12.10.2009
La Sortie du tunnel (11 octobre 2009)
Actes 27 : 21 – 44
Introduction
Vous vous sentez au fond du trou. Déçu, perplexe et désorienté. Vous ne comprenez pas ce que Dieu est en train de faire dans votre vie, pourquoi il permet de telles épreuves. Il y a deux semaines, lorsque nous avions étudié la première partie de ce chapitre, nous avions retenu une idée toute simple : notre vie est précaire ici-bas, et rien au monde ne peut nous prémunir contre le plan parfois incompréhensible de Dieu. Et bien vous voilà au cœur de la tourmente. En pleine incompréhension devant le plan souverain de Dieu, dans le cadre de votre vie familiale, de votre vie professionnelle, de votre vie d’église… Et vous n’attendez qu’une seule chose : la sortie du tunnel. Rappelez-vous que Paul et ses compagnons ont connu le même désespoir au milieu de cette terrible tempête ; malgré la promesse de Dieu (Ac 23.11), ils avaient « perdu finalement toute espérance d’être sauvés » (v. 20). Au creux de la vague, si j’ose dire, Paul est en train de réviser sa théologie ! « Et si, en fin de compte, Dieu n’était pas tout-à-fait souverain ? Et s’il avait, en fait, perdu le contrôle de la situation ? Et si ses plans avaient, finalement, été contrecarrés ? » Mais la suite de l’histoire est là pour nous montrer que Dieu reste tout-à-fait maître de la situation. L’auteur va
nous raconter de quelle façon Paul, ses compagnons et tous les passagers du navire vont échapper à cette tempête, exactement selon le plan de Dieu. L’auteur raconte cette heureuse issue de manière à nous faire retenir une leçon toute simple, une véritable bonne nouvelle pour tous ceux qui sont découragés et désorientés : c’est que Dieu ne nous abandonne pas dans le noir, mais il nous donne tout ce dont nous avons besoin pour pouvoir avancer dans la bonne direction et pour tenir bon en attendant la sortie du tunnel. Et tout ce dont nous avons besoin se trouve tout près de nous : dans la Bible, révélation objective de la part de Dieu, contenant ses promesses sur lesquelles nous pouvons nous appuyer avec certitude, et qui peuvent, au milieu de l’épreuve et du doute, nourrir notre courage, notre sagesse, notre fidélité et notre patience.
1. Dieu fait connaître à Paul la fin de l’histoire (v. 21-26)
a) Paul fonde son courage sur une révélation objective
L’histoire nous raconte que Dieu va s’approcher de Paul, par le moyen d’un ange, pour l’encourager. Et pour encourager Paul, Dieu lui rappelle son plan qui n’a pas changé (v. 24), et il lui annonce une bonne nouvelle, c’est que personne sur le bateau ne va périr. Cela va tellement encourager Paul qu’il va prendre la parole devant tout le monde et lui-même, va tenter de les encourager en leur annonçant cette bonne nouvelle (v. 22, 25). Pourquoi pense-t-il que tout le monde devrait prendre courage ? Parce qu’il se fie à ce que Dieu lui a dit (v. 25).
b) Connaître la fin de l’histoire
C’est comme si Paul, ses compagnons, et tous les passagers du bateau étaient dans un film à suspense ; leur vie ne tient qu’à un fil, personne ne sait comment ça va se finir, mais voilà qu’on leur apprend que l’histoire va bien se terminer. Je n’ai pas besoin de vous décrire la différence
que cela fait, quand on lit un roman qui est censé vous prendre par les tripes, vous faire ronger vos ongles, vous faire trembler d’inquiétude pour les personnages, alors que vous connaissez déjà la fin de l’histoire et que vous savez que tout se terminera bien !
c) La Bible prédit notre avenir
Ca change tout de savoir comment l’histoire va se terminer. Et quand on sait, pour sûr, que ça va bien se terminer, évidemment que ça donne du courage ! Aujourd’hui, vous aimeriez peut-être savoir si ça va bien se terminer pour vous. Est-ce que vous saviez que vous pouvez connaître votre avenir ? Je vais vous faire une prédiction : si vous placez votre confiance en Jésus-Christ pour le pardon de vos fautes, à cause de son œuvre unique et suffisante à la croix, je vous annonce que vous êtes destiné à vivre éternellement en présence de Dieu et que rien ne pourra jamais vous séparer de son amour ou vous arracher de sa main. Je vous fais une autre prédiction : si vous ne vous confiez pas en Jésus, mais préférez retenir votre autonomie, votre orgueil ou votre indifférence à Dieu, vous êtes destiné à être séparé éternellement de Dieu et à subir, à cause de votre péché, des tourments indescriptibles mais parfaitement justes.
d) Dieu nous parle au milieu de la nuit
Dans cette histoire, Paul fonde son courage sur une révélation objective de la part de Dieu. Dieu lui a rappelé son plan ; Dieu lui annonce la fin de l’histoire. L’auteur veut nous inciter à faire de même, à fonder notre courage, lorsque nous sommes au beau milieu de la nuit et de la tempête, sur les promesses de Dieu concernant notre vie. Mais Dieu ne nous parle pas ordinairement par des anges aujourd’hui : Dieu nous donne mieux que ça ! Dieu nous a donné « tout ce qui est nécessaire à [sa] gloire ainsi qu’au salut, à la foi et à la vie de l’homme » (Confession de foi de Westminster 1, 6), et tout cela se trouve dans la Bible.
