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20/04/2006

Amour et dépendance (23 octobre 2005)

Luc 7 : 36 – 50


Introduction

On a souvent eu l’occasion de parler de l’importance de vivre dans la dépendance de Dieu. On entend souvent parler de cette dépendance, mais on ne sait pas forcément ce que ça veut dire concrètement. Si je veux revenir sur cette question, c’est parce que c’est une question cruciale qui concerne non seulement le développement de notre propre vie spirituelle, mais aussi la viabilité de l’Église. Peu avant de quitter ses disciples, Jésus leur a dit : Moi, je suis le cep ; vous, les sarments. Celui qui demeure en moi, comme moi en lui, porte beaucoup de fruit, car sans moi, vous ne pouvez rien faire (Jn 15 : 5). Il ne s’agit pas d’un coup de pouce à notre vie spirituelle, ou une façon de favoriser la croissance de l’église ; il s’agit plutôt de la condition sine qua non de la production du moindre fruit, dans notre vie personnelle ou dans l’Église. Sans moi, vous ne pouvez rien faire ! Si j’ai choisi ce texte de Luc, c’est parce que c’est une superbe illustration, ou plutôt, un exemple réel, d’une attitude vis-à-vis du Seigneur, qui fait terriblement défaut dans notre vie personnelle et dans celle de notre église. Les maîtres mots de ce passage sont amour et dépendance, et nous allons voir ce matin de quoi il s’agit précisément ; d’où cette attitude peut-elle venir ; et ce qu’elle entraînera concrètement dans notre vie et dans la vie de notre église.


1. Quelle est cette attitude ?

a) Une attitude bizarre
Quelle est cette attitude ? La première chose qu’on peut dire, c’est que c’est une attitude bizarre. Le Pharisien se dit sans doute « Qu’est-ce qu’elle a encore fumé, celle-là ? ». Elle pleure, elle essuie les pieds de Jésus avec ses cheveux, elle embrasse ses pieds, et elle verse un vase plein de parfum sur eux. Elle n’est pas dans un état « normal ».

b) Une attitude d’affliction / tristesse
Elle ne peut pas se contrôler. Elle est submergée par les émotions qui l’habitent. Et c’est une tristesse, une affliction extrême. Elle pleure, tellement que ses larmes mouillent les pieds de Jésus et qu’ils ont besoin d’être essuyés. Elle est affligée car elle connaît son péché, et elle déteste son péché.

c) Une attitude de repentance
Elle est tellement submergée par l’horreur de son péché, qu’elle ne se tient plus debout, mais elle est aux pieds de Jésus, désespérée. Elle n’ose même pas le regarder, mais elle garde ses joues contre ses pieds, ses cheveux traînent par terre, et elle sanglote. Cette attitude a un nom : c’est la repentance. La repentance, c’est connaître son péché, détester son péché, et reconnaître qu’on ne peut rien faire pour se racheter de son péché.

L’attitude extravagante, très malpolie de cette femme, c’est une attitude de repentance. Remarquez que la repentance, ce n’est pas une action que l’on fait, mais c’est une position que l’on prend. C’est la position de la dépendance absolue. Cette femme est aux pieds de Jésus comme un toxicomane gravement en manque serait aux pieds de son dealer. Cette position de dépendance est la seule position dans laquelle l’amour pour Dieu peut s’exprimer véritablement. Il est inutile de chercher des moyens pour adorer Dieu, pour le servir, pour grandir dans notre foi, pour bâtir cette église, si nous ne le faisons pas dans cette position de repentance, ou de dépendance absolue. Ayant dit cela, il faut maintenant se demander d’où une attitude semblable peut venir.


2. D’où vient cette attitude ?

a) Comprendre l’étendue du péché
Il est impossible de connaître une telle repentance si nous ne comprenons pas ce que c’est que le péché, et quelle est l’horreur du péché. Le péché, c’est tout ce qui n’est pas conforme au caractère de Dieu, autrement dit, tout ce qu’on fait, dit, pense qui est contraire à sa volonté, et tout ce qu'on ne fait pas, ne dit pas et ne pense pas qu'on devrait faire, dire, et penser ! Ca fait beaucoup de choses ; en fait, à la lumière de la volonté révélée de Dieu, ça fait énormément de choses !

b) Comprendre l’horreur du péché
Maintenant, pensez à la personne qui vous a le plus fait du mal dans votre vie (cambriolage, agression, infidélité, paroles blessantes...). Comment vous sentez-vous par rapport à cette personne ? Aimeriez-vous l’inviter à manger chez vous, ou plutôt, lui mettre votre poing dans la figure ? Voire un couteau dans le ventre ? Maintenant, considérez ceci : l’offense dont vous êtes coupable envers Dieu est bien pire que celle dont cette personne est coupable envers vous. La blessure que vous avez causée à Dieu par votre péché, est bien plus profonde que celle que cette personne vous a causée. En fait, vous êtes plus coupable aux yeux de Dieu que ne pourrait jamais l’être à vos propres yeux le pire des meurtriers, des violeurs, des terroristes ou des pédophiles.

c) La repentance, c’est la compréhension de l’Évangile
C’est pourquoi j’en viens à cette affirmation : la repentance, c’est une position qui s’impose à nous lorsque nous comprenons vraiment l’Évangile. Parce que l’Évangile, c’est une personne infiniment blessée, qui accepte de prendre sur elle. C’est Dieu, qui nous aime tellement, malgré notre infinie culpabilité, qu’il a préféré sacrifier son Fils plutôt que de nous laisser subir un châtiment juste. C’est un père qui invite à dîner le meurtrier de son enfant.

