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27/07/2009

Qui c'est qui commande ? (26 juillet 2009)

Actes 26 : 9 – 20

 

Introduction

J’ai un problème avec l’autorité. C’est une notion qui me crispe. J’ai un problème avec l’autorité, parce que je suis le produit de la culture individualiste dans laquelle je suis né et dans laquelle j’ai grandi. L’autorité ressemble à une violence faite à l’encontre de ma liberté d’opinion, de parole et de choix. L’autorité menace ma vie privée dont je suis, jusqu’à preuve du contraire, le maître. Non mais dites-donc : qui peut prétendre m’imposer les choix que je dois faire, concernant mes mœurs, mes goûts, mes croyances… ? J’ai un problème avec l’autorité, mais j’ai un plus grand problème encore : je m’intéresse à la foi chrétienne. Aïe. La Bible.jpgJe me rends compte que la Bible donne des réponses à beaucoup de mes questions, mais je me rends compte aussi qu’il y a dans la Bible des tas de choses qui me prennent à rebrousse-poil. Des tas de choses qui menacent mon autonomie. Alors vous savez ce que j’ai fait ? J’ai pris le meilleur des deux mondes : je suis devenu un chrétien autonome. Comme ça, je peux accepter tout ce qu’il y a de bénéfique dans l’Évangile, et laisser de côté les choses qui sont un peu plus gênantes. En parfait individualiste que je suis, je me suis fait ma propre petite recette ; un christianisme personnalisé, sur mesure, qui me va bien et qui me fait du bien. Mais le texte que nous avons lu ce matin, si nous nous y arrêtons un instant, c’est un de ces textes qui nous prend à rebrousse-poil. C’est un texte qui va dénoncer, et même pulvériser, cette mentalité individualiste dans laquelle nous baignons et qui influence si fortement notre pensée même en tant que chrétiens. Je pense que ce texte jette une lumière particulière sur la foi chrétienne, une lumière peut-être nouvelle pour vous ce matin, en tout cas une lumière qui va nous faire comprendre que l’individualisme est incompatible avec la foi véritable, et cela à partir d’une idée toute simple : c’est que la foi véritable consiste en une capitulation totale devant une autorité suprême. On n’aime pas entendre ça. Mais regardons le texte.

 

1. Paul avait personnellement choisi son camp (v. 9-12)

a) Paul explique sa démarche

Paul raconte sa conversion. Il rappelle qu’avant sa conversion, il était un fervent persécuteur de chrétiens. La manière dont il le raconte n’est pas anodine : il dit qu’il s’opposait « au nom de Jésus de Nazareth » (v. 9), c’est-à-dire à tout ce que ce nom représentait, c’est-à-dire à l’autorité même que l’on attribuait à ce nom. Paul explique qu’il a exercé son propre jugement pour se positionner (v. 9, 10), non sans le soutien et l’appui, l’incitation et l’approbation d’une autre autorité, celle des responsables religieux (v. 10, 12). Paul explique que sa démarche, avant sa conversion, s’inscrivait dans le cadre d’une lutte de pouvoir. Comme un parfait individualiste, il avait personnellement, volontairement, choisi son camp, et par conséquent, il s’opposait, vigoureusement, à un autre camp (v. 11).

b) Un genre de guerre civile

Sécession.jpgPour Paul, c’était une opposition entre deux pouvoirs, entre deux autorités. Un genre de guerre civile où deux pouvoirs prétendent à une autorité supérieure, et où chaque personne est obligée de se positionner. Si vous aviez été un jeune homme d’une vingtaine d’années et que vous habitiez en Virginie, aux États-Unis, dans les années 1860, pendant la fameuse guerre de Sécession, il vous aurait été impossible de ne pas vous rallier à un camp : soit aux nordistes, soit aux confédérés. Soit aux tuniques bleues, soit aux tuniques grises.

c) Nous vivons dans le cadre d’une lutte de pouvoir

Je crois que cette analyse rétrospective de Paul sur ce qu’il était et sur ce qu’il faisait avant sa conversion, et qu’il présente comme une opposition virulente entre deux autorités rivales (celle de Christ d’un côté, et celle qui s’oppose à Christ de l’autre), sert à nous rappeler que nous aussi, nous vivons dans le cadre d’une lutte de pouvoir. Nous sommes nés sur un champ de bataille, et nous y menons notre existence, et il n’y a pas de terrain neutre entre les bleus et les gris. Jésus a dit : « Celui qui n’est pas avec moi est contre moi » (Mt 12.30). Depuis le troisième chapitre de la Genèse, nous savons qu’il y a un serpent, que Dieu a un contradicteur ; et toute l’histoire du monde depuis ce troisième chapitre de la Bible, c’est l’histoire de l’opposition entre l’autorité de Dieu et l’autorité prétendue de l’ennemi de Dieu. C’est une lutte de pouvoir, et nous ne pouvons pas l’esquiver. Mais est-ce que nous en avons conscience ? Est-ce que j’ai conscience, en tant qu’individualiste, que l’autonomie et l’indépendance que je recherche, c’est une forme d’autorité, et ce n’est pas une autorité neutre, mais une autorité qui s’oppose à celle de Dieu ? Aucun domaine de notre vie n’échappe à cette lutte de pouvoir. Paul a compris que sa vie s’inscrivait dans une lutte de pouvoir, et il va nous expliquer comment, tout d’un coup, il s’en est rendu compte.