Au milieu de la nuit, ne cherchez pas à communiquer avec des anges, mais prenez la Parole de Dieu, et relisez ses promesses. Relisez son plan pour votre vie : « Il n’y a aucune condamnation pour ceux qui sont en Christ-Jésus […]. Toutes choses coopèrent au bien de ceux qui aiment Dieu, qui sont appelés selon son dessein. Car ceux qu’il a connus d’avance, il les a aussi prédestinés à être semblables à l’image de son Fils […]. Et ceux qu’il a prédestinés, il les a aussi appelés ; et ceux qu’il a appelés, il les a aussi justifiés ; et ceux qu’il a justifiés, il les a aussi glorifiés. Que dirons-nous donc à ce sujet ? Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? » (Rm 8.1, 28-31). La première chose que nous pouvons tirer de ce texte, c’est donc un appel à fonder notre courage sur les promesses objectives de Dieu concernant notre vie, et à répondre avec Paul : « J’ai cette foi en Dieu qu’il en sera comme il m’a été dit » (v. 25). Une telle posture va entraîner trois conséquences que nous observons dans le texte.
2. Paul résiste aux obstacles, à cause de la promesse (v. 27-32)
a) Les matelots s’opposent à l’intention de Dieu
Paul connaît donc la fin de l’histoire. Il sait que tout va bien se terminer, puisque Dieu lui a promis. Pourtant, il va y avoir un obstacle. Les matelots se rendent compte qu’ils approchent d’une terre, mais qu’il n’y a pas assez de place dans la chaloupe pour tout le monde. Ils vont donc élaborer un stratagème pour sauver leur propre peau. Mais Paul ne se laisse pas berner, et il fait capoter le projet. Paul a conscience que le plan égoïste des matelots s’oppose au plan et à la promesse de Dieu. Il aurait pu les laisser faire et se dire que Dieu interviendrait bien d’une façon ou d’une autre. Est-ce que c’est cela, une attitude de foi ?
b) Surmonter les contretemps
Je crois que le texte nous montre tout le contraire. Parce qu’il se fie totalement à la promesse de Dieu, Paul est bien plutôt poussé à intervenir en fonction des intentions que Dieu a révélées. Imaginez que vous devez aller en voiture récupérer vos enfants à 16h30 à la sortie de l’école, mais que sur le chemin, vous êtes confronté à une déviation importante, ensuite vous vous perdez, et enfin vous tombez en panne d’essence. Est-ce que vous allez, du coup, laisser tomber le projet d’aller récupérer vos enfants à l’école ? Bien sûr que non. Vous allez surmonter ces contretemps, d’une façon ou d’une autre, à cause d’une intention qui est claire et qui n’est pas négociable ni optionnelle, celle de ne pas laisser vos enfants livrés à eux-mêmes à la sortie de l’école.
c) Résister aux obstacles qui s’opposent à l’intention de Dieu
De la même façon, Dieu a révélé ses intentions à Paul, et Paul en tire les conséquences pour sa situation. Dieu a révélé ses intentions pour notre vie dans la Bible, et aucune épreuve, aucune tentation, aucune tempête ne peut les remettre en question. Dieu a révélé ses intentions pour notre vie dans la Bible, et nous devons en tirer les conséquences pour telle ou telle situation où nous nous trouvons. Dieu a révélé sa volonté, et c’est en fonction de cette révélation objective, non négociable, non optionnelle, que nous devons parfois prendre des mesures face à des situations qui font obstacle à cette volonté.
Par exemple : votre couple bat de l’aile, et vous vous éloignez de plus en plus de votre conjoint, la situation semble vous échapper et vous ne comprenez pas pourquoi Dieu permet cette épreuve. Ce serait tellement logique de laisser faire, d’attendre que Dieu fasse quelque chose pour vous. Mais l’intention de Dieu pour votre couple est claire dans la Bible, et vous devez bien plutôt en tirer les conséquences pour votre situation, en fonction des responsabilités que Dieu vous a données. Vous humilier. Demander pardon à votre conjoint. Travailler à votre amour. La première conséquence d’un courage fondé sur les promesses objectives de Dieu concernant notre vie, c’est donc, lorsque nous sommes en pleine tempête et que s’accumulent les obstacles à la volonté de Dieu, d’être prêt à prendre des mesures pour surmonter ces obstacles, des mesures fondées sur la volonté objective de Dieu et non sur nos impressions subjectives.
3. Paul incite à la constance, à cause de la promesse (v. 33-38)
a) Paul encourage les naufragés à manger et à prendre des forces
La deuxième conséquence d’un courage fondé sur les promesses objectives de Dieu concernant notre vie, nous la voyons chez Paul qui encourage tous les passagers du bateau à ne pas se laisser dépérir mais à manger et à prendre des forces. Pourquoi les gens n’avaient-ils pas mangé ? Ce n’est pas parce qu’ils manquaient de nourriture, mais c’est parce qu’ils étaient trop préoccupés par la tempête. Lorsque l’on est assailli par les épreuves et le doute, il facile et normal de perdre le sens des priorités. Mais Paul, fort de la révélation que Dieu lui a donnée, est capable, à cause de la promesse de Dieu, de persévérer dans les choses essentielles, et d’inciter les autres à cette même constance.
b) Quand il y a des turbulences
Tous ceux qui ont déjà pris l’avion savent ce qu’il se passe lorsque l’appareil traverse une zone de turbulences. « Ding ! » Le voyant s’allume
pour indiquer à tout le monde qu’il faut mettre la ceinture de sécurité. Et parfois, la voix rassurante du commandant. Vous êtes dans l’avion, et franchement, il n’y a rien que vous puissiez faire pour sortir de cette zone de turbulences, ni pour éviter l’accident s’il doit y avoir un accident. Par contre, il y a quelque chose que vous pouvez, et que vous devez faire. Mettre votre ceinture.
c) Demeurer fidèle malgré les circonstances
De la même façon, Paul sait que Dieu est souverain, et il fonde son courage sur le fait que le plan de Dieu est bon. Paul sait bien qu’il n’a pas de pouvoir pour réaliser lui-même l’issue heureuse que Dieu a promise. Et il n’est pas sûr de ce que Dieu va faire exactement pour les sortir de là. Mais il est ramené à ses priorités et à ses responsabilités. Nous ne savons pas toujours ce que Dieu est en train de faire, mais sur la base de ce qu’il a révélé, et qui est objectif et certain, nous savons un minimum de ce que Dieu nous demande.
