Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

16/03/2010

La Vie rêvée des vaches

Dimanche 7 mars 2010

AUDIO

Amos 4 : 1 - 3

(Alexandre Sarran)

 

Introduction

Vache.jpg« L’homme est-il un animal ? » C’est la question qui a été posée, récemment, à une classe de CM2 dans le cadre d’une petite présentation suivie d’un débat, dont le but était d’initier les enfants à la philosophie. À l’issue de la présentation, les enfants n’ont pas hésité à livrer leurs impressions sur le sujet, comme le petit Émilien, par exemple : « Moi, je crois que l’homme est un animal, parce que j’ai vu le corps d’un singe et d’un homme et ils étaient presque les mêmes ». Ou encore la petite Victoria : « Oui, je pense que l’homme est un animal, parce que les animaux sont intelligents. Par exemple : le chien, quand on lui dit assis, il s’assoit ». Ou encore Aaron : « Oui, l’homme est un animal, car les ancêtres de l’homme étaient des animaux et vivaient dans des grottes, se nettoyaient avec de la terre et avec du sang des animaux sauvages ». Ou encore Chloé : « Oui, l’homme est un animal, parce qu’on a vu le diaporama : l’homme évolue peu à peu ». Vous voyez qu’à l’âge de 10 ans, les enfants de notre pays sont déjà en train d’intégrer l’idée qu’en tant qu’êtres humains, ils ne sont pas fondamentalement différents des animaux. Vous savez quel est le pendant de cette idée ? C’est que nous pouvons nous fier à nos envies pour savoir comment vivre. C’est logique : si les autres animaux peuvent se fier à leur instinct, pourquoi pas les hommes ? Si j’ai naturellement envie de quelque chose, pourquoi ne serait-il pas légitime pour moi de chercher à l’obtenir ? En fait, ce mode de pensée s’est ancré tellement profondément en nous que la plupart du temps nous n’y réfléchissons même pas : bien sûr que nos choix de vie répondent avant tout à nos besoins et à nos désirs ! Quoi de plus normal ? Nous ne sommes peut-être pas tous des gens totalement adonnés à la satisfaction égoïste de nos appétences, mais il y a bien tel ou tel domaine de notre vie où notre désir personnel influe plus qu’autre chose sur notre comportement. Le problème, c’est que le texte que nous allons lire ce matin va nous asséner un message clair, net et radical : c’est que nos envies ne sont pas fiables, mais Dieu l’est. Autrement dit, il faut rejeter loin de nous l’idée que nous sommes comme des animaux, connaissant instinctivement ce qui est bien pour nous et ce qui est mal ; cette idée est en fait un piège qui a pour effet de nous avilir et de nous détruire. Mais regardons comment le texte soulève ce problème.

 

1. Quand l’appétit dirige la société (v. 1)

a)      Un tableau désobligeant (v. 1)

Amos sait que son auditoire n’est pas très attentif à son discours, alors pour remédier à cela, il va s’adresser aux femmes notables d’Israël et les traiter de grosses vaches. C’est exactement ce que signifie « vaches de Basan ». Mais ce qu’Amos est en train de faire dans ce verset, c’est de dresser un tableau désobligeant au travers duquel il veut représenter au peuple l’état déplorable de leur société. Et il pointe du doigt le comportement de ces femmes riches qui, comme des vaches, ne pensent qu’à une chose : satisfaire leur appétit. Le problème de ces femmes, ce n’est pas qu’elles sont riches, mais c’est qu’elles sont gouvernées par l’envie. Dans ce tableau désobligeant dressé par Amos, l’envie apparaît comme la puissance directrice de la vie de ces femmes, et par conséquent de la vie de leurs maris, et par conséquent de la société, ce qui entraîne des conséquences désastreuses notamment au niveau social. Ce qu’Amos est en train de faire, c’est de forcer le peuple à se regarder dans un miroir, pour que les Israélites prennent conscience que leur société marche sur la tête.

b)      L’autoscopie et l’effet du miroir

Vous connaissez ces campagnes publicitaires que l’on voit régulièrement contre l’abus d’alcool : on y représente des gens qui sont censés nous ressembler, qui se trouvent dans des situations qui nous sont familières, et dont le comportement bascule parce qu’ils boivent trop. Avec ce fameux slogan à la fin : « Tu t’es vu quand t’as bu ? ». Ces spots sont censés avoir un puissant effet sur nous parce qu’on est censé s’identifier aux personnes qui y sont représentées, et comprendre à travers ce qu’on voit quels sont les mécanismes de l’abus d’alcool : d’où ça vient et ce que ça entraîne. Il y a un exercice pédagogique qui fonctionne sur le même principe et qui s’appelle l’autoscopie. C’est le principe selon lequel on se filme soi-même dans une situation donnée, pour ensuite se regarder, parfois en groupe, afin de comprendre, d’évaluer et de corriger son comportement. Amos est en train de faire la même chose avec le peuple. Il force les Israélites à se regarder dans un miroir afin qu’ils comprennent quels sont les mécanismes du péché à l’œuvre dans leur société.

c)       Tu t’es vu quand tu pèches ?

