22.11.2008

Jérémie 42-44

Le peuple de Juda doit faire face à un nouveau défi. Par crainte de représailles de la part des Chaldéens, suite à un événement fâcheux (ch. 41), ils se demandent s’ils ne feraient pas mieux de se retirer en Égypte plutôt que de rester en territoire conquis par Babylone. Le ministère prophétique de Jérémie est donc sollicité à ce sujet, pour connaître le conseil de Dieu (42 : 1 – 6). La consécration du peuple, et sa détermination à suivre les ordres de Dieu, semblent sincères (v. 5, 6). Seulement, la réponse de Dieu déçoit le peuple (v. 10 – 12), et bien que le message soit extrêmement clair et précis (13 – 19), le peuple ne veut pas croire que la prophétie est authentique (42 : 20 – 22, 43 : 1 – 7). L’hypocrisie religieuse du peuple est ainsi mise à nu. Leur profession de foi n’est pas sincère.

Dieu communique alors au peuple, à travers Jérémie, le châtiment qu’ils vont subir à cause de leur refus d’écouter les prophéties. Neboukadnetsar envahira l’Égypte aussi, qui ne sera pas pour le peuple de Juda l’abri escompté (43 : 8 – 13). Il est impossible de fuir Dieu ; il ne sert à rien d’essayer d’échapper à son jugement. Il est tentant, évidemment, d’essayer de négocier les termes de la révélation de Dieu, de contourner les éléments qui nous contrarient, de raisonner avec la Parole de Dieu, même lorsqu’elle est claire et précise. C’est le signe d’un profond orgueil et d’une dangereuse hypocrisie spirituelle. Comme pour Yohanân et le peuple de Juda, la sentence de Dieu sera sévère et inévitable.

Il n’est pas question que le peuple puisse se trouver des excuses lorsque le temps du châtiment sera venu. C’est pourquoi, pour la énième fois, Dieu rappelle au peuple l’obstination dont celui-ci a fait preuve depuis longtemps, et qui a déjà attiré sur lui la correction divine, conformément aux prophéties auxquelles ils n’ont pas voulu croire (44 : 2 – 6). Jérémie leur fait comprendre qu’un tel refus obstiné de s’humilier, de reconnaître ses fautes, même sous la correction sévère de Dieu, est consternant (v. 7 – 10). C’est pourquoi le peuple est inexcusable, et Dieu annonce qu’il va exterminer presque entièrement le peuple réfugié en Égypte (v. 11 – 14). Malgré ces imprécations terribles, le peuple ne veut pas croire Jérémie, et considère ouvertement maintenant que le culte des idoles est plus avantageux que le culte de Dieu (v. 15 – 19) ! Leur égarement est total, et leur péché inexcusable ; la patience de Dieu a été remarquable, son châtiment sera terrible et juste.

18.11.2008

Jérémie 37-38

Le fil conducteur des chapitres 37 et 38, c’est le balancement du roi Sédécias entre l’influence de ses ministres et celle de Jérémie. Dès l’ouverture de cet épisode, l’indécision du roi Sédécias est illustrée par le fait que d’une part, il n’a pas voulu écouter les paroles du prophète, mais que d’autre part, il lui demande de prier en sa faveur (37 : 1 – 3). La réponse de Dieu est sans équivoque ; le peuple de Juda est condamné à perdre la bataille contre les Chaldéens, car Dieu l’a décidé ainsi (37 : 6 – 10). En fait, Dieu a déjà ordonné au peuple, à travers Jérémie, de ne pas résister à l’envahisseur, mais au contraire, de se rendre à lui (ch. 27). Seulement les ministres s’opposent fortement à cette idée. Jérémie se trouve comme tiraillé entre l’inimitié des ministres et la sympathie du roi. Ainsi, lorsque les ministres font emprisonner Jérémie sous prétexte qu’il semblait vouloir se rendre à l’envahisseur, le roi ordonna malgré tout qu’il soit bien traité (37 : 11 – 16, 21).