Par exemple : votre situation professionnelle est compromise pour des raisons de restructuration de l’entreprise, et vous n’avez aucun pouvoir là-dessus. Vous ne savez pas pourquoi Dieu permet cette épreuve, et vous ne savez pas comment Dieu va vous sortir de cette situation précaire. Mais vous savez quand même que Dieu vous demande de vous fortifier en lui, de rester fidèle à ses exigences de paix, d’amour et de foi, d’user avec constance des moyens de grâce qu’il a mis à votre disposition : la prière, le culte, la communion fraternelle, la lecture de sa Parole… La deuxième conséquence d’un courage fondé sur les promesses objectives de Dieu concernant notre vie, c’est donc, lorsque nous sommes dans la tempête et dans le noir, de demeurer fidèles dans les priorités que Dieu a placées explicitement devant nous.
4. Dieu accomplit son plan selon sa promesse (v. 39-44)
a) Paul voit Dieu agir de manière providentielle
Il reste un dernier élément à l’histoire. Le bateau échoue sur un banc de sable, et les soldats prennent une décision qui pourrait faire littéralement tomber à l’eau tout le plan de Dieu. Ils décident de tuer tous les prisonniers, car le risque est trop grand que certains s’échappent. Paul ne peut rien faire. C’est un obstacle sur lequel il ne peut tout simplement pas intervenir. Mais l’auteur montre que Dieu a orchestré l’issue de cette histoire de manière absolument providentielle : le centenier voulait sauver Paul alors il empêche les soldats de massacrer les prisonnier (v. 43).
b) Dieu a décrété la fin et les moyens
L’auteur nous montre ici que la troisième et dernière conséquence d’un courage fondé sur les promesses objectives de Dieu concernant notre vie, c’est par moment, de pouvoir attendre patiemment les solutions providentielles que Dieu a orchestrées d’avance pour nous. Dieu a un plan
qui est bon et parfait. Il en a décrété la fin et les moyens. Et ces moyens sont parfois ordinaires, parfois providentiels, parfois miraculeux. Si nous sommes convaincus de cela, comme l’était Paul, et si nous fondons notre courage sur les promesses objectives de Dieu concernant notre vie, et contenues dans la sainte Bible, nous pourrons, par la grâce de Dieu et avec l’aide de son Esprit, patienter. Patienter sur la base de ses promesses. Patienter sur la base de sa souveraineté, de sa sagesse et de sa bonté.
Conclusion
Essayons de récapituler pour finir. Ce texte annonce une bonne nouvelle à tous ceux qui sont découragés et désorientés : c’est que Dieu ne nous abandonne pas dans le noir, mais il nous donne tout ce dont nous avons besoin pour pouvoir avancer dans la bonne direction et pour tenir bon en attendant la sortie du tunnel. Ce texte nous a appelés à fonder notre courage sur les promesses objectives de Dieu concernant notre vie, qui sont contenues dans la Bible, et à répondre avec Paul : « J’ai cette foi en Dieu qu’il en sera comme il m’a été dit » (v. 25). Trois conséquences découlent de cette posture-là : d’abord, Dieu a révélé sa volonté, et c’est en fonction de cette révélation objective, non négociable, non optionnelle, que nous devons parfois prendre des mesures face à des situations qui font obstacle à la volonté de Dieu. Ensuite, nous ne savons pas toujours ce que Dieu est en train de faire, mais sur la base de ce qu’il a révélé, et qui est objectif et certain, nous savons un minimum de ce que Dieu nous demande. Enfin, Dieu a un plan qui est bon et parfait, dont il a décrété la fin et les moyens, et par moments, nous sommes appelés à attendre patiemment les solutions providentielles que Dieu a orchestrées d’avance pour nous. Nous lisons dans les Psaumes : "Ma vie est continuellement exposée, mais je n'oublie pas ta loi. Des méchants me tendent un piège, mais je ne m'égare pas loin de tes statuts. Tes préceptes sont pour toujours mon héritage, car ils sont la joie de mon coeur. J'incline mon coeur à pratiquer tes prescriptions, toujours, jusqu'à la fin" (Ps 119.109-112). Mais je veux quand même terminer en vous posant la question que j’ai posée au début : est-ce que vous saviez que la Bible prédisait votre avenir ? Et est-ce que vous savez quel avenir la Bible vous prédit ? La promesse est certaine, et c’est une promesse de sécurité éternelle ; Jésus dit : « En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui croit en moi a la vie éternelle » (Jn 6.47).
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30.07.2009
Qui c'est qui commande ? (26 juillet 2009)
Actes 26 : 9 – 20
Introduction
J’ai un problème avec l’autorité. C’est une notion qui me crispe. J’ai un problème avec l’autorité, parce que je suis le produit de la culture individualiste dans laquelle je suis né et dans laquelle j’ai grandi. L’autorité ressemble à une violence faite à l’encontre de ma liberté d’opinion, de parole et de choix. L’autorité menace ma vie privée dont je suis, jusqu’à preuve du contraire, le maître. Non mais dites-donc : qui peut prétendre m’imposer les choix que je dois faire, concernant mes mœurs, mes goûts, mes croyances… ? J’ai un problème avec l’autorité, mais j’ai un plus grand problème encore : je m’intéresse à la foi chrétienne. Aïe.
Je me rends compte que la Bible donne des réponses à beaucoup de mes questions, mais je me rends compte aussi qu’il y a dans la Bible des tas de choses qui me prennent à rebrousse-poil. Des tas de choses qui menacent mon autonomie. Alors vous savez ce que j’ai fait ? J’ai pris le meilleur des deux mondes : je suis devenu un chrétien autonome. Comme ça, je peux accepter tout ce qu’il y a de bénéfique dans l’Évangile, et laisser de côté les choses qui sont un peu plus gênantes. En parfait individualiste que je suis, je me suis fait ma propre petite recette ; un christianisme personnalisé, sur mesure, qui me va bien et qui me fait du bien. Mais le texte que nous avons lu ce matin, si nous nous y arrêtons un instant, c’est un de ces textes qui nous prend à rebrousse-poil. C’est un texte qui va dénoncer, et même pulvériser, cette mentalité individualiste dans laquelle nous baignons et qui influence si fortement notre pensée même en tant que chrétiens. Je pense que ce texte jette une lumière particulière sur la foi chrétienne, une lumière peut-être nouvelle pour vous ce matin, en tout cas une lumière qui va nous faire comprendre que l’individualisme est incompatible avec la foi véritable, et cela à partir d’une idée toute simple : c’est que la foi véritable consiste en une capitulation totale devant une autorité suprême. On n’aime pas entendre ça. Mais regardons le texte.