Et voici quels sont les mécanismes du péché : quand on est gouverné par l’envie, cela entraîne la dégradation de notre personne et de nos relations. Alors la question que Dieu nous pose dans un premier temps ce matin, c’est la suivante : « Est-ce que tu t’es vu quand tu pèches ? ». Est-ce que nous savons d’où vient le péché dans notre vie, et où cela nous entraîne ainsi que notre entourage ? Est-ce que nous avons conscience que nos envies sont en réalité néfastes par nature ? Jacques le dit sans détour dans son épître : « Chacun est tenté, parce que sa propre convoitise l’attire et le séduit. Puis la convoitise, lorsqu’elle a conçu, enfante le péché ; et le péché, parvenu à son terme, engendre la mort » (Ja 1.14-15). Dieu nous invite à considérer d’où vient le péché et où mène le péché.

Est-ce que je peux me fier à mes envies pour savoir comment vivre ? Selon la Bible, certainement pas, car je suis pécheur et donc naturellement enclin au mal. Le péché opère à travers mes désirs, et malgré ce que j’en pense ou ce que je ressens, le péché a vraiment pour conséquence de me détruire. C’est comme ça que ça marche ! Soyons lucides, et considérons l’image que nous renvoie le miroir, surtout dans ces domaines de notre vie où nos désirs personnels influent plus qu’autre chose sur notre comportement. Ce n’est pas la vocation des êtres humains d’être gouvernés par leur envie. Mais regardons la suite du texte, qui va mettre cette réalité encore plus en relief.

 

2. Un point de vue radicalement opposé (v. 2)

a)      Une illusion temporaire (v. 2)

Le verset suivant, dans la bouche d’Amos, confirme le tableau désobligeant qu’il a fait au début. Amos parle du châtiment que Dieu réserve au peuple à cause de son obstination dans le péché. Ici aussi, les femmes notables continuent d’être emblématiques du mal profond qui touche tout le royaume d’Israël. Ces « grosses vaches », dit-il, seront enlevées « avec des crochets ». Amos fait référence à l’habitude qu’avaient certaines puissances conquérantes de l’époque d’emmener les prisonniers de guerre en les menant par un crochet passé dans leur nez. Vous avez compris que c’est une façon de totalement humilier celui qui a été vaincu. À travers cette parole prophétique concernant l’avenir que Dieu réserve aux « vaches de Basan », Amos dessine un terrible contraste entre le point de vue du peuple et le point de vue de Dieu sur la situation. Ces femmes prétendues puissantes ne voient pas où est le problème (ni leurs maris d’ailleurs) si elles ont envie de laisser libre cours à leur goût du luxe, mais Dieu, lui, nous dit que ces femmes ont en réalité totalement perdu leur dignité. Ce que Dieu est en train de nous montrer, c’est que le fait de laisser libre cours à ses désirs est un comportement avilissant pour l’homme.

b)      La vie rêvée des vaches

Si Dieu compare ces femmes à des vaches, ce n’est pas par hasard. Il y a beaucoup de vaches du côté de chez nous, et les vaches c’est trèsBoeuf en pièces.jpg joli dans le paysage, c’est très imposant quand on s’en approche, mais c’est très paisible et tranquille. C’est aussi très bête. Les vaches passent leur temps à brouter : pensez-vous, elles ont 4 estomacs ! Elles ne pensent qu’à ça et à dormir à l’ombre des grands chênes. En réalité, elles sont totalement exploitées ! Elles pensent avoir une vie rêvée, mais en fait, on leur soutire le lait sans leur demander leur avis, et les plus malchanceuses d’entre elles n’existent que pour figurer en pièces détachées sur l’étal du boucher. Quel contraste entre la vache de carte postale et la vache sous plastique à Carrefour !

c)       L’influence et l’erreur du naturalisme

Dieu est en train de dresser le même contraste entre le point de vue du peuple sur la situation et le point de vue de Dieu. Ces femmes riches et notables pensent que c’est le rêve de pouvoir laisser libre cours à leurs désirs ; en réalité, selon Dieu, c’est un comportement dégradant pour l’homme. Non seulement ces femmes agissent comme des animaux, mais du coup, elles seront traitées comme du vulgaire bétail sans défense, totalement démuni et asservi à une puissance étrangère. Dieu dit qu’elles seront enlevées littéralement avec des « hameçons », c’est dire que tout le poids qu’elles ont prétendument accumulé en étant gouvernées par leurs désirs, ne pèse rien dans la balance de Dieu. La leçon que Dieu nous donne ici, c’est que l’homme qui se fie à ses envies régresse.