 

2. Paul a dû s’incliner devant la suprématie de Jésus (v. 13-16)

a) Paul tombe à la renverse devant le Maître du monde

Vous connaissez l’histoire. Jésus se révèle à Paul, sur la route de Damas. Mais regardez comment Paul le raconte. « Vers le milieu du jour », c’est-à-dire lorsque le soleil brille de toute sa force, Paul et ses compagnons sont entourés d’une lumière « venant du ciel, plus brillante que le soleil » (v. 13). C’est-à-dire une lumière plus brillante que l’équivalent de 386 milliards de milliards de mégawatts (ce qui correspond à l’énergie du soleil). Paul tombe par terre devant la manifestation d’une telle puissance. Il comprend qu’il est devant le pouvoir suprême, devant le Maître du monde en personne, celui qui tient les commandes, et qui fait comprendre à Paul que celui-ci est en train de s’opposer à ses plans (v. 14). Mais Paul ne comprend pas qui c’est (v. 15). Jésus se présente donc, et il explique à Paul que sa vie est entre ses mains et qu’il a décidé de l’enrôler à son service, que cela lui plaise ou non (v. 16) !

b) Se mettre Sarkozy à dos

Quel choc pour Paul, qui s’est rendu compte, tout d’un coup, qu’il s’opposait au Maître du monde, à celui qui détient le pouvoir suprême ! Il n’y a pas si longtemps, vous avez sans doute entendu parler de ces escrocs qui ont volé les coordonnées bancaires d’un certain nombre de personnes pour subvenir à leurs magouilles. Les sommes prélevées n’étaient jamais bien élevées. Sur l’un des comptes, ils avaient prélevé moins de 200 euros. Une petite escroquerie, quoi. Ils ne risquaient pas grand-chose. Sauf que ces escrocs se sont retrouvés bien bêtes lorsqu’ils ont découvert que ce compte bancaire en question… était celui de Nicolas Sarkozy en personne ! Celui-ci a déposé plainte, et je peuxSarkozy.jpg vous dire que ces escrocs à la petite semaine se sont fait tout petits face à la brigade financière et à la brigade criminelle qui ont été sollicitées pour résoudre cette affaire, qui eût été plutôt anodine en d’autres circonstances. Quel choc pour ces escrocs, qui se sont rendus compte, tout d’un coup, qu’ils s’étaient mis à dos, sans s’en rendre compte, le président de la République lui-même !

c) Dans cette lutte de pouvoir, les forces ne sont pas égales

Paul aussi se rend compte, tout d’un coup, qu’il est en train de persécuter, non pas Nicolas Sarkozy, mais le Maître suprême de tout l’univers, qui lui donne momentanément un petit aperçu de sa puissance. Paul s’effondre par terre, et il ne peut que reconnaître, que dans cette lutte de pouvoir, les forces ne sont pas égales. « Il est dur pour toi de regimber contre les aiguillons » (v. 14). Tu regimbes, tu résistes, tu protestes contre mon autorité, mais ma puissance est sans égale pour faire valoir mon autorité. Et tu ne peux que le reconnaître. Paul découvre la suprématie de Jésus. Et il en tombe à la renverse. Est-ce que nous pensons souvent à Jésus comme au Christ exalté, glorifié, magnifié, celui qui a été souverainement élevé et qui a reçu le nom qui est au-dessus de tout nom (Ph 2.9), celui à qui toutes choses ont été soumises (Hé 2.8), celui dont la tête et les cheveux sont comme laine blanche, dont les yeux sont comme une flamme de feu, dont les pieds sont comme du bronze rougi au four, dont la voix est comme le bruit des chutes du Niagara, dont le visage est comme le soleil à Marseille entre midi et 14h, et dont il sort de la bouche une épée à deux tranchants, aiguisée comme une lame de rasoir (Ap 1.14-16) ? J’ai un problème avec l’autorité, je suis un individualiste, peut-être même un « chrétien autonome », et bien j’ai besoin de cet éclair de lucidité : dans cette lutte de pouvoir, les forces ne sont pas égales. J’ai besoin de découvrir la suprématie de Jésus, et de tomber par terre, terrorisé par sa puissance. Est-ce que ça vous est déjà arrivé ? C’est arrivé à Paul, et regardez la suite.

 

3. Jésus compte déployer son autorité bienveillante (v. 17-20)

a) Jésus explique à Paul quelle est sa mission

Jésus a donc fait comprendre à Paul qui c’est qui commande. C’est Jésus. Et sans demander l’avis de Paul, Jésus fait de lui un messager dont la mission est de proclamer aux gens la suprématie du Roi des rois, l’établissement de son royaume, et l’intention qu’il a de déployer son autorité bienveillante (v. 17-18). À travers le ministère de Paul, Jésus annonce qu’il a l’intention d’ouvrir les yeux des gens (que ce soit des Juifs ou des païens), de les transférer d’un royaume à un autre, d’une autorité (celle du serpent, du contradicteur de Dieu) à une autre (l’autorité suprême et bienveillante de Dieu). Jésus annonce qu’il a l’intention d’offrir à tous ceux qui se confient en lui le pardon de leurs péchés, et non seulement le pardon des péchés, mais un héritage dans le ciel et dans l’éternité. Tout cela, Jésus l’a acquis pour eux au prix fort de sa vie qu’il a donnée à la croix, et il l’a garanti par la victoire éclatante qu’il a gagnée sur le péché et sur la mort, par sa résurrection.

b) Le salut consiste en notre capitulation

Alésia.jpgPaul est donc envoyé comme un messager qui doit proclamer ces choses. Il doit proclamer que le Roi des rois a établi son règne, et que le royaume du monde est passé au Seigneur et à son Christ qui règnera aux siècles des siècles (Ap 11.15-17). Toutes choses lui ont été soumises, et il compte maintenant déployer son autorité (Ép 1.20-22). Mais c’est une autorité bienveillante ! Le Roi des rois promet un héritage à tous ceux qui se confient en lui. Se confier en lui, ça ressemble à quoi ? À notre capitulation. À notre repentance, à notre conversion à Dieu, avec la pratique d’œuvres découlant de cette repentance (v. 20).

c) Rendez-vous, vous êtes cernés

La mission de Paul ressemble à celle d’un policier qui va au-devant d’un groupe de malfaiteurs embusqués dans une cachette quelque part, et qui leur crie par le moyen d’un mégaphone : « Rendez-vous, vous êtes cernés » ! Vous ne pouvez pas vous échapper. Il n’y a pas d’autre issue possible à cette situation que votre défaite, alors rendez-vous pendant qu’il en est encore temps. OuMégaphone.jpg encore, avec les paroles du psalmiste : « Embrassez le fils, de peur qu’il ne se mette en colère, et que vous ne périssiez dans votre voie, car sa colère est prompte à s’enflammer. Heureux tous ceux qui se réfugient en lui ! » (Ps 2.12).