1. Paul avait personnellement choisi son camp (v. 9-12)
a) Paul explique sa démarche
Paul raconte sa conversion. Il rappelle qu’avant sa conversion, il était un fervent persécuteur de chrétiens. La manière dont il le raconte n’est pas anodine : il dit qu’il s’opposait « au nom de Jésus de Nazareth » (v. 9), c’est-à-dire à tout ce que ce nom représentait, c’est-à-dire à l’autorité même que l’on attribuait à ce nom. Paul explique qu’il a exercé son propre jugement pour se positionner (v. 9, 10), non sans le soutien et l’appui, l’incitation et l’approbation d’une autre autorité, celle des responsables religieux (v. 10, 12). Paul explique que sa démarche, avant sa conversion, s’inscrivait dans le cadre d’une lutte de pouvoir. Comme un parfait individualiste, il avait personnellement, volontairement, choisi son camp, et par conséquent, il s’opposait, vigoureusement, à un autre camp (v. 11).
b) Un genre de guerre civile
Pour Paul, c’était une opposition entre deux pouvoirs, entre deux autorités. Un genre de guerre civile où deux pouvoirs prétendent à une autorité supérieure, et où chaque personne est obligée de se positionner. Si vous aviez été un jeune homme d’une vingtaine d’années et que vous habitiez en Virginie, aux États-Unis, dans les années 1860, pendant la fameuse guerre de Sécession, il vous aurait été impossible de ne pas vous rallier à un camp : soit aux nordistes, soit aux confédérés. Soit aux tuniques bleues, soit aux tuniques grises.
c) Nous vivons dans le cadre d’une lutte de pouvoir
Je crois que cette analyse rétrospective de Paul sur ce qu’il était et sur ce qu’il faisait avant sa conversion, et qu’il présente comme une opposition virulente entre deux autorités rivales (celle de Christ d’un côté, et celle qui s’oppose à Christ de l’autre), sert à nous rappeler que nous aussi, nous vivons dans le cadre d’une lutte de pouvoir. Nous sommes nés sur un champ de bataille, et nous y menons notre existence, et il n’y a pas de terrain neutre entre les bleus et les gris. Jésus a dit : « Celui qui n’est pas avec moi est contre moi » (Mt 12.30). Depuis le troisième chapitre de la Genèse, nous savons qu’il y a un serpent, que Dieu a un contradicteur ; et toute l’histoire du monde depuis ce troisième chapitre de la Bible, c’est l’histoire de l’opposition entre l’autorité de Dieu et l’autorité prétendue de l’ennemi de Dieu. C’est une lutte de pouvoir, et nous ne pouvons pas l’esquiver. Mais est-ce que nous en avons conscience ? Est-ce que j’ai conscience, en tant qu’individualiste, que l’autonomie et l’indépendance que je recherche, c’est une forme d’autorité, et ce n’est pas une autorité neutre, mais une autorité qui s’oppose à celle de Dieu ? Aucun domaine de notre vie n’échappe à cette lutte de pouvoir. Paul a compris que sa vie s’inscrivait dans une lutte de pouvoir, et il va nous expliquer comment, tout d’un coup, il s’en est rendu compte.
2. Paul a dû s’incliner devant la suprématie de Jésus (v. 13-16)
a) Paul tombe à la renverse devant le Maître du monde
Vous connaissez l’histoire. Jésus se révèle à Paul, sur la route de Damas. Mais regardez comment Paul le raconte. « Vers le milieu du jour », c’est-à-dire lorsque le soleil brille de toute sa force, Paul et ses compagnons sont entourés d’une lumière « venant du ciel, plus brillante que le soleil » (v. 13). C’est-à-dire une lumière plus brillante que l’équivalent de 386 milliards de milliards de mégawatts (ce qui correspond à l’énergie du soleil). Paul tombe par terre devant la manifestation d’une telle puissance. Il comprend qu’il est devant le pouvoir suprême, devant le Maître du monde en personne, celui qui tient les commandes, et qui fait comprendre à Paul que celui-ci est en train de s’opposer à ses plans (v. 14). Mais Paul ne comprend pas qui c’est (v. 15). Jésus se présente donc, et il explique à Paul que sa vie est entre ses mains et qu’il a décidé de l’enrôler à son service, que cela lui plaise ou non (v. 16) !
b) Se mettre Sarkozy à dos
Quel choc pour Paul, qui s’est rendu compte, tout d’un coup, qu’il s’opposait au Maître du monde, à celui qui détient le pouvoir suprême ! Il n’y a pas si longtemps, vous avez sans doute entendu parler de ces escrocs qui ont volé les coordonnées bancaires d’un certain nombre de personnes pour subvenir à leurs magouilles. Les sommes prélevées n’étaient jamais bien élevées. Sur l’un des comptes, ils avaient prélevé moins de 200 euros. Une petite escroquerie, quoi. Ils ne risquaient pas grand-chose. Sauf que ces escrocs se sont retrouvés bien bêtes lorsqu’ils ont découvert que ce compte bancaire en question… était celui de Nicolas Sarkozy en personne ! Celui-ci a déposé plainte, et je peux
vous dire que ces escrocs à la petite semaine se sont fait tout petits face à la brigade financière et à la brigade criminelle qui ont été sollicitées pour résoudre cette affaire, qui eût été plutôt anodine en d’autres circonstances. Quel choc pour ces escrocs, qui se sont rendus compte, tout d’un coup, qu’ils s’étaient mis à dos, sans s’en rendre compte, le président de la République lui-même !