La réticence, ou l’incapacité, du roi à trancher entre les recommandations des ministres et celles de Jérémie devient plus évidente encore au chapitre 38. Fidèle à l’ordre de Dieu, Jérémie continue de prôner la reddition, ce qui attire sur lui la colère meurtrière des ministres (v. 1 – 4). On découvre ensuite un Sédécias pathétique, indécis, dominé et manipulé par ses propres conseillers (v. 5, 6), qui renonce à protéger le prophète. Chose étonnante et quelque peu scandaleuse, c’est un étranger, un Éthiopien, qui finit par prendre la défense de Jérémie et qui ramène le roi à la raison (v. 7 – 13).

Le chapitre 38 se termine par un dialogue entre Sédécias et Jérémie, où la faiblesse de caractère du roi apparaît à son comble (v. 14 – 28). Jérémie lui répète qu’il faut se rendre à l’ennemi et qu’ainsi seulement il aurait la vie sauve et la ville serait épargnée. Mais Sédécias lui avoue qu’il a peur de représailles de la part de son propre peuple. La réponse de Jérémie révèle le fond du problème de Sédécias : il lui faut par-dessus tout écouter la voix de l’Éternel (v. 20). Jérémie réitère ensuite l’avertissement de Dieu. Mais le roi reste indécis, dépassé par les événements, incapable de choisir entre la parole de Dieu et le conseil de ses ministres. C’est un exemple très concret du danger de l’hypocrisie spirituelle, et du refus de s’engager volontairement et totalement dans les voies de Dieu. Qui n’est pas tenté d’essayer de plaire à tout le monde ; à Dieu comme aux hommes ? Qui, s’il veut s’assurer une bonne réputation, ne se retrouve pas à dissimuler sa relation avec Dieu, comme le fit Sédécias (37 : 17) ? Mais il n’y a pas de neutralité possible, pas de partage entre les hommes et Dieu. L’indécision spirituelle est mortelle ; la parole vivifiante de Dieu doit être écoutée, reçue et obéie tout de suite.

17.11.2008

Jérémie 36

Le chapitre 36 raconte comment Dieu a donné l’ordre à Jérémie de mettre par écrit toutes les prophéties qu’il lui a communiquées, celles-ci étant largement constituées d’avertissements et de sentences à l’encontre du peuple d’Israël. C’est ainsi que Jérémie dicte le contenu des prophéties à un scribe, Baruch, qui à son tour est chargé de lire ces paroles dans le cadre d’une célébration au Temple, à Jérusalem. Baruch s’exécute, et l’événement est porté à l’attention des ministres, qui le convoquent au palais. Il faut remarquer que les ministres ne se trouvent pas au Temple au moment où Baruch fait sa lecture. La Parole de Dieu est communiquée au peuple avant de l’être aux responsables du peuple. C’est un signe de la déchéance spirituelle des chefs politiques du royaume de Juda.

Les ministres découvrent avec effroi le contenu des prophéties, et anticipant avec justesse la réaction négative du roi, ils encouragent Baruch et Jérémie à se cacher pour éviter ses représailles. En effet, lorsque le roi découvre à son tour le contenu des prophéties, il détruit par le feu l’intégralité du rouleau et cherche en vain à faire prisonniers Baruch et Jérémie. Alors, Dieu ordonne à Jérémie de mettre de nouveau les prophéties par écrit, cette fois avec un ajout concernant une sentence sévère contre le roi et sa descendance, pour avoir refusé d’écouter sa parole. Il est admirable de constater dans cet incident la suprématie de la Parole de Dieu ; le roi Yéhoyaqim a détruit le rouleau des prophéties de Jérémie, qu’à cela ne tienne, il sera réécrit dans son intégralité. Le texte précise même que beaucoup d’autres paroles semblables y furent ajoutées (v. 32).

