13.11.2009

"Abigaïl" (8 novembre 2009)

AUDIO

1 Samuel 25

(Pasteur Michaël DiGena)

06.11.2009

Certifié conforme (1er novembre 2009)

AUDIO

Actes 28 : 17 – 31

 

Introduction

Gutenberg.jpgQuel est votre rapport à l’Ancien Testament ? Vous savez, ce livre qui parle d’un Dieu légaliste et intolérant… Êtes-vous de ceux qui prennent leurs distances avec l’Ancien Testament ; qui, comme moi, ont beaucoup plus abîmé (par la lecture) les pages du troisième tiers de leur Bible que celles des deux premiers ; qui pensent que le Dieu cruel des Juifs a cédé sa place au Dieu d’amour des chrétiens ? On a bien l’impression, parfois, même si ce n’est pas ce que nous disons explicitement, que la foi chrétienne de par sa nature s’inscrit en opposition avec la foi de l’Ancien Testament. On dirait que Jésus et les apôtres, à leur époque, sont les fondateurs d’une religion nouvelle. Aujourd’hui, les chrétiens croient au Dieu du Nouveau Testament… quant au Dieu de l’Ancien, on ne sait pas vraiment où le mettre. Mais très clairement, je crois que le texte que nous avons lu va nous montrer que cette idée selon laquelle la foi du Nouveau Testament s’opposerait de par sa nature à la foi de l’Ancien Testament est une idée reçue. Et ce texte, tout en détruisant cette idée reçue, va nous aider à prendre la mesure de notre lien avec l’espérance de l’Ancien Testament, un lien qui est très fort. En racontant cet épisode final du livre des Actes, l’auteur veut nous montrer quelque chose, et il veut insister là-dessus : c’est que le témoignage de Paul, et de tout le Nouveau Testament, est absolument conforme au témoignage de l’Ancien Testament. Et pour nous ce matin, cela veut dire que l’Ancien Testament est constitutif de la foi chrétienne. Quel devrait donc être notre rapport à l’Ancien Testament ? Et bien regardons comment le texte en parle.

 

1. La sollicitude de Paul pour le peuple d’Israël

a)      L’Évangile est un message juif pour les Juifs (v. 17-20)

La première chose qui frappe dans cet épisode, c’est le souci que Paul a pour la population juive de Rome. « L’apôtre des païens » cherche rapidement, et en tout premier lieu, à rencontrer les responsables juifs (v. 17) pour leur expliquer qu’il n’a en rien trahi la foi des Juifs (v. 17-19), et que s’il a été arrêté, c’est en fait à cause de sa fidélité au judaïsme (v. 20) ! L’auteur fait donc cette première affirmation : c’est que Paul, en tant que témoin de l’Évangile, est porteur d’un message juif pour les Juifs.

b)      Le colis Fedex (Seul au monde)

Seul au monde.jpgLe film Seul au monde raconte l’histoire d’un employé de la société Fedex qui se retrouve naufragé sur une île pendant quatre ans. Pendant tout ce temps, il y a un paquet avec lui, qu’il refuse d’ouvrir. Le personnage est déterminé à livrer ce paquet à son destinataire. Finalement, il va réussir à quitter l’île et à retrouver la civilisation. Et une des premières choses qu’il va faire, c’est de livrer en personne ce fameux paquet à l’adresse indiquée sur l’étiquette.

c)       L’Évangile mérite notre attention

Paul aussi a été naufragé sur une île (ch. 27), avec du « courrier ». Jésus lui avait dit : « Il faut que tu rendes témoignage à Rome » (Ac 23.11). Jésus lui avait confié un message important, le message de l’Évangile, et sitôt rescapé, Paul s’empresse de remettre le courrier à son destinataire légitime. Et nous découvrons que ces destinataires sont les Juifs. Mais nous voyons aussi combien Paul est consciencieux par rapport au message qu’il est chargé de transmettre. Il a conscience que ce courrier, ça fait longtemps que les Juifs l’attendent (v. 20).