c) Dans cette lutte de pouvoir, les forces ne sont pas égales
Paul aussi se rend compte, tout d’un coup, qu’il est en train de persécuter, non pas Nicolas Sarkozy, mais le Maître suprême de tout l’univers, qui lui donne momentanément un petit aperçu de sa puissance. Paul s’effondre par terre, et il ne peut que reconnaître, que dans cette lutte de pouvoir, les forces ne sont pas égales. « Il est dur pour toi de regimber contre les aiguillons » (v. 14). Tu regimbes, tu résistes, tu protestes contre mon autorité, mais ma puissance est sans égale pour faire valoir mon autorité. Et tu ne peux que le reconnaître. Paul découvre la suprématie de Jésus. Et il en tombe à la renverse. Est-ce que nous pensons souvent à Jésus comme au Christ exalté, glorifié, magnifié, celui qui a été souverainement élevé et qui a reçu le nom qui est au-dessus de tout nom (Ph 2.9), celui à qui toutes choses ont été soumises (Hé 2.8), celui dont la tête et les cheveux sont comme laine blanche, dont les yeux sont comme une flamme de feu, dont les pieds sont comme du bronze rougi au four, dont la voix est comme le bruit des chutes du Niagara, dont le visage est comme le soleil à Marseille entre midi et 14h, et dont il sort de la bouche une épée à deux tranchants, aiguisée comme une lame de rasoir (Ap 1.14-16) ? J’ai un problème avec l’autorité, je suis un individualiste, peut-être même un « chrétien autonome », et bien j’ai besoin de cet éclair de lucidité : dans cette lutte de pouvoir, les forces ne sont pas égales. J’ai besoin de découvrir la suprématie de Jésus, et de tomber par terre, terrorisé par sa puissance. Est-ce que ça vous est déjà arrivé ? C’est arrivé à Paul, et regardez la suite.
3. Jésus compte déployer son autorité bienveillante (v. 17-20)
a) Jésus explique à Paul quelle est sa mission
Jésus a donc fait comprendre à Paul qui c’est qui commande. C’est Jésus. Et sans demander l’avis de Paul, Jésus fait de lui un messager dont la mission est de proclamer aux gens la suprématie du Roi des rois, l’établissement de son royaume, et l’intention qu’il a de déployer son autorité bienveillante (v. 17-18). À travers le ministère de Paul, Jésus annonce qu’il a l’intention d’ouvrir les yeux des gens (que ce soit des Juifs ou des païens), de les transférer d’un royaume à un autre, d’une autorité (celle du serpent, du contradicteur de Dieu) à une autre (l’autorité suprême et bienveillante de Dieu). Jésus annonce qu’il a l’intention d’offrir à tous ceux qui se confient en lui le pardon de leurs péchés, et non seulement le pardon des péchés, mais un héritage dans le ciel et dans l’éternité. Tout cela, Jésus l’a acquis pour eux au prix fort de sa vie qu’il a donnée à la croix, et il l’a garanti par la victoire éclatante qu’il a gagnée sur le péché et sur la mort, par sa résurrection.
b) Le salut consiste en notre capitulation
Paul est donc envoyé comme un messager qui doit proclamer ces choses. Il doit proclamer que le Roi des rois a établi son règne, et que le royaume du monde est passé au Seigneur et à son Christ qui règnera aux siècles des siècles (Ap 11.15-17). Toutes choses lui ont été soumises, et il compte maintenant déployer son autorité (Ép 1.20-22). Mais c’est une autorité bienveillante ! Le Roi des rois promet un héritage à tous ceux qui se confient en lui. Se confier en lui, ça ressemble à quoi ? À notre capitulation. À notre repentance, à notre conversion à Dieu, avec la pratique d’œuvres découlant de cette repentance (v. 20).
c) Rendez-vous, vous êtes cernés
La mission de Paul ressemble à celle d’un policier qui va au-devant d’un groupe de malfaiteurs embusqués dans une cachette quelque part, et qui leur crie par le moyen d’un mégaphone : « Rendez-vous, vous êtes cernés » ! Vous ne pouvez pas vous échapper. Il n’y a pas d’autre issue possible à cette situation que votre défaite, alors rendez-vous pendant qu’il en est encore temps. Ou
encore, avec les paroles du psalmiste : « Embrassez le fils, de peur qu’il ne se mette en colère, et que vous ne périssiez dans votre voie, car sa colère est prompte à s’enflammer. Heureux tous ceux qui se réfugient en lui ! » (Ps 2.12).