 

Conclusion

Jésus nous invite donc à déposer les armes devant lui. La foi qu’il demande de nous, c’est une capitulation totale devant son autorité suprême. Nous pouvons le faire sans crainte car nous savons que ce Roi est bienveillant : il l’a prouvé en mourant à notre place. Alors certes, j’ai un problème avec l’autorité, parce que je suis le produit de la culture individualiste dans laquelle je suis né et dans laquelle j’ai grandi ; je cherche à préserver mon autonomie ; je voudrais recevoir tout ce qu’il y a de bénéfique dans l’Évangile, et laisser de côté les choses qui sont un peu plus gênantes ; mais je dois savoir que dans tous les domaines où je résiste à l’autorité de Jésus-Christ, dans tous les domaines où je pense avoir le droit de commander parce que c’est ma vie privée et qu’elle ne regarde personne d’autre, je ne me trouve pas en territoire neutre, mais dans le camp de l’ennemi. Je dois savoir que dans le cadre de cette lutte de pouvoir, personne ne va pouvoir rivaliser avec le pouvoir suprême de Jésus-Christ (Mt 28.18). Plutôt que de faire de la résistance, je dois savoir que Jésus m’invite à changer radicalement d’allégeance, à renoncer à mon autonomie, à tourner le dos à toute autorité autre que la sienne, et à entrer dans son royaume. La culture du rejet de l’autorité est particulièrement exacerbée dans notre société, et je crois que ce fléau déborde dans nos églises et dans notre vie chrétienne d’autant plus facilement que nous avons tendance à sous-estimer la profondeur de l’abîme qui existe entre la foi et la non-foi. J’ai remarqué que nous parlons parfois de la foi comme de quelque chose qui vient s’ajouter à une vie qui, autrement, est normale. « Regarde cet homme : il a une vie équilibrée, il est talentueux, il est gentil… Il manque juste Dieu dans sa vie. » Ce n’est pas du tout comme ça que l’Apôtre Paul parle de la foi. Pour Paul, si je n’ai pas la foi, ce n’est pas qu’il manque Dieu dans ma vie, c’est plutôt qu’il me manque… la vie, que Dieu peut me donner ! « Vous étiez morts par vos fautes et par vos péchés… Mais Dieu est riche en miséricorde et… il nous a rendus à la vie avec le Christ » (Ép 2.1, 4, 5) ; « Si quelqu’un est en Christ, il est une nouvelle créature » (2 Co 5.17) ; « Il nous a délivrés du pouvoir des ténèbres et nous a transportés dans le royaume de son Fils bien-aimé » (Co 1.13) ; et Jésus lui-même qui dit : « En vérité, en vérité… si un homme ne naît de nouveau, il ne peut voir le royaume de Dieu » (Jn 3.3), etc. La foi véritable, ce n’est pas accepter Jésus dans mon cœur, comme s’il y avait là un petit espace qui n’attendait que sa venue, mais c’est changer de cœur (Éz 36.26). C’est changer d’allégeance. C’est changer de perspective. C’est changer de valeurs et de priorités. C’est même changer de goûts (Ph 4.8) ! Un chrétien autonome, c’est un oxymore ; c’est une contradiction dans les termes. La foi véritable, c’est une capitulation totale devant l’autorité suprême et bienveillante de Jésus-Christ.

20/07/2009

Interruption des études bibliques pendant l'été

Du fait des allées et venues des uns et des autres tout au long de l'été (y compris du pasteur !), les études bibliques qui se tiennent habituellement le mercredi soir sont interrompues pour le restant du mois de juillet et pour le mois d'août.

Nous ne manquerons pas de reprendre ces études passionnantes à la rentrée (Survol de l'Ancien Testament).

Bon été à tous.

10/07/2009

Joyeux anniversaire Jean Calvin

Aujourd'hui, vendredi 10 juillet 2009, Jean Calvin fête son 500ème anniversaire !

Calvin.jpg « J'ai eu beaucoup d'infirmités qu'il a fallu que vous supportiez, et même tout ce que j'ai fait n'a rien valu. Les méchants prendront bien ce mot : mais je dis encore que tout ce que j'ai fait n'a rien valu et que je suis une misérable créature. Mais puis-je dire que mes vices m'ont toujours déplu et que la racine de la crainte de Dieu a été en mon coeur ? Et vous pouvez dire cela ; que l'affection a été bonne et que le mal me soit pardonné, mais s'il y a du bien, que vous vous y conformiez et l'ensuiviez. »

Jean Calvin, le 28 avril 1564, un mois environ avant sa mort.

09/07/2009

"La Promesse faite par Dieu à nos pères" (5 juillet 2009)

 

Actes 26 : 1 – 8

 