De ce premier point, nous devons tirer une première application. L’Évangile n’est pas une invention de Jésus ou des apôtres, mais c’est la réponse à une attente millénaire, l’attente de tout l’Ancien Testament. Le témoignage de Paul, et de tout le Nouveau Testament, c’est le couronnement de plusieurs millénaires d’histoire de la révélation (et pas un remplacement de cette révélation). Le courrier a enfin été livré, dans son intégralité, de manière diligente et consciencieuse. Et sur la petite étiquette qui indique le contenu du paquet, il est écrit : « Réponse à l’attente millénaire de l’humanité » ! Alors quel genre d’attention devrions-nous porter à ce message si précieux ?

 

2. L’Évangile répond à l’attente du peuple d’Israël

a)      Les Juifs reconnaissent qu’ils sont concernés (v. 21-24)

Regardons la suite. La deuxième chose qui nous est indiquée dans le récit, c’est la bonne disposition des responsables juifs à entendre Paul. Ils n’ont pas de préjugés vis-à-vis de lui (v. 21). Ils s’intéressent la foi chrétienne qu’ils considèrent comme étant une branche du judaïsme (v. 22). Ils vont écouter Paul du matin jusqu’au soir (v. 23), et quelques-uns vont recevoir positivement son témoignage (v. 24).

b)      Ils reconnaissent l’adresse sur le paquet

Ce que l’auteur est en train de nous montrer, c’est que les responsables juifs, a priori, reconnaissent qu’ils sont les premiers concernés par le message de Paul. C’est comme, justement, lorsque vous recevez un colis et que vous reconnaissez votre nom et votre adresse sur l’étiquette, et que l’écriture vous dit quelque chose… C’est bien pour vous !

c)       L’Évangile répond à une attente millénaire

L’auteur est en train de confirmer par là que l’Évangile constitue bien la réponse tant attendue à l’espérance millénaire de l’Ancien Testament.Texte hébreu.jpg Depuis tant de siècles, Dieu avait promis qu’il rachèterait l’humanité (Gn 3.15), et pour ce faire, qu’il se constituerait un peuple (Gn 12.1-3), qu’il effectuerait pour ce peuple le pardon de leurs péchés (Éz 36.25-27), et qu’il donnerait à ce peuple un Roi dont le règne serait éternel (1 Ch 17.11-14), et que tout cela servirait à déployer la connaissance de Dieu dans le monde entier (Ps 2).

Et que fait Paul pendant une journée entière ? Il déclare aux responsables Juifs que tout cela se réalise en Jésus-Christ, le Messie attendu. Jésus, la descendance promise à Ève puis à Abraham, le prophète promis à Moïse (Dt 18.18), le roi promis à David, le médiateur et le prêtre annoncés par le Tabernacle. Jésus a réalisé le pardon des péchés de son peuple en mourant sur la croix pour son peuple. Il a vaincu tous les ennemis de son peuple en sortant du tombeau pour son peuple. Il a établi le règne de son peuple en montant au ciel à la droite de Dieu, au-dessus de toute la création, pour son peuple. Aujourd’hui, les hommes sont invités à se confier en Jésus pour entrer au bénéfice de tout ce qu’il a réalisé. Alors de ce deuxième point, nous devons tirer une deuxième application : avez-vous déjà considéré quelle était véritablement l’invitation de l’Évangile ? Il ne s’agit pas d’une invention du premier siècle, ni du Nouveau Testament, mais il s’agit de tout ce dont vous, et toute l’humanité, avez toujours eu besoin, et cela vous est offert en la personne de Jésus-Christ.