Conclusion
Jésus nous invite donc à déposer les armes devant lui. La foi qu’il demande de nous, c’est une capitulation totale devant son autorité suprême. Nous pouvons le faire sans crainte car nous savons que ce Roi est bienveillant : il l’a prouvé en mourant à notre place. Alors certes, j’ai un problème avec l’autorité, parce que je suis le produit de la culture individualiste dans laquelle je suis né et dans laquelle j’ai grandi ; je cherche à préserver mon autonomie ; je voudrais recevoir tout ce qu’il y a de bénéfique dans l’Évangile, et laisser de côté les choses qui sont un peu plus gênantes ; mais je dois savoir que dans tous les domaines où je résiste à l’autorité de Jésus-Christ, dans tous les domaines où je pense avoir le droit de commander parce que c’est ma vie privée et qu’elle ne regarde personne d’autre, je ne me trouve pas en territoire neutre, mais dans le camp de l’ennemi. Je dois savoir que dans le cadre de cette lutte de pouvoir, personne ne va pouvoir rivaliser avec le pouvoir suprême de Jésus-Christ (Mt 28.18). Plutôt que de faire de la résistance, je dois savoir que Jésus m’invite à changer radicalement d’allégeance, à renoncer à mon autonomie, à tourner le dos à toute autorité autre que la sienne, et à entrer dans son royaume. La culture du rejet de l’autorité est particulièrement exacerbée dans notre société, et je crois que ce fléau déborde dans nos églises et dans notre vie chrétienne d’autant plus facilement que nous avons tendance à sous-estimer la profondeur de l’abîme qui existe entre la foi et la non-foi. J’ai remarqué que nous parlons parfois de la foi comme de quelque chose qui vient s’ajouter à une vie qui, autrement, est normale. « Regarde cet homme : il a une vie équilibrée, il est talentueux, il est gentil… Il manque juste Dieu dans sa vie. » Ce n’est pas du tout comme ça que l’Apôtre Paul parle de la foi. Pour Paul, si je n’ai pas la foi, ce n’est pas qu’il manque Dieu dans ma vie, c’est plutôt qu’il me manque… la vie, que Dieu peut me donner ! « Vous étiez morts par vos fautes et par vos péchés… Mais Dieu est riche en miséricorde et… il nous a rendus à la vie avec le Christ » (Ép 2.1, 4, 5) ; « Si quelqu’un est en Christ, il est une nouvelle créature » (2 Co 5.17) ; « Il nous a délivrés du pouvoir des ténèbres et nous a transportés dans le royaume de son Fils bien-aimé » (Co 1.13) ; et Jésus lui-même qui dit : « En vérité, en vérité… si un homme ne naît de nouveau, il ne peut voir le royaume de Dieu » (Jn 3.3), etc. La foi véritable, ce n’est pas accepter Jésus dans mon cœur, comme s’il y avait là un petit espace qui n’attendait que sa venue, mais c’est changer de cœur (Éz 36.26). C’est changer d’allégeance. C’est changer de perspective. C’est changer de valeurs et de priorités. C’est même changer de goûts (Ph 4.8) ! Un chrétien autonome, c’est un oxymore ; c’est une contradiction dans les termes. La foi véritable, c’est une capitulation totale devant l’autorité suprême et bienveillante de Jésus-Christ.
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17.06.2009
Des enjeux de la plus haute importance ! (14 juin 2009)
Actes 25 : 1 – 12
Introduction
Est-ce que vous avez conscience de l’importance des enjeux du témoignage chrétien ? Voici l’histoire de deux personnes qui entreprennent un jour de gravir une montagne. Le nom de cette montagne : le Mont Blanc. La première personne a toujours vécu dans les Monts du Lyonnais et n’a jamais entendu parler du Mont Blanc ; pour elle, une montagne, c’est une colline verdoyante qui culmine à 950 m d’altitude, et dont on peut s’approcher jusqu’à cinquante mètres du sommet en voiture. Alors imaginez, lorsque cette personne commence à mettre le pied sur le sentier rocailleux du Mont Blanc, et à voir scintiller au loin le vaste glacier avec ses crevasses sombres et menaçantes, et à mesurer la distance vertigineuse qui la sépare du sommet, elle a vite fait de faire demi-tour et de retourner dans ses Monts du Lyonnais beaucoup plus accueillants et confortables. Mais l’autre personne, quant à elle, a beaucoup entendu parler du Mont Blanc ; elle sait que le Mont Blanc, c’est le point culminant de l’Europe ; elle sait que l’expédition pour accéder au sommet est difficile, mais que ça vaut le coup, et que sa vie même pourrait en être changée. Alors, quand elle commence à mettre le pied sur le même sentier rocailleux, et à voir scintiller au loin le même vaste glacier avec ses mêmes crevasses sombres et menaçantes, et à mesurer la même distance vertigineuse qui la sépare du sommet, elle va continuer. Elle va continuer, parce qu’elle a conscience de l’enjeu. Ma question ce matin est la suivante : est-ce que vous avez conscience des enjeux de la vocation chrétienne ? Le message chrétien, l’invitation de l’Évangile, se présente devant vous comme cette montagne majestueuse ; mais est-ce que vous avez conscience de l’importance des enjeux de cette expédition ? J’ose espérer que si vous êtes présents ce matin, cela veut dire que vous n’êtes pas complètement indifférent au message de l’Évangile. Peut-être même que vous avez commencé à mettre le pied sur le sentier rocailleux. Vous levez la tête, et vous voyez le glacier, les crevasses, la distance qui vous sépare du sommet… et qu’est-ce que vous ressentez ? Comment réagissez-vous lorsque vous vous rendez compte que vous allez au-devant de réels défis, de réels dangers, et de réelles difficultés, des choses qui n’ont rien à voir avec vos montagnes des Monts du Lyonnais ? Découragement ? Paralysie ? Capitulation ? À travers le texte que nous avons lu ce matin, l’auteur veut nous faire retenir une idée toute simple, mais qui a de nombreuses conséquences, et qui a le potentiel de transformer, que-dis-je, de bouleverser notre rapport à la vocation que Dieu nous adresse dans l’Évangile ; cette idée est la suivante : les enjeux du message chrétien sont de la plus haute importance. Voyons comment le texte nous en parle.
1. Les enjeux expliquent l’opposition acharnée
a) L’acharnement des détracteurs de Paul (v. 1, 2, 3, 7)
La première chose que fait l’auteur, c’est d’insister sur l’acharnement dont les détracteurs de Paul font preuve. Paul est emprisonné depuis deux ans. Dès qu’il y a un changement de gouverneur, les Juifs saisissent la première occasion pour porter de nouveau plainte contre Paul et ils préparent un guet-apens pour le faire mourir. Ce n’était pas suffisant de le laisser en prison ! Dès que Paul comparaît à Césarée, les Juifs le pressent et portent contre de lui de nombreuses accusations, graves et fausses. Une opposition violente, irrationnelle, acharnée.