La Parole de Dieu, en effet, est puissante, ou l’on pourrait dire encore, vivante et efficace (Hé 4 : 12). Cet épisode montre que la Parole de Dieu ne laisse pas indifférent mais qu’elle suscite toujours une réaction, fusse-t-elle bonne ou mauvaise. La réaction des ministres semble mitigée ; ils ressentent un effroi sincère à l’écoute des prophéties et ils semblent même prendre parti avec Jérémie. Sans doute fut-ce des ministres qui ont prié le roi de ne pas brûler le rouleau (v. 25). Mais le roi eut quant à lui une réaction orgueilleuse à l’écoute de la Parole de Dieu et non seulement il refusa de l’écouter, mais il chercha aussi à la faire taire. Le récit montre qu’il y a un grave danger à essayer de faire cela. La Parole de Dieu doit toujours être écoutée et reçue avec humilité, dans un esprit de soumission.

14.11.2008

Jérémie 32

Il arrive à Dieu de communiquer avec son peuple par des moyens matériels et visuels. Dieu sait de quoi les hommes sont formés, et il sait que parfois, les yeux, le toucher, et même l’odorat et le goût, sont plus capables de retenir un message que les oreilles. Ainsi Dieu ordonne à Jérémie d’acheter un champ et d’entreposer les documents relatifs à cet achat, aux yeux de tous, dans un vase de terre scellé, afin qu’ils puissent être conservés longtemps (v. 6 - 15). Cette mise en scène est accompagnée d’une promesse toute simple de Dieu, suggérant le futur rétablissement d’Israël dans son pays (v. 15).

Cet épisode a lieu au moment même où Jérusalem est assiégée par le roi de Babylone, et où les prophéties que Jérémie avait faites, concernant le châtiment d’Israël, semblent être sur le point de se réaliser. Le texte précise que Jérémie est alors emprisonné à Jérusalem, sur l’ordre du roi Sédécias qui n’a pas voulu croire à ces prophéties (v. 2 – 5). Et voilà que Dieu communique à son peuple une promesse qui va à l’encontre, semble-t-il, du châtiment prédit, et qui pourrait étayer l’opinion du roi. On peut comprendre l’incompréhension de Jérémie, qui se croit confronté à une contradiction de Dieu. Sa confusion est d’autant plus grande qu’il croit avoir été fidèle aux ordres de Dieu, jusqu’à le payer de sa personne en étant emprisonné.

C’est ainsi que Jérémie adresse une prière à Dieu, où il invoque ses attributs de puissance, de sagesse et d’ordre (v. 17 – 19), où il rappelle ses grandes œuvres à l’égard du peuple d’Israël (v. 20 – 22), et où il répète les raisons du châtiment qu’il a eu ordre d’annoncer (v. 23, 24). Enfin, Jérémie exprime sa confusion suscitée par le message du champ, qui ne semble pas aller dans le même sens (v. 25). Mais la sagesse de Dieu est tellement supérieure à celle des hommes qu’il est capable d’accomplir beaucoup de choses qui peuvent sembler étonnantes voire contradictoires à leurs yeux. Dieu explique en effet à Jérémie que le châtiment est toujours valable (v. 28 – 30), qu’il sera terrible à cause du péché et de l’obstination du peuple (v. 31 – 35), mais qu’il précède un rétablissement à venir pour le peuple d’Israël, une rédemption totale et définitive (v. 36 – 44), ce qui justifie la mise en scène avec l’achat du champ. Les documents conservés soigneusement dans le vase de terre scellé représentent la garantie qu’en dépit du châtiment sévère, il y a une bénédiction inédite et exceptionnelle à venir. À chaque instant, Dieu est en train d’accomplir son plan, et si les hommes sont tentés de s’arrêter à ce qui leur paraît incompréhensible, Dieu quant à lui possède une sagesse infinie, et même le plus improbable des événements est déjà intégré dans son plan souverain et rédempteur.