 

3. Le refus de l’Évangile est dû à un aveuglement

a)      Le peuple a un problème de cœur (v. 25-27)

Mais regardons la suite. La troisième chose qui nous est montrée dans ce récit, c’est que les Juifs, bien qu’ils reconnaissent leur nom sur l’étiquette, refusent pour la plupart de recevoir le paquet (v. 25). Paul constate ce refus, et en citant une prophétie de l’Ancien Testament, il attribue cette attitude à un aveuglement irrationnel (v. 26) et à un problème de cœur (v. 27).

b)      « Il doit y avoir une erreur »

Les Juifs reconnaissent leur nom sur le paquet, mais une fois ouvert, ils en refusent le contenu. Un paquet tant attendu ! Un contenu si précieux ! Une telle bonne nouvelle ! L’auteur nous montre ici que ce refus est vraiment irrationnel. C’est comme si on vous offrait un chèque à votre nom, d’1 million d’euros tirés sur le compte de Bill Gates, et que vous disiez : « Non, merci, ça ne m’intéresse pas ». Totalement irrationnel !

c)       Nier l’Évangile est une attitude irrationnelle

Aveuglement.jpgCes quelques versets nous montrent ici que le refus des Juifs ne tient pas au manque de crédibilité de l’Évangile, mais à leur propre aveuglement. L’invitation de l’Évangile est tellement cohérente, tellement évidente, tellement bonne, tellement bien ancrée dans toute l’histoire de l’humanité et dans toute l’histoire de la révélation et dans toute l’histoire d’Israël, que le fait de nier cette bonne nouvelle ne peut tenir qu’à des raisons vraiment profondes : « Le cœur de ce peuple est devenu insensible » (v. 27).

De ce troisième point, nous tirerons donc une troisième application. Il y a là, dans cette citation du prophète Ésaïe, une mise en garde concernant la disposition de notre cœur. À quoi notre cœur est-il le plus sensible ? Est-il sensible à la voix de Dieu, à l’invitation de l’Évangile et au règne bienveillant qu’il compte déployer dans notre vie ? Ou bien notre cœur est-il plus sensible à la voix du monde ? Ou encore à la voix de nos propres désirs ? Attention à ce que la disposition de notre cœur n’entraîne chez nous l’obstruction de nos yeux et de nos oreilles devant la parole de Dieu, Ancien et Nouveau Testaments ! Paul cite ces versets en rapport avec l’aveuglement des Juifs, mais il dit ailleurs que tout le monde est susceptible de tomber dans le même aveuglement (Ép 4.18).

 

4. L’espérance millénaire est offerte au monde entier

a)       L’invitation est maintenant pour tous (v. 28-31)

Regardons la suite et la fin de l’histoire. Paul fait une affirmation scandaleuse, c’est que le message destiné en premier aux Juifs est également offert au monde entier (v. 28), ce qui ne manque pas de susciter une vive réaction de la part des Juifs (v. 29). Ayant fait cette déclaration solennelle, le récit se termine positivement, avec les portes grandes ouvertes sur le monde non-Juif. Mais notez bien que ce que Paul prêche aux non-Juifs consiste exactement en ce qu’il avait annoncé aux Juifs (comparez v. 31 et v. 23) !

b)      La parabole des invités (Lc 14.15-24)

C’est Jésus lui-même qui nous donne l’illustration de ce point. Il raconte l’histoire d’un homme qui organise une grande fête et qui envoie son serviteur pour dire aux invités de venir, mais ceux-ci trouvent tous une excuse pour ne pas venir. Finalement, le maître dit à son serviteur d’inviter tous les gens qu’il rencontrera sur les chemins !

c)       Humilité, crainte et vigilance

Ce qui est frappant, et qui nous échappe parfois, c’est que c’est le même maître, la même maison, le même serviteur, la même invitation, la même fête et le même menu. Ce n’est que la liste des convives qui change. Les derniers versets du livre des Actes nous montrent la même chose : c’est que l’invitation de l’Évangile adressée aux non-Juifs, c’est exactement la même que celle qui était adressée, en premier, aux Juifs.