b) Les quinze cars de CRS, ou le concert de Mylène Farmer
L’auteur raconte tout ça pour nous montrer que s’il y a un tel acharnement, à la limite de l’irrationnel, c’est qu’il doit bien y avoir quelque chose qui dérange, et qui dérange beaucoup. Il n’y a pas de fumée sans feu. L’auteur est en train de nous dire, « qu’est-ce que ça doit être, les enjeux du message chrétien, pour qu’il y ait une telle opposition » ! Vendredi soir, je suis passé en voiture devant la Halle Tony Garnier, et il y avait plein de gens excités sur le trottoir qui faisaient la queue, et au moins une douzaine de camionnettes à kebab qui s’installaient dans la rue, et je me suis dit, « qu’est-ce qui doit y avoir, comme concert à la Halle ce soir, pour qu’il y ait toutes ces camionnettes à kebab » ! C’était Mylène Farmer. De la même façon, on se ballade en ville parfois, et l’on voit une demi-douzaine de camionnettes de CRS garés sur le bord de la route, et on se dit, « mince, il doit se passer quelque chose d’important pour qu’il y ait tout ce déploiement de CRS » ! Il n’y a pas de fumée sans feu.
c) S’attendre à l’opposition
Dans ce texte, l’auteur est en train de pointer du doigt la fumée, le déploiement de CRS, les camionnettes de kébab, pour nous faire dire, « mais qu’est-ce que ça doit être, les enjeux du message chrétien, pour qu’il y ait un tel remue-ménage » ! Les enjeux du message chrétien, proclamé par Paul, sont tels que l’opposition à ce message va jusqu’à un acharnement irrationnel et sans fin (cf. le complot dans Ac 23). La Bible présente cela comme une réalité normale ; Jésus a dit : Si le monde a de la haine pour vous, sachez qu’il m’a haï avant vous (Jn 15.18). Cela veut dire que le message chrétien, dans un certain sens, ce n’est pas la promesse d’une vie quotidienne plus facile, mais la promesse d’une vie quotidienne plus difficile ! Pourquoi ? Parce que les enjeux de ce message sont de la plus haute importance : Car nous n’avons pas à lutter contre la chair et le sang, mais contre les principautés, contre les pouvoirs, contre les dominateurs des ténèbres d’ici-bas, contre les esprits du mal dans les lieux célestes (Ép 6.12).
Dans un premier temps, l’auteur pointe donc du doigt cet acharnement irrationnel contre le témoignage de Paul, pour nous faire prendre conscience de l’importance des enjeux du message chrétien. L’opposition à ce message est normale, à cause des enjeux. La Bible nous invite donc à une grande lucidité, à une grande vigilance, et à ne pas perdre courage face aux épreuves qui sont inévitables : Ne soyez pas surpris de la fournaise qui sévit parmi vous pour vous éprouver, comme s’il vous arrivait quelque chose d’étrange. Au contraire, réjouissez-vous de participer aux souffrances du Christ, afin de vous réjouir aussi avec allégresse, lors de la révélation de sa gloire. Si vous êtes outragés pour le nom de Christ, vous êtes heureux, car l’Esprit de gloire, l’Esprit de Dieu repose sur vous (1 Pi 4.12-14) ! La Bible nous invite d’autant plus à cette lucidité, que le monde, lui, n’a pas conscience de l’importance des enjeux du message chrétien. C’est ce que le texte va nous montrer dans un deuxième temps.
2. Tout le monde n’a pas conscience de ces enjeux
a) Festus ne comprend pas la situation
L’auteur, en effet, va nous parler de l’attitude de Festus au milieu de tout ce remue-ménage. Le texte nous présente Festus comme un gouverneur compétent, tout-à-fait dédié à sa mission, attentif aux demandes de la population qu’il est censé gouverner (v. 1, 6). En même temps, il ne semble pas mesurer la gravité de la situation qui oppose Paul aux autorités juives. Il semble assez flegmatique et désinvolte (v. 4-5), en tout cas inconscient des enjeux de ce qui se passe : c’est pourquoi il cherche une voie médiane (v. 5 / v. 9), il fait une proposition à Paul tout-à-fait déraisonnable (v. 9), et il finit par hausser les épaules, en quelque sorte, face à la demande de Paul (v. 12), comme s’il était dépassé par les événements. On voit que Festus ne comprend pas pourquoi on fait tout un fromage de cette situation.
b) La finale de la coupe du monde
Est-ce que vous savez ce qui s’est passé le 12 juillet 1998 ? Le 12 juillet 1998, l’équipe de France de football a joué contre le Brésil en finale de la coupe du monde. Un événement majeur, avec des enjeux importants pour tous les amateurs de foot ! Je peux vous dire qu’au Brésil, aussi bien qu’en France, ce jour-là il y avait de la tension chez les supporters. Les écrans géants ont fait leur apparition dans toutes les grandes villes de France. Les gens ont sorti leurs maillots de foot, leurs drapeaux, leur maquillage bleu-blanc-rouge, etc. Tout ça pourquoi ? Parce que les enjeux de ce match étaient de la plus haute importance. Mais il y a aussi toute une frange de la population qui ne s’intéresse pas au foot et qui, ce jour-là, ne pouvait pas comprendre tout le tralala que l’on faisait autour de ce match. Ce soir-là ils ont peut-être regardé un feuilleton à la télé et ils se sont couchés tôt. Parce que, en ce qui les concernait, ils n’avaient pas conscience des enjeux de l’événement.
c) Ne pas croire le monde
Festus est dans le même cas. Il n’a pas conscience des enjeux du message chrétien qui est mis en jugement devant son tribunal. C’est pourquoi, malgré toute sa compétence, il va faire preuve d’un peu de naïveté en essayant de satisfaire tout le monde en même temps. Cela, c’est le discours normal des gens qui n’ont pas conscience des enjeux du message chrétien : « Il faut faire de la place pour toutes les religions ! Tous les chemins mènent à Dieu ! Vive le pluralisme » ! Mais la Bible ne présente pas la foi chrétienne comme juste un choix de vie personnel et privé, une religion possible parmi d’autres, ou une simple facette de la vérité. Jésus condamne le pluralisme et toutes les autres religions du monde et de l’histoire, lorsqu’il dit : Moi, je suis le chemin, la vérité et la vie. Nul ne vient au Père que par moi (Jn 14.6).