Ce principe heurte de plein fouet une mentalité qui est très répandue aujourd’hui, selon laquelle l’être humain peut trouver en lui-même et dans la nature les repères moraux qui feront évoluer en mieux l’espèce humaine. Dieu dit le contraire : se fier à son instinct, c’est imiter les animaux, c’est porter atteinte à la dignité humaine, c’est se diriger vers la destruction. Je pense que vous comprenez pourquoi il est important que nous comprenions, ainsi que nos enfants, que nous ne sommes pas des animaux. Nous ne devons pas être gouvernés par nos désirs. Nos envies ne sont pas fiables ! Alors qu’est-ce qui est fiable ? Regardons la suite et la fin du texte.

 

3. Une panique thérapeutique (v. 3)

a)      La panique et la recherche effrénée d’un refuge

Avant de répondre à cette question, regardons la dernière chose que Dieu dit concernant l’avenir qui est réservé aux « vaches de Basan ». Dieu dit qu’elles s’enfuiront de la ville, en étant saisies de panique. Elles seront tellement paniquées lorsque l’ennemi attaquera, qu’elles chercheront frénétiquement n’importe quelle issue pour échapper au châtiment, et qu’elles se jetteront elles-mêmes dans la forteresse ennemie, où elles penseront trouver la sécurité. Ce que Dieu est en train de dire ici, c’est qu’un jour, les femmes notables du peuple, ainsi que tout le peuple, prendront conscience de leur situation et reconnaîtront, par l’expérience, la véracité des paroles du prophète. Lorsque le peuple réalisera qu’ayant été gouverné par l’envie, il s’est avili et s’est destiné lui-même à la destruction, le peuple se mettra en quête effrénée d’un refuge. Il mesurera pleinement sa vulnérabilité devant le jugement de Dieu.

b)      Quand la situation s’emballe

Je ne sais pas si vous le savez, mais quand une vache panique, ça fait « vachement » peur à voir ! Le mois dernier, il y avait à Bayonne une foire en plein air appelée « la foire aux bœufs gras ». Un éleveur est arrivé avec une quinzaine de vaches dans son camion et a commencé à les décharger dans l’enclos qui leur était dévolu. C’est là qu’une génisse de 900 kilos s’est affolée, devenant totalement incontrôlable. Totalement paniquée, elle s’est enfuie en direction du centre-ville où elle a semé la zizanie. Après deux heures de poursuite, il a fallu que des tireurs d’élite abattent la bête qui n’avait pas pu être maîtrisée malgré les efforts d’une trentaine de policiers municipaux et nationaux, ainsi que des pompiers, des employés de la ville, des éleveurs et des bouchers. Voilà le genre de panique dont il est question dans ce texte. La quête effrénée d’un refuge.

c)       La fiabilité de Dieu

Ayant été gouvernés par l’envie, les Israélites s’en était remis à quelque chose de faillible et de néfaste qui n’a fait que les préparer pour le jour de leur destruction. Mais avez-vous remarqué que Dieu, dans le texte leur montre quelque chose d’infaillible ? Il s’agit de sa propre parole. Il y a cette invitation solennelle, « écoutez cette parole », qui rappelle que Dieu est engagé dans une relation d’alliance avec son peuple (cf. 3.1 et Dt 6.4 : « Écoute, Israël ! L’Éternel, notre Dieu, l’Éternel est un »). Il y a la conclusion du passage, avec cette signature tout aussi solennelle : « Oracle de l’Éternel ! ». Mais il y a surtout cette précision au verset 2 concernant la réalisation de la prophétie : « Le Seigneur, l’Éternel, l’a juré par sa sainteté : voici… ». Tout en comprenant que leurs envies ne sont pas fiables, les Israélites sont amenés à comprendre que Dieu, lui, est fiable.