Quelle application pouvons-nous tirer de ce quatrième et dernier point ? Humilité, crainte et vigilance. Humilité, car en tant que non-Juifs, si nous sommes croyants, nous avons été greffés par pure grâce et par élection souveraine à un arbre séculaire qui ne nous portait pas àOlivier.jpg l’origine (Rm 11.18). Crainte, car c’est par la foi que nous y subsistons, et « si Dieu n’a pas épargné les branches naturelles, il ne t’épargnera pas non plus » (Rm 11.21). Vigilance, enfin, car nous sommes enclins, en tant que non-Juifs, à sous-estimer l’ancrage de notre espérance chrétienne dans l’Ancien Testament et donc, à cause de l’influence des philosophes grecs, des philosophes des Lumières, et plus récemment, des philosophes existentialistes, à avoir une compréhension quelque peu tronquée de ce que cela veut dire d’être un chrétien.

 

Conclusion

Comment peut-on résumer tout cela pour terminer ? Ce que ce texte a voulu nous montrer aujourd’hui, et en conclusion au livre des Actes, c’est que l’Ancien Testament est constitutif de la foi chrétienne. Dès le deuxième siècle, il y a quelqu’un du nom de Marcion qui est apparu, etMarcion.jpg qui a déclaré que le Dieu cruel, légaliste, rigide de l’Ancien Testament et des Juifs avait été remplacé par le Dieu d’amour et de grâce de Jésus et du Nouveau Testament. Il a milité pour la suppression dans la Bible de l’Ancien Testament et de certaines parties du Nouveau Testament, sur cette base. Heureusement, il a rapidement été déclaré hérétique. Le problème, c’est que même si nous ne sommes pas des marcionistes dogmatiques, nous tombons parfois dans un marcionisme pratique : nous négligeons l’apport de l’Ancien Testament, nous manifestons une forme de dualisme pas du tout biblique entre le spirituel et le matériel, nous montrons parfois un visage antijudaïque, comme si la foi chrétienne s’inscrivait en opposition à la foi juive de l’Ancien Testament. J’ai pu lire récemment sur un blog hébergé par le site internet du magazine Le Monde l’affirmation suivante : « L’antijudaïsme est constitutif de l’identité de l’Église chrétienne ». Cette affirmation est représentative d’un préjugé assez commun vis-à-vis de la foi chrétienne, et qui s’explique assez facilement : ne disons-nous pas que ce sont les Juifs de l’époque qui sont responsables de la crucifixion de Jésus (Mt 27.25) ? Ne disons-nous pas que le vrai peuple de Dieu, aujourd’hui, c’est l’Église chrétienne (1 Pi 2.10) ? Mais pour autant, cela veut-il dire que la révélation du Nouveau Testament se substitue à la révélation de l’Ancien Testament, que la foi chrétienne depuis Jésus s’inscrit en opposition à la foi juive d’avant Jésus, au point où nous pourrions, aujourd’hui, nous permettre, par exemple, de posséder comme « Bible » un livre qui ne contiendrait que les écrits évangéliques et apostoliques ? La réponse à ce problème se trouve dans l’étude biblique du jeudi (Survol de l’Ancien Testament) ! Mais plus largement, dans une étude assidue de l’Ancien Testament pour mieux prendre la mesure des racines profondes et caractéristiques de la foi chrétienne. Ce texte nous a montré que l’Évangile était certifié conforme à l’Ancien Testament et qu’en tant que chrétiens, comme Paul, nous confessons l’espérance d’Israël (v. 20). « Si vous êtes à Christ, alors vous êtes la descendance d’Abraham, héritiers selon la promesse » (Ga 3.29).