12.11.2008

Jérémie 30-31

L’exil ayant eu lieu, le peuple d’Israël étant asservi par Babylone, Jérémie transmet maintenant au peuple de Dieu des promesses de délivrance et de rétablissement. C’est un rétablissement qui se fera dans la douleur (30 : 3 – 11, 31 : 15 – 21), comme l’épreuve qui conduit à la paix, et l’humiliation au pardon. Dieu rappelle à son peuple que le châtiment qu’ils subissent est juste, du fait de leur péché (30 : 11 – 15). Dieu précise également que le rétablissement d’Israël sera public et visible ; c’est une rédemption que Dieu va accomplir aux yeux des nations, et par laquelle celles-ci seront humiliées d’une part, et seront amenées à reconnaître le lien qui unit Israël à son Dieu d’autre part (30 : 16 – 20, 31 : 1 – 9).

Ces prophéties sont données avec une certaine solennité, exprimée notamment par l’image de l’orage qui se concentre et qui tournoie dans le ciel, comme en préparation d’événements d’une ampleur extraordinaire (30 : 23, 24). Comme si Dieu se préparait à accomplir une étape décisive de son plan, vaste et incompréhensible. Le peuple est invité à s’en remettre à Dieu par la foi, même s’ils ne comprennent pas tout ce qui va arriver (v. 24). L’ampleur des événements à venir se traduit aussi par le fait que le rétablissement promis semble devoir être général et définitif (31 : 1 – 9, 38 – 40). C’est une rédemption sans précédent qui semble promise, octroyant force, prospérité et fertilité (31 : 23 – 30), mais traduite aussi, chose curieuse, par un rapport nouveau entre le peuple élu et son Dieu (31 : 29 – 34). La prophétie l’appelle une alliance nouvelle (v. 31). Cette alliance nouvelle est caractérisée notamment par un rapport beaucoup plus intime et personnel avec Dieu. Le rapport individuel de Dieu avec ses enfants sera en effet très manifeste (v. 29, 30, 33, 34), alors qu’il ne semble pas l’avoir été jusqu’alors.

Pour avoir osé parler en termes d’alliance nouvelle, il est évident que Dieu prépare un bouleversement important dans sa relation avec son peuple. Sous-tendue à cette révélation se trouve d’ailleurs la promesse d’un chef, d’un Messie suscité par Dieu lui-même (30 : 9, 21). Et pour appuyer encore plus l’importance de ces promesses, Dieu conclut en « jurant » par lui-même et par sa création que ces prophéties se réaliseront (31 : 35 – 37). La rédemption promise a un caractère universel, messianique, mystérieux, définitif, inédit, spirituel et inéluctable. Il est impossible que de telles promesses se satisfassent d’une réalisation purement terrestre. C’est en Jésus-Christ qu’elles trouvent leur plein accomplissement, comme l’auteur aux Hébreux l’expliquera plus tard (Hé 8).

04.11.2008

Jérémie 27

Jérémie conseille aux futures victimes de l’invasion babylonienne d’accepter la soumission au roi Neboukadnetsar ainsi qu’à ses successeurs (v. 2 – 7). C’est plus qu’un conseil ; c’est un ordre divin, accompagné d’un avertissement. Dieu promet qu’il exterminera la nation qui refuse de se soumettre à l’envahisseur (v. 8 – 11). Il met aussi les peuples en garde contre des messages prétendument prophétiques qui viendraient contredire celui-ci. Pour appuyer la véracité de ce message, Dieu explique aux royaumes voisin de Juda, toujours par la bouche de Jérémie, qu’il a donné le même avertissement à son propre peuple (v. 12).