Jésus dit que l’attitude de la femme vient du fait qu’elle a été pardonnée de beaucoup de péchés. Mais cela ne veut pas dire que le Pharisien est moins coupable aux yeux de Dieu que la femme. Cela veut dire plutôt que la femme avait beaucoup plus conscience de sa culpabilité devant Dieu que le Pharisien. Ayant conscience de l’étendue de son péché, et de l’horreur de son péché aux yeux de Dieu, la femme ne peut pas s’empêcher de s’aplatir aux pieds de Jésus, dans une position de dépendance absolue, consciente qu’il n’y a que lui qui peut l’aider. On l’a dit ; cette position est la seule position dans laquelle l’amour de Dieu peut vraiment s’exprimer et se vivre. Concrètement, comment cela va-t-il se traduire ?


3. Qu’entraîne cette attitude ?

a) L’humilité
Une des plus importantes applications concrètes de la repentance, c’est l’humilité. L’humilité vient du fait de croire véritablement qu’on ne mérite pas d’être bien traité par notre prochain. Nous n’avons aucun droit à revendiquer d’être bien traité par notre prochain. Ce que nous méritons, au fond, c’est la condamnation éternelle. Qui sommes-nous pour oser nous offusquer d’une parole maladroite, d’une critique, d’un regard de travers ?? En fait, si on vit dans cette position de repentance, on est amené, dans nos relations avec d’autres, à se considérer comme étant le pire des pécheurs. Dans l’humilité, estimez les autres supérieurs à vous-mêmes (Ph 2 : 3). Quand on est par terre, à serrer la joue contre les pieds de Jésus, et qu’on regarde autour de soi, les gens sont tous plus grands. Remarquez que la femme, dans l’histoire, n’ouvre pas la bouche. Elle est indifférente au jugement des autres. Elle s’écrase.

b) La disponibilité
Une autre application concrète de la repentance, c’est la disponibilité pour Dieu. Un toxicomane ne regarde pas à la dépense ; il est prêt à tout donner pour se procurer son petit rail de coke. De même, quand on comprend vraiment l’Évangile, son besoin désespéré de Jésus-Christ, on est prêt à tout céder entre ses mains. La femme lui verse un vase de parfum sur les pieds. La disponibilité pour Dieu, c’est le désir de faire tout ce qu’on peut, sans regarder à la dépense, pour l’honorer : à travers notre obéissance, à travers notre adoration, à travers notre engagement à son service, à travers le temps passé dans la prière, à travers l’argent que l’on contribue pour le travail de l’Église, à travers le mal que l’on se donne pour persévérer dans notre engagement malgré les inconvénients pratiques parfois... Et c’est ainsi, précisément, que notre amour pour Dieu se manifeste, dans cette position de dépendance.

c) L’action de Dieu
Cette position de dépendance absolue entraîne une attitude d’humilité et de disponibilité manifeste chez le chrétien, mais elle a aussi pour conséquence l’action de Dieu dans notre vie et dans celle de l’Église. La conséquence de l’humilité, de la crainte de l’Éternel, c’est la richesse, la gloire et la vie (Pr 22 : 4). Il n’y a pas un réveil dans l’histoire de l’Église qui ne se soit pas produit dans la prière et la repentance.


Conclusion

Alors il faut terminer avec cette question : quelle va être, à partir d’aujourd’hui, notre relation à Jésus ? Sera-t-elle la même que pour le Pharisien ? Jésus va-t-il être pour nous un luxe, un gadget, une philosophie sympathique qui peut aider dans les mauvais jours, un gars gentil qu’on inviterait bien à dîner un soir pour discuter ? Ou bien notre relation à Jésus va-t-elle plutôt être la même que pour la femme pécheresse ? Allons-nous nous effondrer à ses pieds, submergés par la conscience de notre culpabilité devant Dieu et de notre besoin désespéré d’un pardon que lui seul peut nous donner, dans sa grâce ? Allons-nous vivre chaque jour dans cette position de dépendance absolue, allons-nous déposer aux pieds de Jésus ce que nous avons de plus cher, allons-nous chercher à lui exprimer notre amour par tous les moyens à notre disposition, allons-nous enfin arrêter de regarder à ce que cela nous coûte ? Il n’y a pas de secret ; Dieu résiste aux orgueilleux, mais il donne sa grâce aux humbles (Jc 4 : 6). Nous voulons voir des transformations dans notre vie ; nous voulons voir des œuvres magnifiques dans cette Église ; il n’y en aura pas, si nous ne vivons pas dans cette position de repentance. Si nous avons du mal à connaître cette repentance, alors prions Dieu pour qu’il ouvre nos yeux un peu plus à l’Évangile, à combien le péché nous rend détestables à ses yeux et pourtant, à combien il nous aime malgré tout et à comment il a bien voulu prendre sur lui cette offense infinie dont nous sommes coupables, et à comment il a préféré sacrifier son Fils bien-aimé plutôt que de nous laisser subir un châtiment parfaitement mérité. Alors, amour et dépendance pourront commencer à devenir les maîtres mots de notre relation à Dieu, en Jésus-Christ notre Sauveur.

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