09.07.2009

"La Promesse faite par Dieu à nos pères" (5 juillet 2009)

 

Actes 26 : 1 – 8

 

Introduction

À quoi pensez-vous lorsque vous entendez ces mots : « l’espérance chrétienne » ? J’ai tapé « l’espérance chrétienne, c’est… » dans Google, et voici quelques exemples de ce que j’ai trouvé : « L'essence même de l'espérance chrétienne, c'est de faire que tout attachement à une chose comme bien à posséder soit reporté sur Dieu seul… », « L'espérance chrétienne, c'est l'appel le plus fort à l'exercice de notre responsabilitéGoogle.jpghumaine, à notre intelligence et à notre liberté », « L'espérance chrétienne, c'est de pouvoir déceler dans notre vie des signes positifs qui ne sont pas toujours évidents », « L'espérance chrétienne c'est la certitude de la présence agissante de Dieu au cœur de l'humanité »… Je crois qu’il règne un certain flou autour de cette idée de l’espérance chrétienne. Je ne vous apprends rien, d’ailleurs, en vous disant que lorsque les médias parlent des chrétiens aujourd’hui, on entend un peu tout et n’importe quoi. La raison de cette confusion ? C’est que nous vivons, en France en tout cas, dans une culture post-chrétienne, une culture qui, globalement et pour faire simple, a pris ses distances avec la Bible. « L’espérance chrétienne » devient donc une expression à la fois folklorique et fourre-tout, souvent même une valeur humaniste tout-à-fait détachée de son origine et de sa définition bibliques. Et vous, donc, à quoi pensez-vous lorsque vous entendez ces mots : « l’espérance chrétienne » ? Le texte que nous avons lu arrive à un moment-clef du récit des Actes. Depuis le chapitre 21, Paul est arrivé à Jérusalem, et il a eu l’occasion de présenter sa cause successivement devant le peuple, devant le Sanhédrin, devant le gouverneur Félix à Césarée, et devant le gouverneur Festus. Maintenant, Paul va présenter sa cause au roi lui-même, Agrippa. Paul s’apprête à lui donner le témoignage de sa conversion spectaculaire sur la route de Damas, mais avant cela, il lui fait ce petit discours introductif dans lequel Paul va mettre le doigt, très précisément, sur ce qui constitue l’objet de son ministère d’apôtre, la raison pour laquelle il est accusé, cette fameuse espérance chrétienne qu’il est chargé d’annoncer et de propager. La ligne de défense de Paul est simple, et elle n’est pas nouvelle : il affirme ici que l’espérance chrétienne ne consiste en rien d’autre qu’en l’espérance millénaire de l’Ancien Testament. Regardons le texte, et voyons en quoi cela peut changer notre propre perspective sur la foi chrétienne.

 

1. Paul va faire une annonce solennelle (v. 1-3)

a)      Une occasion, et des interlocuteurs, uniques

La première chose que fait le texte, c’est de nous préciser le caractère unique de cette confrontation entre Paul et Agrippa. C’est un véritable paroxysme dans le récit des Actes. Il se passe quelque chose de solennel. Tous les dignitaires de la ville sont réunis. Le roi Agrippa est attentif. Paul se réjouit de l’occasion, et reconnaît la compétence unique d’Agrippa, ce roi judéo-romain qui réunit dans sa personne une formidable connaissance de la religion juive et de la culture romaine, et une autorité à la fois civile et religieuse. Quelle occasion !

b)      Le conseil des ministres

Imaginez que vous militiez pour une cause quelconque. Vous faites un blog, vous distribuez des tracts, les médias commencent à s’intéresser àMinistres.jpg vous, vous passez quelques fois au journal télévisé, et voici qu’un jour vous êtes convoqué au conseil des ministres pour présenter vos idées. La crème du pouvoir politique s’intéresse à vous. Quelle occasion pour présenter exactement, mais succinctement, vos revendications !

Ici aussi, Paul va saisir l’occasion pour présenter exactement, mais succinctement, sa cause. Il annonce la couleur (v. 3-4) et lance une invitation : Je te prie donc de m’écouter patiemment. Paul va faire une annonce solennelle. Et très solennellement, il va préciser à quoi se résume son ministère d’Apôtre. Nous puisons beaucoup de notre théologie chrétienne dans les lettres de Paul, et c’est très bien. Mais je crois qu’il faut aussi considérer avec beaucoup d’attention ce que Paul nous dit ici, et dans d’autres textes de ce type, pour comprendre dans quelle perspective Paul plaçait son propre ministère et tout son enseignement. Regardons la suite.