Dieu lance comme un défi à quiconque encouragerait le peuple de Juda à résister au joug de Babylone (v. 18 – 22). Si des prophètes se prétendent de Dieu mais annoncent un message différent, qu’ils prient pour que le temple, le palais et l’ensemble de la ville de Jérusalem ne soient pas pillés. Si Dieu n’exauce pas la prière, c’est qu’il n’est pas avec ces autres prophètes mais bien avec Jérémie. L’Écriture sainte, en tant que Parole de Dieu, présente ainsi régulièrement, et avec une grande assurance, sa propre authenticité et sa véracité. La Bible peut être mise à l’épreuve ; elle en sortira toujours victorieuse. Ce n’est pas à cause d’un aléa de l’histoire si aujourd’hui, en dépit de ce qu’on peut en penser, la Bible reste un document de référence.

Il est intéressant également de remarquer dans ce texte combien le sort des nations païennes et celui du peuple de Juda sont liés. Sans distinction, le peuple saint et les nations environnantes vont être également châtiés, sous l’invasion babylonienne. Jérémie lui-même, le prophète, est envoyé auprès de tous et non seulement du peuple de Dieu. Ceci s’explique peut-être par le fait que les habitants du royaume d’Israël, qui a été renversé, sont encore dans les terres bien que les chefs aient changé. Mais on peut aussi constater comme un débordement de l’alliance, qui s’étend aux nations voisines du peuple de Dieu, un rayonnement qui associe ces nations, dans une certaine mesure, au peuple de Dieu, dans la bénédiction comme dans la malédiction.

03.11.2008

Jérémie 25

La menace se précise contre le peuple de Juda. Dorénavant, le châtiment que Dieu réserve à son peuple a un nom, celui du nouveau roi de Babylone : Neboukadnetsar (v. 1, 9). Dieu révèle aussi une donnée chronologique ; l’asservissement au roi de Babylone durera 70 ans, jusqu’à ce que Dieu intervienne contre Babylone pour la châtier à son tour (v. 11, 12). Le châtiment qui tombera sur Babylone sera étendu à toutes les nations environnantes. On aurait pu s’attendre à ce que cette dévastation générale coïncide avec un rétablissement d’Israël, mais ce n’est pas le cas. Les premiers à boire le « vin de la fureur », ce sont en effet Jérusalem et les villes de Juda (v. 18). Le message est clair ; c’est la région entière qui va être fustigée.

Avant d’annoncer cette lourde peine, Dieu, par la bouche de Jérémie, prend le soin de rappeler une fois de plus à son peuple combien il a été patient avec lui (v. 3 – 7). Depuis longtemps, Dieu met en garde son peuple, l’exhorte à la repentance, lui promet des bénédictions en retour, mais le peuple n’a pas cessé de s’obstiner. Sans doute, en voyant que le châtiment annoncé tardait à venir, ont-ils pu penser que le prophète Jérémie était un imposteur. Mais au lieu de mettre en doute Jérémie, c’est leur propre cœur qu’ils auraient dû examiner face à de telles imprécations, fussent elles légitimes ou non. Et le délai qui les séparait du châtiment aurait dû être pour eux l’occasion d’un retour humble et sincère à Dieu.

Il est intéressant de noter que Dieu n’hésite pas à utiliser un roi païen pour corriger son peuple saint. Neboukadnetsar est même appelé par Dieu son « serviteur » (v. 9). Mais cela ne signifie pas que le péché des païens soit excusé aux yeux de Dieu, comme l’atteste la fin du chapitre (cf. v. 29). Ce texte est au contraire une parfaite illustration de la culpabilité générale des hommes devant Dieu, Juifs ou païens. C’est aussi une manifestation de la souveraineté étonnante de Dieu qui, sans être l’auteur du mal, permet néanmoins celui-ci et l’utilise dans le cadre de son plan de rédemption. Quel mystère, mais quelle sécurité aussi pour le chrétien !