Introduction

À quoi pensez-vous lorsque vous entendez ces mots : « l’espérance chrétienne » ? J’ai tapé « l’espérance chrétienne, c’est… » dans Google, et voici quelques exemples de ce que j’ai trouvé : « L'essence même de l'espérance chrétienne, c'est de faire que tout attachement à une chose comme bien à posséder soit reporté sur Dieu seul… », « L'espérance chrétienne, c'est l'appel le plus fort à l'exercice de notre responsabilitéGoogle.jpghumaine, à notre intelligence et à notre liberté », « L'espérance chrétienne, c'est de pouvoir déceler dans notre vie des signes positifs qui ne sont pas toujours évidents », « L'espérance chrétienne c'est la certitude de la présence agissante de Dieu au cœur de l'humanité »… Je crois qu’il règne un certain flou autour de cette idée de l’espérance chrétienne. Je ne vous apprends rien, d’ailleurs, en vous disant que lorsque les médias parlent des chrétiens aujourd’hui, on entend un peu tout et n’importe quoi. La raison de cette confusion ? C’est que nous vivons, en France en tout cas, dans une culture post-chrétienne, une culture qui, globalement et pour faire simple, a pris ses distances avec la Bible. « L’espérance chrétienne » devient donc une expression à la fois folklorique et fourre-tout, souvent même une valeur humaniste tout-à-fait détachée de son origine et de sa définition bibliques. Et vous, donc, à quoi pensez-vous lorsque vous entendez ces mots : « l’espérance chrétienne » ? Le texte que nous avons lu arrive à un moment-clef du récit des Actes. Depuis le chapitre 21, Paul est arrivé à Jérusalem, et il a eu l’occasion de présenter sa cause successivement devant le peuple, devant le Sanhédrin, devant le gouverneur Félix à Césarée, et devant le gouverneur Festus. Maintenant, Paul va présenter sa cause au roi lui-même, Agrippa. Paul s’apprête à lui donner le témoignage de sa conversion spectaculaire sur la route de Damas, mais avant cela, il lui fait ce petit discours introductif dans lequel Paul va mettre le doigt, très précisément, sur ce qui constitue l’objet de son ministère d’apôtre, la raison pour laquelle il est accusé, cette fameuse espérance chrétienne qu’il est chargé d’annoncer et de propager. La ligne de défense de Paul est simple, et elle n’est pas nouvelle : il affirme ici que l’espérance chrétienne ne consiste en rien d’autre qu’en l’espérance millénaire de l’Ancien Testament. Regardons le texte, et voyons en quoi cela peut changer notre propre perspective sur la foi chrétienne.

 

1. Paul va faire une annonce solennelle (v. 1-3)

a)      Une occasion, et des interlocuteurs, uniques

La première chose que fait le texte, c’est de nous préciser le caractère unique de cette confrontation entre Paul et Agrippa. C’est un véritable paroxysme dans le récit des Actes. Il se passe quelque chose de solennel. Tous les dignitaires de la ville sont réunis. Le roi Agrippa est attentif. Paul se réjouit de l’occasion, et reconnaît la compétence unique d’Agrippa, ce roi judéo-romain qui réunit dans sa personne une formidable connaissance de la religion juive et de la culture romaine, et une autorité à la fois civile et religieuse. Quelle occasion !

b)      Le conseil des ministres

Imaginez que vous militiez pour une cause quelconque. Vous faites un blog, vous distribuez des tracts, les médias commencent à s’intéresser àMinistres.jpg vous, vous passez quelques fois au journal télévisé, et voici qu’un jour vous êtes convoqué au conseil des ministres pour présenter vos idées. La crème du pouvoir politique s’intéresse à vous. Quelle occasion pour présenter exactement, mais succinctement, vos revendications !

Ici aussi, Paul va saisir l’occasion pour présenter exactement, mais succinctement, sa cause. Il annonce la couleur (v. 3-4) et lance une invitation : Je te prie donc de m’écouter patiemment. Paul va faire une annonce solennelle. Et très solennellement, il va préciser à quoi se résume son ministère d’Apôtre. Nous puisons beaucoup de notre théologie chrétienne dans les lettres de Paul, et c’est très bien. Mais je crois qu’il faut aussi considérer avec beaucoup d’attention ce que Paul nous dit ici, et dans d’autres textes de ce type, pour comprendre dans quelle perspective Paul plaçait son propre ministère et tout son enseignement. Regardons la suite.

 

2. Paul a toujours été un Juif exemplaire (v. 4-5)

a)      L’insistance de Paul sur ce point

Le premier point de Paul, pour sa défense, c’est de rappeler, avec insistance, qu’il a toujours été un Juif exemplaire. Il a grandi à Jérusalem, « dès [sa] jeunesse et depuis le commencement » ; il a toujours pleinement fait partie du peuple saint ; non seulement cela, mais sa vie était celle d’un Pharisien ; et tout le monde le sait très bien. Paul est en train de dire qu’avant d’être « chrétien », il était un spécialiste du judaïsme.

b)      Être bien placé pour parler de quelque chose

Paul insiste là-dessus pour montrer qu’il est très bien placé pour parler de religion. Comme Obélix, il est tombé dans la marmite quand il étaitLivre.jpgpetit. Imaginez que vous empruntiez la thèse de Nubia en sciences de l’éducation, et que vous lisiez un passage sur le système éducatif au Brésil et que vous ne soyez pas d’accord avec son analyse. Vous vous mettez à attaquer Nubia sur son travail. Qu’est-ce qu’elle va vous répondre ? Sans doute qu’elle connaît très bien son sujet parce qu’elle y a passé des heures et des années. Non seulement cela, mais elle a grandi au Brésil et elle a enseigné au sein du système.

c)       Le salut vient des Juifs

Paul, de la même façon, est en train de montrer qu’il connaît mieux le sujet que ses détracteurs. Ce qui est incroyable, c’est que pour défendre son témoignage chrétien, Paul insiste avant tout sur le fait qu’il a toujours été un Juif exemplaire. Paul ne renie pas son judaïsme, mais le revendique, et cela, dans le cadre de son ministère d’Apôtre chrétien, et non seulement cela, mais en tant qu’Apôtre « des païens » (Ga 2.7-8).

Paul est en train de dire qu’il est un spécialiste du christianisme parce qu’il est un spécialiste du judaïsme. Pour Paul, la foi en Christ ne s’oppose pas au judaïsme, et pour cause, Jésus lui-même était Juif, et tous les apôtres aussi. C’est Jésus qui a dit : « Le salut vient des Juifs » (Jn 4.22). Paul écrira : « L’Évangile est une puissance de Dieu pour le salut de quiconque croit, du Juif premièrement, puis du Grec » (Rm 1.16). Les disciples de Jésus continuaient à se rendre au Temple pour adorer, en compagnie des Juifs. Paul insiste donc sur le fait que sa formation, son zèle et son expérience au sein du judaïsme fondent son ministère d’Apôtre chrétien ! Paul est en train de dire qu’en tant que Juif aguerri, il est bien placé pour témoigner de l’espérance chrétienne. Comment cela se fait-il ? N’y a-t-il pas une profonde dichotomie entre l’espérance juive et l’espérance chrétienne ? La suite du texte va nous montrer tout le contraire.