L’auteur est donc en train de nous rappeler que le monde auquel notre témoignage s’adresse, ceux qui sont les destinataires du message chrétien, n’ont pas conscience de l’importance des enjeux de ce message. Et le danger, c’est que nous finissions par croire à leur indifférence, plutôt qu’aux enjeux de l’Évangile. Le résultat, ce sont des chrétiens qui ne dérangent personne ; des chrétiens qui se couchent tôt alors qu’il y a une finale de la coupe du monde ; des chrétiens tièdes qui acceptent la voie médiane, la voie diplomatique, et dont le témoignage consiste à donner l’impression que la foi chrétienne est une tradition respectable parmi d’autres. Mais ce n’est pas du tout le comportement de Paul dans ce texte. On va voir que Paul, lui, conscient qu’il est de l’importance des enjeux du message chrétien, ne se satisfait pas du compromis, mais veut pousser le bouchon plus loin et provoquer le positionnement.
3. Intégrer les enjeux dans la vocation chrétienne
a) Paul se défend vigoureusement
Regardons Paul en effet. Face à l’acharnement de ses détracteurs, il défend vigoureusement son témoignage, de façon systématique, répétée, avec insistance et transparence (v. 8). Paul n’accepte pas le compromis (injuste) que lui propose Festus, sachant bien que cela tournerait à son désavantage (v. 10). En toute transparence, et très sûr de lui, Paul demande un procès et un jugement. Il accepte qu’on le fasse mourir s’il a commis des torts dignes de mort (v. 11). Mais il n’accepte pas le compromis. Finalement, devant la tergiversation de Festus, Paul en appelle à une cour supérieure, à la « cour suprême », à César lui-même.
b) Les questions du baccalauréat
Qu’est-ce qu’il est en train de faire, Paul ? Il est en train de pousser le bouchon le plus loin possible parce qu’il a conscience des enjeux du message chrétien. Il y a des gens qui passent le Bac en ce moment. Ils se retrouvent devant leur copie, avec dix questions auxquelles ils doivent répondre. Combien de personnes vont répondre aux cinq premières et puis s’arrêter là parce que tout ce qu’il leur faut c’est la moyenne ? Aucune ! Pourquoi ? Parce que tous ces étudiants ont conscience de l’importance de l’enjeu, et ils veulent faire du mieux possible. Il en va de tout leur avenir ! Paul de même : on lui propose de s’arrêter après la cinquième question, mais il refuse. Il a conscience de l’importance des enjeux du message chrétien, et il compte aller jusqu’au bout.
c) Pourquoi il faut pousser le bouchon
Malgré l’opposition acharnée, et irrationnelle de ses détracteurs, et malgré l’indifférence de Festus, Paul reste convaincu que le message chrétien, c’est l’information, et l’invitation, la plus importante qu’aucun homme pourra jamais recevoir. Paul reste convaincu que ce qui s’est passé autour de l’an 33, lorsque Jésus a été crucifié, qu’il est ressuscité, et qu’il est monté à la droite de Dieu le Père, ce sont les événements les plus importants de toute l’histoire du monde. Paul reste convaincu que toute l’humanité est concernée par le message de l’Évangile. Paul reste convaincu qu’il n’y a pas d’autre moyen pour l’homme de trouver le sens de sa vie, l’utilité de son existence et son bonheur éternel autrement qu’en se confiant tout entier en Jésus-Christ, parce que Jésus a porté sur lui, à la croix, tout ce qui nous séparait de Dieu, tout ce qui gâchait notre condition humaine, tout ce qui nous rendait ignorants et malheureux. Paul reste convaincu que le message de l’Évangile a le potentiel non seulement de bouleverser des vies tout entières, mais des familles tout entières, des communautés tout entières, et même des pays tout entiers.
Conclusion
Voilà pourquoi Paul pousse le bouchon plus loin, pourquoi il compte aller jusqu’au bout. Parce que les enjeux sont de taille. Parce que les enjeux du message chrétien sont de la plus haute importance. Mais est-ce que nous mesurons l’importance de ces enjeux ? Je ne sais pas où vous en êtes dans votre cheminement personnel. Je ne sais pas si, au cours de cette expédition au Mont Blanc, vous êtes sur le chemin rocailleux, ou dans les alpages, ou sur le glacier. Peut-être que vous n’en êtes même pas là, et que cette expédition n’est encore pour vous qu’un projet auquel vous commencez à vous intéresser. Quel que soit votre rapport au message chrétien, et à l’invitation de l’Évangile, le texte de ce matin vous invite à retenir une leçon très simple mais lourde en conséquences : les enjeux sont de taille. Les enjeux sont de la plus haute importance. C’est une invitation à la lucidité, parce que les enjeux sont tels que la vie chrétienne, c’est loin d’être quelque chose d’anodin, mais c’est un véritable défi. C’est une invitation à la vigilance, parce que les enjeux sont tels, que l’opposition viendra, et parfois nous surprendra. C’est une invitation au courage, parce que les enjeux sont tels, que le jeu en vaut bien la chandelle ! Et c’est une invitation à la persévérance, au zèle, et à une sainte obstination, car les enjeux sont tels, que nous ne devons pas nous laisser endormir par l’indifférence générale, mais bien plutôt chercher à pousser le bouchon toujours plus loin et à proclamer le message de l’Évangile avec vigueur et insistance. Dieu nous adresse un peu le même appel que celui qu’il a adressé au prophète Ézéchiel, qu’il a envoyé vers un peuple aveugle et indifférent, en lui disant : Voici que j’endurcis ta face, pour que tu l’oppose à leur face ; j’endurcis ton front, pour que tu l’opposes à leur front. […] Tu leur parleras et, qu’ils écoutent ou qu’ils ne prennent pas garde, tu leur diras : Ainsi parle le Seigneur, l’Éternel (Ézéchiel 3.8, 11).
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