30.10.2008

Jérémie 18

Dieu emploie ici l’illustration du vase et du potier pour rappeler à Jérémie, et par son biais, au peuple, sa toute-puissance (v. 1 – 10). Si le potier peut agir comme il le souhaite avec l’argile, à combien plus forte raison Dieu avec les hommes qui sont ses créatures. Seulement, Dieu rappelle qu’il agit toujours en conformité avec sa justice et sa bonté. C’est pourquoi, face à l’ingratitude du peuple, Dieu l’invite à se tourner de nouveau vers lui, sans quoi le châtiment serait terrible (v. 11 – 17). Mais le châtiment, semble-t-il, est inéluctable car le peuple est obstiné. En référant de nouveau le peuple d’Israël aux nations étrangères (v.13), Dieu lui montre la folie de son attitude, mais suggère aussi que cette attitude est une disgrâce publique (v. 16) et du coup, un affront particulièrement grave à l’encontre de Dieu.

Jérémie prend la parole à son tour pour dénoncer un complot contre sa personne, et invoque Dieu pour qu’il châtie ses persécuteurs (v. 18 – 23). On peut s’étonner du châtiment particulièrement horrible que Jérémie souhaite pour ses ennemis, et notamment l’appel du dernier verset à ne pas exercer de miséricorde à leur égard. Cette prière est-elle vraiment conforme au caractère de Dieu ? Mais Jérémie ne suggère pas que Dieu reste sourd à une repentance sincère, seulement qu’il ne prête pas attention à la piété hypocrite étalée par le peuple. Au-delà des apparences de rancune qu’on peut déceler dans la prière de Jérémie, celui-ci, en fin de compte, ne fait que se ranger du côté de Dieu.

Il ne faut pas forcément percevoir cette prière de Jérémie (v. 18 – 23) comme étant égocentrique. Faisant suite au mécontentement de Dieu exprimé dans la première partie du chapitre, il est juste que Jérémie, objectivement, s’offusque du mal qui est médité plus particulièrement contre le prophète de Dieu, c’est-à-dire son émissaire. Le rôle d’intercesseur que Jérémie dit avoir joué à l’égard du peuple (v. 20) n’est pas cité dans la prière pour justifier une rancune personnelle, mais plutôt pour justifier la sévérité du châtiment divin réservé à un peuple endurci. Jérémie, en tant que prophète, n’exprime pas sa propre colère mais celle de Dieu. Pour tous ceux qui assument une responsabilité spirituelle quelle qu’elle soit (pasteurs, anciens, parents, enseignants dans l’Église…), il est bon de se rappeler qu’ils sont les représentants de Dieu et non ses suppléants.

24.10.2008

Jérémie 12

Le prophète Jérémie ose prendre la parole et mettre en question, humblement, prudemment, la justice de Dieu. Pourquoi Dieu permet-il que les méchants prospèrent alors qu’ils ne se soucient guère de Dieu et qu’ils méritent plutôt le malheur (v. 1 – 4) ? S’ensuit un passage quelque peu déconcertant (v. 5, 6). S’agit-il de Jérémie qui continue de s’adresser à Dieu, ou bien s’adresse-t-il prophétiquement au peuple, ou bien encore est-ce Dieu qui s’adresse déjà à Jérémie en réponse à son questionnement ? Il semble que ce soit Dieu qui oppose au questionnement de Jérémie un rappel à l’ordre subtil : le prophète ne devrait pas se soucier de ces choses, car les événements futurs qu’il devra affronter sont bien plus graves. À cause de la vocation antagoniste qu’il a reçue, à l’encontre de l’ensemble du peuple, Jérémie doit trouver sa sécurité en Dieu seul et non dans un semblant de paix et de justice terrestres.

Ainsi Dieu rassure Jérémie quant à sa justice. Le pays va être ravagé ; les méchants ne resteront pas impunis. Parce que le peuple s’est retourné contre Dieu, Dieu à son tour se retourne contre le peuple, et le châtiment sera appliqué par le moyen de l’envahisseur étranger (v. 7 – 13). Toutefois, le chapitre se conclut sur une note surprenante. Dieu promet qu’à son tour l’envahisseur sera châtié pour avoir touché à son peuple, mais qu’ensuite, si ces nations étrangères le reconnaissent comme Dieu, il les rétablirait (v. 14 – 17). C’est une manifestation de la bonté débordante de Dieu, qui s’accorde avec le rôle attribué à Israël d’être une lumière pour les nations et une source de bénédiction.