 

3. Paul témoigne de l’espérance de l’Ancien Testament (v. 6-7)

a)      Paul affirme la continuité de l’histoire du salut

Paul insiste sur le fait qu’il a toujours été un Juif exemplaire, précisément pour donner du poids à ce qu’il dit ensuite. Et ce qu’il dit ensuite, c’est que ce dont on l’accuse, c’est justement de croire en l’espérance des Juifs (v. 6) ! Paul dit que dans le cadre de son ministère, tout ce qu’il a fait, c’est de maintenir la foi des « douze tribus » (v. 7), c’est-à-dire du peuple juif dans toute son histoire depuis les patriarches. Paul est en train d’affirmer la parfaite continuité de l’histoire du salut, la continuité de l’espérance du peuple de Dieu.

b)      La différence entre une nouvelle branche et un nouvel arbre

Ailleurs dans le Nouveau Testament, Paul utilise une image très forte pour illustrer le rapport des chrétiens au peuple juif de l’Ancien Testament. Paul dit que les Chrétiens sont comme des branches qui ont été prises à un arbre et greffées à un autre arbre, et cet arbre, c’est le peuple juif de l’Ancien Testament (Rm 11.16-24). Paul dit que les Chrétiens participent « à la racine et la sève » de cet arbre, et il dit à tous lesOlivier.jpgChrétiens d’origine non-juive : « sache que ce n’est pas toi qui portes la racine, mais que c’est la racine qui te porte » (Rm 11.18). Les Chrétiens ne sont pas un nouvel arbre, planté à côté de l’arbre du judaïsme de l’Ancien Testament. Les Chrétiens sont, depuis Jésus-Christ et les Apôtres, les branches de cet arbre unique.

c)       Le christianisme n’est pas une révolution ou une secte

Parfois on entend parler du christianisme évangélique comme d’un mouvement nouveau, qui serait apparu soit au 20ème siècle avec le pentecôtisme, soit au 19ème siècle avec les mouvements de réveil, soit au 16ème siècle avec la réforme, soit au 12ème siècle avec les Vaudois, soit au 1er siècle avec Jésus et les Apôtres. En réalité, d’après Paul, le christianisme évangélique, c’est-à-dire le mouvement de croyants caractérisé par la foi en Dieu, et dont la foi est fondée sur la révélation de Dieu, remonte à beaucoup plus longtemps que ça ! Pour Paul, professer la foi chrétienne, c’est professer la foi des pères du peuple juif. Pour Paul, l’espérance chrétienne consiste en l’espérance millénaire de l’Ancien Testament.

Ne vous imaginez pas que le christianisme soit une révolution religieuse, ou une secte plus ou moins nouvelle. La foi chrétienne biblique c’est la foi du peuple de Dieu depuis au moins quatre millénaires. Étienne dit la même chose dans Actes 7. Ailleurs, Paul dit que « si vous êtes à Christ, alors vous êtes la descendance d’Abraham » (Ga 3.29). Dans Hébreux 11, l’auteur remonte encore plus haut, jusqu’à Abel, pour décrire ce que c’est que la foi chrétienne. Dans l’Évangile de Luc, c’est Jésus lui-même qui résume, à partir de l’Ancien Testament exclusivement, la substance de la foi et de la mission chrétiennes : « Il est écrit que le Christ souffrirait, qu’il ressusciterait d’entre les morts le troisième jour et que la repentance en vue du pardon des péchés serait prêchée en son nom à toutes les nations à commencer par Jérusalem » (Lc 24.46-47). Alors si c’est vrai, que l’espérance chrétienne consiste en l’espérance millénaire de l’Ancien Testament, pourquoi les Juifs s’opposent-ils à Paul avec tant de véhémence ?

 

4. Paul soulève le véritable problème (v. 8)

a)      Les détracteurs ont sous-estimé la promesse

C’est Paul qui va soulever le véritable problème. Ce problème, c’est que les Juifs ne croient pas à la résurrection de Jésus (v. 8). L’espérance de l’Ancien Testament se portait vers un personnage, celui du Messie. La fameuse promesse faite aux pères devait se réaliser à travers l’œuvre d’un envoyé de Dieu. Le problème des détracteurs de Paul, c’est qu’ils ne reconnaissent pas Jésus comme cet envoyé de Dieu. Pourquoi ? Parce qu’il est venu comme un serviteur, qu’il s’est humilié, qu’il est mort comme un bandit, alors que les Juifs voulaient un chef de guerre, un libérateur politique qui chasserait les romains de la terre sainte et qui redonnerait au peuple juif intégrité, puissance et prospérité.

b)      Se tromper de traitement

Le problème des détracteurs de Paul, c’est qu’ils ont sous-estimé le véritable problème, et donc, la véritable promesse. Je connais quelqu’unMédicament.jpg qui a appris, lors d’un examen quelconque, qu’elle avait un cancer du sein. Elle se portait très bien à part ça. Sur les conseils pressants du médecin, elle a subi une opération, puis plusieurs mois de chimiothérapie et de radiothérapie. Je peux vous dire qu’elle se sentait bien mieux avant son traitement, avec sa tumeur, que pendant son traitement, sans la tumeur ! Elle aurait pu se dire : « Flûte, je laisse tomber le traitement car je me sens mieux sans ». Combien il eût été facile, et dangereux, pour elle de sous-estimer le véritable problème et donc, de passer à côté du véritable traitement.