d)      Se jeter dans la bonne forteresse

Dieu est fiable dans l’exercice de ses jugements : il tient parole concernant les malédictions prononcées contre le peuple qui s’obstine dans le péché. Mais il tient parole aussi concernant les bénédictions promises à ceux qui le craignent, et surtout, il tient parole concernant ses promesses de grâce destinées à tous ceux qui se confient dans l’œuvre du messie annoncé dès les origines. La seule autre fois dans la Bible où Dieu, littéralement, « jure par sa sainteté », c’est dans le Psaume 89, où Dieu dit : « Je ne profanerai pas mon alliance et je ne changerai pas ce qui est sorti de mes lèvres. J’ai juré une fois par ma sainteté : Mentirai-je à David ? Sa descendance subsistera toujours ; son trône sera devant moi comme le soleil, comme la lune il sera établi pour toujours, le témoin qui est dans la nue est fidèle » (Ps 89.35-38). Dieu rappelle donc à son peuple qu’il tient parole toujours, et concernant toutes ses promesses. L’histoire nous le démontre, car non seulement le royaume d’Israël a effectivement été détruit quelques années plus tard par les Assyriens, et le peuple a été déporté et humilié, mais le MessieCroix sombre.jpg est aussi venu, conformément à la promesse, de la descendance de David, en la personne de Jésus-Christ, pour donner au peuple le refuge ultime, la véritable sécurité. Il est mort en effet pour prendre sur lui le jugement des péchés de tous ceux qui se confient en lui et leur ouvrir les portes d’une forteresse solide : celle de sa propre personne, qui nous offre le pardon des péchés et qui nous justifie aux yeux de Dieu.

Dieu veut que nous paniquions à la pensée de notre péché et de son jugement. Il veut que nous prenions conscience que nous sommes totalement démunis devant lui, comme le décrit le prophète Osée : « La honte saisira Éphraïm, et Israël aura honte de ses desseins. […] Ils diront aux montagnes : Couvrez-nous ! Et aux collines : Tombez sur nous ! » (Os 10.6-8). Dieu veut, de manière thérapeutique, nous faire contempler l’avilissement et la destruction vers lesquels nos péchés nous entraînent, afin que nous recherchions désespérément le secours auprès de lui. C’est l’expérience qu’a faite le roi Néboukadnetsar ; il est devenu un animal, il a goûté littéralement à l’avilissement du péché, et le résultat, c’est lui qui nous le livre : « Après le temps marqué, moi, Néboukadnetsar, je levai les yeux vers le ciel, et la raison me revint. J’ai béni le Très-Haut, j’ai loué et glorifié celui qui vit éternellement, celui dont la domination est une domination éternelle, et dont le règne subsiste de génération en génération. […] Maintenant, moi, Néboukadnetsar, je loue, j’exalte et je glorifie le roi des cieux, dont toutes les œuvres sont vraies et les voies justes, et qui peut abaisser ceux qui marchent avec orgueil » (Dn 4.31, 34).

 

Conclusion

Bonaparte.jpgD’après Napoléon Bonaparte, « L’homme n’est qu’un animal plus parfait que les autres et qui raisonne mieux ». Mais d’après la Bible, pas du tout. Dieu a créé l’homme totalement distinct des animaux, avec une dignité particulière qui tient au fait qu’il porte l’image de Dieu. Cette image, malheureusement, a été détériorée sous l’effet du péché. L’homme cherche à être autonome, c’est-à-dire à être régi par ses propres envies, ses propres désirs, ses propres convoitises. C’est précisément la définition du péché. Mais si l’homme n’est pas un animal, le péché, lui, tend à faire ressembler l’homme à un animal. Les femmes notables du peuple sont comparées à des grosses vaches, qui ne s’intéressent qu’à la satisfaction de leur appétit en réalité insatiable. L’apôtre Pierre lui-même parle de ceux qui, « dans un appétit de souillure, recherchent les plaisirs charnels et méprisent l’autorité du Seigneur ». Ceux-là, dit-il sont « semblables à des animaux dépourvus de raison et destinés par nature à être capturés et détruits » (2 Pi 2.10, 12). Vous voyez donc que nos envies ne sont pas fiables. Mais Dieu, lui, est fiable. Est-ce que nous en avons pris conscience, peut-être avec un sentiment de panique à l’idée d’être totalement démunis devant Dieu ? Mais Dieu a ouvert pour nous la porte d’une forteresse inébranlable. Il nous invite à renoncer à notre autonomie, à confesser que nos envies sont néfastes, et à recevoir dans notre vie le règne bienveillant et fiable de son Fils Jésus-Christ qui a pris sur lui le poids de nos fautes pour nous en délivrer. Il compte maintenant déployer son autorité dans notre vie, par le moyen de sa Parole, mais pas pour nous asservir ou pour nous dégrader, mais bien plutôt pour nous faire croître à son image, à l’image de l’être humain parfait, afin que nous reflétions « comme un miroir la gloire du Seigneur », et que nous soyons « transformés en la même image, de gloire en gloire, comme par le Seigneur, l’Esprit » (2 Co 3.18).

 

Les commentaires sont fermés.