Encore une fois, on peut relever le fait que le châtiment de Dieu est bien plus qu’une simple et sévère punition ; c’est une correction, destinée à rétablir la relation entre Dieu et le peuple. La finalité est positive. Ce qui est étonnant, c’est qu’il est question ici des peuples étrangers et non du peuple d’Israël. Bien sûr, Jérémie a déjà eu dans son ministère de multiples occasions de transmettre des promesses de grâce et de pardon au peuple d’Israël. Ce qui est frappant ici, c’est que le moyen de l'extension des promesses aux peuples environnants, c’est la correction d’Israël. De la même façon, bien que dans un contexte différent, l’apôtre Paul explique que par la désobéissance d’Israël les païens ont maintenant obtenu miséricorde (Rm 11 : 30). C’est comme un schéma de rédemption qui se répète, ou encore une figure prophétique du plan général de Dieu pour la rédemption des hommes.

23.10.2008

Jérémie 7

Dieu poursuit ses menaces à l’encontre du peuple de Juda. Ici, le discours développe davantage le genre de péché dont s’est rendu coupable le peuple. Dieu lui reproche notamment son hypocrisie. Le peuple cache son péché sous des semblants de piété, une espèce de religiosité perverse qui couvre les pires ignominies (v. 2 – 11). Plus loin, Dieu rappelle à son peuple le fondement de la relation qui les lie, depuis la libération d’Égypte ; il ne s’agit pas de rites mais de foi (Écoutez ma voix, v. 23), une foi qui, si elle est authentique, se traduit naturellement par l’obéissance (Marchez dans toutes les voies que je vous commande). Mais le peuple a préféré la religion à la relation.

Pour appuyer le sérieux de la menace, Dieu invite le peuple de Juda à considérer le sort de leurs frères du royaume d’Israël. Bien qu’ils furent un peuple saint, dans une terre sainte, à cause de leur désobéissance, Dieu ne les a pas épargnés (v. 12 – 15). Il n’y a pas de piété suffisante pour couvrir le péché. Aux versets 16 à 20, on peut être étonné de l’inéluctabilité du jugement, qui ne laisse, semble-t-il, pas de place à la repentance et au pardon, comme si Juda avait atteint dans son péché un point de non-retour. Mais le discours l’explique un peu plus loin ; si le pardon n’est pas une possibilité, c’est parce que la repentance ne l’est pas non plus, à cause de l’endurcissement des cœurs (v. 24 – 28). Dieu sait d’avance que l’exhortation exprimée dans les premiers versets du chapitre (Réformez vos voies, v. 3) restera sans effet. Le chapitre se termine avec un exemple précis de péché (v. 29 – 31) et du châtiment qui est réservé au peuple (v. 32 – 34).

Il faut rester particulièrement sensible au reproche que Dieu fait à son peuple d’être hypocrite. Combien il est facile de tomber dans le travers de la religiosité et de négliger, sinon d’abandonner, le sens véritable du rapport entre Dieu et son peuple, aujourd’hui l’Église. Ce n’est pas un ensemble de rites, mais c’est la foi, une foi complète, une foi en mouvement. Dès que l’Église commence à s’attacher à l’expérience sentimentalo-religieuse, à l’information théologique ou à la discipline de vie aux dépens de la personne vivante de Jésus-Christ par qui cette relation de foi est possible, elle corrompt l’alliance faite par Dieu avec son peuple. Voilà pourquoi il est impératif de maintenir une prédication et un enseignement christocentriques dans nos églises. Et pourquoi il est important pour chacun d’entretenir avant tout autre chose une relation personnelle et vivante avec Jésus.

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