c)       La croix et la résurrection accomplissent la promesse

Les détracteurs de Paul ont pensé que le véritable problème du peuple juif c’était l’occupation ennemie de la terre sainte, et la dispersion du peuple. Alors qu’en fait, le véritable problème du peuple c’était le péché du peuple (sa rébellion contre Dieu) qui avait entraîné, comme un jugement, cette occupation et cette dispersion. Le Messie est venu régler ce problème. Non pas en libérant le peuple d’un ennemi politique, mais en le libérant du véritable ennemi, le péché lui-même, et pour offrir au peuple le pardon de Dieu. Pour faire cela, le Messie s’est substitué au peuple pour accomplir l’obéissance parfaite que Dieu attendait du peuple ; il s’est substitué au peuple pour prendre sur lui le châtiment que le peuple méritait ; il s’est substitué au peuple pour subir à sa place non pas un exil géographique, mais un exil spirituel, le fait d’être séparé de Dieu par un abîme infranchissable ; il s’est substitué au peuple, enfin, en vainquant à sa place l’ennemi ultime, la mort, et en ressuscitant le premier pour ouvrir la voie à tous ceux qui se confieraient en lui. La croix et la résurrection de Jésus accomplissent parfaitement la promesse faite aux pères ; cette promesse est plus grande, plus définitive, plus glorieuse que ce que les détracteurs de Paul imaginaient.

 

Conclusion

Alors à quoi pensez-vous lorsque vous entendez ces mots : « l’espérance chrétienne » ? L’espérance chrétienne, c’est l’espérance de la réalisation de la promesse faite par Dieu à nos pères, c’est-à-dire à Abraham et aux patriarches : la promesse d’un peuple innombrable, dans un territoire béni, en relation intime et perpétuelle avec Dieu. Cette promesse est réalisée, dans tout son potentiel, à travers la croix de Jésus et sa résurrection. Le règne de Christ a été établi, et tous ceux qui se confient en lui participent à ce règne dès maintenant. Toutefois, comme le dit l’Écriture, nous attendons encore la révélation de sa gloire (Rm 8.18-25), qui viendra lors du retour de Jésus, et de l’inauguration des nouveaux cieux et de la nouvelle terre (Ap 21). On a donc pu voir que la ligne de défense de Paul, contre ses accusateurs, est simple : selon lui, l’espérance chrétienne ne consiste en rien d’autre qu’en l’espérance millénaire de l’Ancien Testament. Le saviez-vous ? Cela peut changer notre perspective sur la foi chrétienne, notamment sur la mission de l’Église dans le monde, sur notre idée du paradis et de la vie éternelle, sur le rapport de nos enfants à l’alliance de grâce, et même sur l’histoire tout entière : création, chute, rédemption. Je finis avec ces paroles que Pierre a adressées à des Chrétiens non-Juifs : "Vous, par contre, vous êtes une race élue, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple racheté, afin d'annoncer les vertus de celui qui vous a appelés des ténèbres à son admirable lumière ; vous qui, autrefois, n'étiez pas un peuple et qui, maintenant, êtes le peuple de Dieu ; vous qui n'aviez pas obtenu miséricorde et qui, maintenant avez obtenu miséricorde" (1 Pierre 2.9-10).

 

01/07/2009

Le Syndrome de Festus (28 juin 2009)

Actes 25 : 13 – 27

 

Introduction

En 1951, un psychologue du nom de Solomon Asch a conduit une expérience stupéfiante. Il a réuni un groupe de jeunes adultes, en leur proposant de participer à un test de vision. Il fait asseoir six des participants à une table. Parmi les six, cinq sont complices avec le psychologue. Celui-ci leur présente des affiches avec un trait de référence d’un côté, et trois traits de longueur différente de l’autre côté. Le psychologue demande ensuite à chaque personne du groupe de désigner le trait qui est de la même longueur que le trait de référence. Facile. Au début, tout se passe bien. Mais ensuite, les complices, de manière unanime, vont parfois désigner exprès le mauvais trait, alors que la bonne réponse est tout-à-fait évidente. L’expérience a montré, en définitive, que 37% des sujets « piégés » suivaient le choix du groupe dans ses mauvaises réponses. Ces sujets, après la fin de l’expérience, ont donné deux raisons pour leur comportement. Face à l’unanimité des cinq autres participants, certains sujets s’étaient persuadés eux-mêmes que leur propre perception était fausse. D’autres savaient qu’ils donnaient une mauvaise réponse, mais ils ne voulaient pas froisser le consensus. On appelle cela le pouvoir du conformisme.

Je vous pose une question : vous arrive-t-il de craindre d’être différent des gens qui vous entourent ? Redoutez-vous leur jugement ? Bien sûr que oui, et rassurez-vous, c’est normal ! C’est pratiquement inscrit dans notre ADN. Malheureusement, c’est aussi pour chacun de nous un sérieux handicap, parce que parfois, le pouvoir du conformisme va nous pousser à douter de ce que nous savons être vrai, et nous pousser à faire de mauvais choix, parfois des choix dévastateurs. Heureusement, ce n’est pas une fatalité. Le texte que nous avons lu va nous parler de ce que j’ai appelé « le Syndrome de Festus », ou la façon dont un être humain peut être prisonnier de la pression de ses pairs. Nous verrons que ce syndrome nous ressemble ; mais le texte non seulement nous parlera du symptôme de ce syndrome, il nous parlera aussi de ce qui le cause et, fort heureusement, il nous dira comment on peut en guérir !

 

1. Le symptôme : Festus soigne son image

a) Festus agrémente son compte-rendu (v. 15, 16, 18, 20, 24, 25)

L’auteur rapporte la manière dont Festus lui-même rapporte à Agrippa ce qui s’est passé quelques jours auparavant. Pourquoi l’auteur raconte-t-il une deuxième fois ce qu’il vient de raconter lui-même quelques versets plus haut ? Parce qu’il veut nous faire jouer au jeu des différences ; il veut nous montrer de quelle façon Festus agrémente son compte-rendu et le modifie quelque peu pour soigner son image par rapport aux événements qui se sont déroulés. Comparez par exemple les versets 3 et 15 (et 24), 4-5 et 16, 7 et 18, 9 et 20 (et 25).