 

2. Paul a toujours été un Juif exemplaire (v. 4-5)

a)      L’insistance de Paul sur ce point

Le premier point de Paul, pour sa défense, c’est de rappeler, avec insistance, qu’il a toujours été un Juif exemplaire. Il a grandi à Jérusalem, « dès [sa] jeunesse et depuis le commencement » ; il a toujours pleinement fait partie du peuple saint ; non seulement cela, mais sa vie était celle d’un Pharisien ; et tout le monde le sait très bien. Paul est en train de dire qu’avant d’être « chrétien », il était un spécialiste du judaïsme.

b)      Être bien placé pour parler de quelque chose

Paul insiste là-dessus pour montrer qu’il est très bien placé pour parler de religion. Comme Obélix, il est tombé dans la marmite quand il étaitLivre.jpgpetit. Imaginez que vous empruntiez la thèse de Nubia en sciences de l’éducation, et que vous lisiez un passage sur le système éducatif au Brésil et que vous ne soyez pas d’accord avec son analyse. Vous vous mettez à attaquer Nubia sur son travail. Qu’est-ce qu’elle va vous répondre ? Sans doute qu’elle connaît très bien son sujet parce qu’elle y a passé des heures et des années. Non seulement cela, mais elle a grandi au Brésil et elle a enseigné au sein du système.

c)       Le salut vient des Juifs

Paul, de la même façon, est en train de montrer qu’il connaît mieux le sujet que ses détracteurs. Ce qui est incroyable, c’est que pour défendre son témoignage chrétien, Paul insiste avant tout sur le fait qu’il a toujours été un Juif exemplaire. Paul ne renie pas son judaïsme, mais le revendique, et cela, dans le cadre de son ministère d’Apôtre chrétien, et non seulement cela, mais en tant qu’Apôtre « des païens » (Ga 2.7-8).

Paul est en train de dire qu’il est un spécialiste du christianisme parce qu’il est un spécialiste du judaïsme. Pour Paul, la foi en Christ ne s’oppose pas au judaïsme, et pour cause, Jésus lui-même était Juif, et tous les apôtres aussi. C’est Jésus qui a dit : « Le salut vient des Juifs » (Jn 4.22). Paul écrira : « L’Évangile est une puissance de Dieu pour le salut de quiconque croit, du Juif premièrement, puis du Grec » (Rm 1.16). Les disciples de Jésus continuaient à se rendre au Temple pour adorer, en compagnie des Juifs. Paul insiste donc sur le fait que sa formation, son zèle et son expérience au sein du judaïsme fondent son ministère d’Apôtre chrétien ! Paul est en train de dire qu’en tant que Juif aguerri, il est bien placé pour témoigner de l’espérance chrétienne. Comment cela se fait-il ? N’y a-t-il pas une profonde dichotomie entre l’espérance juive et l’espérance chrétienne ? La suite du texte va nous montrer tout le contraire.

 

3. Paul témoigne de l’espérance de l’Ancien Testament (v. 6-7)

a)      Paul affirme la continuité de l’histoire du salut

Paul insiste sur le fait qu’il a toujours été un Juif exemplaire, précisément pour donner du poids à ce qu’il dit ensuite. Et ce qu’il dit ensuite, c’est que ce dont on l’accuse, c’est justement de croire en l’espérance des Juifs (v. 6) ! Paul dit que dans le cadre de son ministère, tout ce qu’il a fait, c’est de maintenir la foi des « douze tribus » (v. 7), c’est-à-dire du peuple juif dans toute son histoire depuis les patriarches. Paul est en train d’affirmer la parfaite continuité de l’histoire du salut, la continuité de l’espérance du peuple de Dieu.

