17-18).
Conclusion
Que peut-on dire pour conclure ? À travers tout ce qu’on a vu dans ce texte, la leçon à retenir est simple : notre vie est précaire ici-bas, et rien au monde ne peut nous prémunir contre le plan parfois incompréhensible de Dieu. Si vous croyez à cette affirmation, il n’y a que deux conséquences possibles : soit cela vous terrifie, soit cela vous rassure. Cela doit vous terrifier, si vous n’êtes pas sûr d’avoir la faveur de ce Dieu souverain. Dieu est le Maître du vent, le Maître de toutes les circonstances de votre vie, et son plan est bon et parfait ; mais quelle place avez-vous dans ce plan ? Quelles sont vos garanties dans l’éternité ? Dieu vous propose une assurance éternelle, c’est le sang de son Fils versé à la croix pour le pardon de vos péchés. Si vous vous confiez en Jésus pour le pardon de vos péchés, vous pouvez être certain d’une chose, c’est que vous êtes l’objet éternel de l’amour de Dieu. Vous êtes l’ami du Maître du vent, l’enfant chéri du Maître de toute circonstance. Face à la souveraineté absolue de Dieu, c’est cela qui change notre terreur en assurance. Notre vie est précaire ici-bas, et rien au monde ne peut nous prémunir contre le plan parfois incompréhensible de Dieu, mais Dieu nous aime éternellement, et il a scellé cet amour à la croix. Il a signé ce « contrat d’assurance » avec le sang de Jésus-Christ son propre Fils. « Toutes choses coopèrent [concourent] au bien de ceux qui aiment Dieu […]. Lui qui n’a pas épargné son propre Fils, mais qui l’a livré pour nous tous, comment ne nous donnera-t-il pas aussi tout avec lui, par grâce ? […] Qui nous séparera de l’amour de Christ ? La tribulation, ou l’angoisse, ou la persécution, ou la faim, ou le dénuement, ou le péril, ou l’épée ? […] Mais dans toutes ces choses, nous sommes plus que vainqueurs par celui qui nous a aimés. Car je suis persuadé que ni la mort, ni la vie, ni les anges, ni les dominations, ni le présent, ni l’avenir, ni les puissances, ni les êtres d’en-haut, ni ceux d’en-bas, ni aucune autre créature ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu en Christ-Jésus notre Seigneur » (Rm 8.28, 32, 35, 37-39).
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