b) Fruits, légumes, et éclairage

Légumes.jpgFestus veut soigner son image devant Agrippa et Bérénice, et le lendemain, devant tous les notables de la ville. Saviez-vous qu’il existait des éclairages spéciaux pour les rayons de fruits et légumes dans les magasins ? Des éclairages qui font ressortir les couleurs, souvent avec des reflets verdoyants. Pourquoi ? C’est pour faire bonne impression, car un légume qui n’a pas une bonne apparence, c’est un légume invendu, un légume qui n’a pas de raison d’être.

c) La tyrannie de l’impression donnée

Vous voyez combien l’image ça compte, quand on est un légume. On voit que Festus aussi se soucie de son image, entouré qu’il est des notables de la ville et du roi lui-même, Agrippa. Ce que ces gens pensent de lui, ça compte pour Festus, au point de modifier et d’agrémenter, volontairement ou peut-être involontairement, le récit des événements qui se sont déroulés quelques jours auparavant. Cela n’a pas échappé à Paul et à l’auteur du livre des Actes, qui nous raconte cette histoire pour nous montrer à quoi ça ressemble, quelqu’un qui vit sous la tyrannie de l’impression qu’il donne à ses pairs.

Est-ce que vous reconnaissez le même symptôme dans votre vie ? À quel point l’opinion de vos collègues, de vos voisins, de vos camarades de classe compte-t-elle lorsque vous choisissez vos vêtements le matin ? À quel point leur opinion compte-t-elle dans le choix de la musique que vous écoutez, ou les films et les séries que vous regardez ? Et si leur opinion compte dans ces domaines, à quel point compte-t-elle aussi dans vos convictions politiques, morales ou religieuses ? Je crains que nous tous, que nous soyons croyants ou non, nous avons cette tendance (celle du légume) à trouver notre satisfaction, notre paix, voire notre raison d’être, dans le regard et dans l’opinion d’autrui. Nous souffrons tous du « Syndrome de Festus ». Pourquoi est-ce ainsi ? Regardons le texte.


2. La cause : Festus est sous pression

a) Festus se justifie devant ses pairs (v. 13, 14, 17, 22, 23, 27)

L’auteur nous explique le contexte de ces événements. Le roi Agrippa rend visite à Festus, avec Bérénice (ce sont le frère et la sœur de Drusille, la femme du gouverneur précédent, Félix). Festus veut faire bonne impression ; il lui parle donc de la façon dont il fait très bien son travail. Agrippa s’intéresse au cas du prisonnier Paul et il veut l’interroger. Festus se retrouve ainsi le lendemain, entouré du roi et de sa sœur/femme qui sont venus « avec beaucoup d’apparat », ainsi que tous « les tribuns et les gens haut-placés de la ville ». L’auteur dresse le décor pour montrer que Festus est en train de subir une énorme pression de la part de ses pairs, de ces gens puissants dont l’opinion compte tellement pour lui.

b) Le mensonge de Mathieu Bastareaud

Festus va donc se justifier (v. 25-27) devant ses pairs, quitte à embellir son rapport. Pourquoi ? Parce qu’il est prisonnier de la pression de son entourage. Vous avez entendu parler de ce qui est arrivé à Mathieu Bastareaud, un joueur de l’équipe de France de rugby, cette semaine ?Bastareaud.jpgBastareaud a expliqué son œil au beurre noir, un beau matin, en prétendant qu’il s’était fait agresser par des gens dans la rue, à Wellington, alors qu’en fait, il serait rentré ivre à son hôtel, il aurait trébuché, et il serait tombé sur sa table de nuit. Cette histoire drôle, et ce mensonge avéré, ont tourné pratiquement à l’incident diplomatique ! Pourquoi Bastareaud n’a-t-il pas raconté la vérité ? Parce qu’il vit sous une pression monumentale, la pression de son métier, de son entourage, de ses collègues, et des supporters.

c) La tension du mensonge, ou l’embarras de la vérité ?

Vous voyez ce que ça veut dire, être prisonnier de la pression de son entourage ? Bastareaud s’est retrouvé devant un dilemme : celui de vivre avec la tension du mensonge, ou de vivre avec l’embarras de la vérité. Celui de porter le masque de tout ce que les gens attendaient de lui, ou de tomber le masque quitte à décevoir les gens. Festus est confronté à ce dilemme. Nous aussi nous sommes confrontés à ce dilemme, en permanence.

Cette pression à laquelle nous sommes soumis, c’est la cause de ce mal que j’ai appelé « le Syndrome de Festus ». Nous subissons la pression de nos pairs. Est-ce que vous n’avez pas peur de décevoir vos meilleurs amis ? Est-ce que vous n’avez pas peur de dire à vos collègues, le lundi matin, ce que vous avez fait le dimanche matin ? Qu’est-ce qu’ils vont penser de vous, si vous leur dites que vous vous intéressez à la Bible ? Que vous priez tous les jours ? Que vous croyez que Jésus est vivant ? Et est-ce qu’il vous est difficile d’avouer vos faiblesses ? De reconnaître vos erreurs ? De demander pardon ? Tout cela est difficile, parce que fondamentalement, nous avons peur de perdre la face. Comme Festus, nous sommes prisonniers de la pression, et des attentes, de notre entourage. Mais il y a un remède !


3. Le remède : Festus doit changer d’allégeance

a) Festus a un dieu (v. 21, 26)

Il y a des indices dans le texte qui nous montrent que le problème de Festus est lié au problème de l’objet de son allégeance. À trois reprises, Festus va employer des termes particuliers pour parler de César (v. 21, 25 et 26). Ces termes sont particuliers parce qu’ils expriment normalement une vénération proprement religieuse ! Ce sont des termes (traduits ici par « empereur » et « souverain ») que l’on emploierait pour parler de Dieu ou à Dieu. On voit bien quel est l’objet de l’allégeance de Festus ; c’est César, et à travers César, toute la hiérarchie, la société et la culture romaines. Festus vit sous la tyrannie de l’impression qu’il donne à ses pairs, il est prisonnier de la pression et des attentes de ses pairs, parce que ses pairs représentent l’objet de son allégeance !

b) Festus doit changer de dieu (v. 19)