b)      La différence entre une nouvelle branche et un nouvel arbre

Ailleurs dans le Nouveau Testament, Paul utilise une image très forte pour illustrer le rapport des chrétiens au peuple juif de l’Ancien Testament. Paul dit que les Chrétiens sont comme des branches qui ont été prises à un arbre et greffées à un autre arbre, et cet arbre, c’est le peuple juif de l’Ancien Testament (Rm 11.16-24). Paul dit que les Chrétiens participent « à la racine et la sève » de cet arbre, et il dit à tous lesOlivier.jpgChrétiens d’origine non-juive : « sache que ce n’est pas toi qui portes la racine, mais que c’est la racine qui te porte » (Rm 11.18). Les Chrétiens ne sont pas un nouvel arbre, planté à côté de l’arbre du judaïsme de l’Ancien Testament. Les Chrétiens sont, depuis Jésus-Christ et les Apôtres, les branches de cet arbre unique.

c)       Le christianisme n’est pas une révolution ou une secte

Parfois on entend parler du christianisme évangélique comme d’un mouvement nouveau, qui serait apparu soit au 20ème siècle avec le pentecôtisme, soit au 19ème siècle avec les mouvements de réveil, soit au 16ème siècle avec la réforme, soit au 12ème siècle avec les Vaudois, soit au 1er siècle avec Jésus et les Apôtres. En réalité, d’après Paul, le christianisme évangélique, c’est-à-dire le mouvement de croyants caractérisé par la foi en Dieu, et dont la foi est fondée sur la révélation de Dieu, remonte à beaucoup plus longtemps que ça ! Pour Paul, professer la foi chrétienne, c’est professer la foi des pères du peuple juif. Pour Paul, l’espérance chrétienne consiste en l’espérance millénaire de l’Ancien Testament.

Ne vous imaginez pas que le christianisme soit une révolution religieuse, ou une secte plus ou moins nouvelle. La foi chrétienne biblique c’est la foi du peuple de Dieu depuis au moins quatre millénaires. Étienne dit la même chose dans Actes 7. Ailleurs, Paul dit que « si vous êtes à Christ, alors vous êtes la descendance d’Abraham » (Ga 3.29). Dans Hébreux 11, l’auteur remonte encore plus haut, jusqu’à Abel, pour décrire ce que c’est que la foi chrétienne. Dans l’Évangile de Luc, c’est Jésus lui-même qui résume, à partir de l’Ancien Testament exclusivement, la substance de la foi et de la mission chrétiennes : « Il est écrit que le Christ souffrirait, qu’il ressusciterait d’entre les morts le troisième jour et que la repentance en vue du pardon des péchés serait prêchée en son nom à toutes les nations à commencer par Jérusalem » (Lc 24.46-47). Alors si c’est vrai, que l’espérance chrétienne consiste en l’espérance millénaire de l’Ancien Testament, pourquoi les Juifs s’opposent-ils à Paul avec tant de véhémence ?

 

4. Paul soulève le véritable problème (v. 8)

a)      Les détracteurs ont sous-estimé la promesse

C’est Paul qui va soulever le véritable problème. Ce problème, c’est que les Juifs ne croient pas à la résurrection de Jésus (v. 8). L’espérance de l’Ancien Testament se portait vers un personnage, celui du Messie. La fameuse promesse faite aux pères devait se réaliser à travers l’œuvre d’un envoyé de Dieu. Le problème des détracteurs de Paul, c’est qu’ils ne reconnaissent pas Jésus comme cet envoyé de Dieu. Pourquoi ? Parce qu’il est venu comme un serviteur, qu’il s’est humilié, qu’il est mort comme un bandit, alors que les Juifs voulaient un chef de guerre, un libérateur politique qui chasserait les romains de la terre sainte et qui redonnerait au peuple juif intégrité, puissance et prospérité.