L’auteur nous fait remarquer cela pour que nous nous posions la question de ce qui constitue, pour nous, l’objet suprême de notre allégeance. Dans le texte, l’objet de l’allégeance de Festus a un rival, et ce rival est mentionné, par Festus lui-même, au verset 19, avec tout ce quiPrière.jpgconstitue la suprématie de ce rival sur tous les dieux et sur toutes les idoles et sur tous les objets de vénération imaginables : ce rival c’est Jésus. Pourquoi Jésus est-il digne de notre vénération par-dessus tout le reste ? Parce qu’il était mort, et qu’il est revenu à la vie. Le remède pour Festus ? Il doit changer de dieu. Il doit laisser tomber ces dieux impressionnants, certes, intimidants, certes, mais faillibles et éphémères. Il doit laisser tomber ces idoles qui ne font rien pour lui sinon le tyranniser, et il doit recevoir dans sa vie le règne du Dieu bienveillant, le règne de Jésus-Christ qui, loin de le tyranniser, a bien plutôt pris sur lui, à la croix, le poids de tous ses manquements pour lui offrir un pardon libérateur, le soulagement de toutes ses erreurs, de toutes ses faiblesses, et de tous ses péchés.

c) L’entretien d’embauche

Un jour je me suis présenté à un entretien d’embauche pour un poste dans une entreprise qui travaille à l’aéroport. C’était une des premières fois que je postulais pour un emploi sur une longue durée. J’avais vraiment besoin d’argent. J’étais assez jeune. Je n’étais pas encore marié, mais je commençais à être de plus en plus indépendant. J’allais avoir un tête-à-tête avec un cadre haut-placé ! Pourtant je me suis présenté calme, tranquille, pas inquiet du tout. Pourquoi, à votre avis ? Parce que le directeur du service pour lequel je me présentais était un ami de la famille, et qu’il m’avait déjà dit que ce serait bon ! La personne en face à beau être imposante, si on est ami avec son patron, ça change tout ! Si on est ami avec le patron, et que le patron a déjà dit que ce serait bon, on est libre d’être soi-même, on n’a plus peur de faire des gaffes, on ne craint pas de se montrer authentique !

d) Le courage et la liberté d’être authentique

Vous savez quoi ? Lorsque l’on se confie en Jésus-Christ, on devient l’ami du patron. L’ami du Patron des patrons ! Ce patron nous connaît mieux que quiconque. C’est terrible ! On ne peut rien lui cacher ; il connaît tous nos défauts et tous les recoins secrets et puants de notre être. Mais c’est un patron compatissant, un patron qui nous aime, et comment ! Jésus nous aime tant qu’il a pris sur lui le poids de nos péchés, pour pouvoir nous pardonner, nous libérer du fardeau de nos défauts et nous dire : « Alex, c’est bon maintenant. Il n’y a plus de problème. Tu peux être toi-même. J’ai pris sur moi tous tes défauts, tous tes péchés. Tu n’as plus besoin de soigner ton image, parce qu’aux yeux de Dieu, tu as une image parfaite, la mienne que je t’ai donnée, et personne ne pourra jamais rien y changer ». Si vous vous confiez en Jésus, vous devenez l’ami du patron suprême, et ce patron est content de vous. Si vous vous confiez en Jésus, Dieu vous déclare juste, et il n’y a plus aucune raison de vivre sous la tyrannie de l’impression que vous donnez à vos pairs, car le Patron des patrons, celui à qui tout le monde devra rendre des comptes, a déjà dit que ce serait bon (cf. Rm 8).


Conclusion

Vous comprenez l’importance de ce que je suis en train de dire ? Nous parlions en introduction de ce fameux pouvoir du conformisme. Cette tendance que nous avons tous à craindre d’être différents de notre entourage. À redouter leur jugement. Ce texte nous a montré en la personne de Festus ce que c’était que ce syndrome, qui se manifeste par un désir de soigner son image devant les autres et la crainte de décevoir, qui s’explique par la pression que nous subissons de la part de nos pairs et des gens dont l’opinion compte pour nous, mais qui se guérit par un changement d’allégeance : plutôt que de vénérer un cercle d’amis, un certain confort, un mode de pensée, un style particulier ou autre chose de tyrannique, nous devons reconnaître en Jésus l’objet suprême de toute vénération, car il est mort à notre place à la croix, mais le troisième jour il est ressuscité, il est monté au ciel, et Dieu a tout mis sous ses pieds. Michaël Jackson, un autre objet de vénération inter-planétaire, lui aussi est mort, mais aujourd’hui, le troisième jour, il est toujours mort. Lui qui voulait tant vaincre la mort, il a été vaincu par elle, et de quelle triste manière. Mais Jésus a vaincu l’ennemi suprême. Il est le Patron des patrons. Il est le Juge des juges. Tout le monde devra lui rendre des comptes. Mais si vous vous confiez en lui, si vous jetez vos armes à ses pieds, il vous accueille auprès de lui, il vous pardonne, il vous couvre de la justice qu’il a acquise pour vous au prix de sa propre vie, et vous devenez libres vis-à-vis de tout ce qui vous tyrannisait jusqu’à présent ! Parce qu’il est au-dessus de toutes choses, que rien n’est au-dessus de lui, et qu’il vous aime d’un amour indéfectible. C’est à cela qu’il faut songer lorsque nous avons peur de perdre la face, et que nous nous sentons prisonniers de la pression, et des attentes, de notre entourage. Regardez le texte de nouveau… qui est prisonnier, dans cette histoire ? Paul ou Festus ? Festus vit sous la tyrannie de ce que son entourage pense de lui. Mais Paul vit dans la conscience d’être l’ami intime du Christ exalté, le Roi des rois, le Seigneur des seigneurs, dont il sent la main droite posée sur son épaule et dont il entend la voix qui lui dit, pour reprendre les paroles de l’introduction à l’Apocalypse : « Sois sans crainte ! Moi je suis le premier et le dernier, le vivant. J’étais mort, et me voici vivant aux siècles des siècles » (Ap 1.17, 18).

 

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