b)      Se tromper de traitement

Le problème des détracteurs de Paul, c’est qu’ils ont sous-estimé le véritable problème, et donc, la véritable promesse. Je connais quelqu’unMédicament.jpg qui a appris, lors d’un examen quelconque, qu’elle avait un cancer du sein. Elle se portait très bien à part ça. Sur les conseils pressants du médecin, elle a subi une opération, puis plusieurs mois de chimiothérapie et de radiothérapie. Je peux vous dire qu’elle se sentait bien mieux avant son traitement, avec sa tumeur, que pendant son traitement, sans la tumeur ! Elle aurait pu se dire : « Flûte, je laisse tomber le traitement car je me sens mieux sans ». Combien il eût été facile, et dangereux, pour elle de sous-estimer le véritable problème et donc, de passer à côté du véritable traitement.

c)       La croix et la résurrection accomplissent la promesse

Les détracteurs de Paul ont pensé que le véritable problème du peuple juif c’était l’occupation ennemie de la terre sainte, et la dispersion du peuple. Alors qu’en fait, le véritable problème du peuple c’était le péché du peuple (sa rébellion contre Dieu) qui avait entraîné, comme un jugement, cette occupation et cette dispersion. Le Messie est venu régler ce problème. Non pas en libérant le peuple d’un ennemi politique, mais en le libérant du véritable ennemi, le péché lui-même, et pour offrir au peuple le pardon de Dieu. Pour faire cela, le Messie s’est substitué au peuple pour accomplir l’obéissance parfaite que Dieu attendait du peuple ; il s’est substitué au peuple pour prendre sur lui le châtiment que le peuple méritait ; il s’est substitué au peuple pour subir à sa place non pas un exil géographique, mais un exil spirituel, le fait d’être séparé de Dieu par un abîme infranchissable ; il s’est substitué au peuple, enfin, en vainquant à sa place l’ennemi ultime, la mort, et en ressuscitant le premier pour ouvrir la voie à tous ceux qui se confieraient en lui. La croix et la résurrection de Jésus accomplissent parfaitement la promesse faite aux pères ; cette promesse est plus grande, plus définitive, plus glorieuse que ce que les détracteurs de Paul imaginaient.

 

Conclusion

Alors à quoi pensez-vous lorsque vous entendez ces mots : « l’espérance chrétienne » ? L’espérance chrétienne, c’est l’espérance de la réalisation de la promesse faite par Dieu à nos pères, c’est-à-dire à Abraham et aux patriarches : la promesse d’un peuple innombrable, dans un territoire béni, en relation intime et perpétuelle avec Dieu. Cette promesse est réalisée, dans tout son potentiel, à travers la croix de Jésus et sa résurrection. Le règne de Christ a été établi, et tous ceux qui se confient en lui participent à ce règne dès maintenant. Toutefois, comme le dit l’Écriture, nous attendons encore la révélation de sa gloire (Rm 8.18-25), qui viendra lors du retour de Jésus, et de l’inauguration des nouveaux cieux et de la nouvelle terre (Ap 21). On a donc pu voir que la ligne de défense de Paul, contre ses accusateurs, est simple : selon lui, l’espérance chrétienne ne consiste en rien d’autre qu’en l’espérance millénaire de l’Ancien Testament. Le saviez-vous ? Cela peut changer notre perspective sur la foi chrétienne, notamment sur la mission de l’Église dans le monde, sur notre idée du paradis et de la vie éternelle, sur le rapport de nos enfants à l’alliance de grâce, et même sur l’histoire tout entière : création, chute, rédemption. Je finis avec ces paroles que Pierre a adressées à des Chrétiens non-Juifs : "Vous, par contre, vous êtes une race élue, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple racheté, afin d'annoncer les vertus de celui qui vous a appelés des ténèbres à son admirable lumière ; vous qui, autrefois, n'étiez pas un peuple et qui, maintenant, êtes le peuple de Dieu ; vous qui n'aviez pas obtenu miséricorde et qui, maintenant avez obtenu miséricorde" (1 Pierre 2.9-10).