01.07.2009
Le Syndrome de Festus (28 juin 2009)
Actes 25 : 13 – 27
Introduction
En 1951, un psychologue du nom de Solomon Asch a conduit une expérience stupéfiante. Il a réuni un groupe de jeunes adultes, en leur proposant de participer à un test de vision. Il fait asseoir six des participants à une table. Parmi les six, cinq sont complices avec le psychologue. Celui-ci leur présente des affiches avec un trait de référence d’un côté, et trois traits de longueur différente de l’autre côté. Le psychologue demande ensuite à chaque personne du groupe de désigner le trait qui est de la même longueur que le trait de référence. Facile. Au début, tout se passe bien. Mais ensuite, les complices, de manière unanime, vont parfois désigner exprès le mauvais trait, alors que la bonne réponse est tout-à-fait évidente. L’expérience a montré, en définitive, que 37% des sujets « piégés » suivaient le choix du groupe dans ses mauvaises réponses. Ces sujets, après la fin de l’expérience, ont donné deux raisons pour leur comportement. Face à l’unanimité des cinq autres participants, certains sujets s’étaient persuadés eux-mêmes que leur propre perception était fausse. D’autres savaient qu’ils donnaient une mauvaise réponse, mais ils ne voulaient pas froisser le consensus. On appelle cela le pouvoir du conformisme.
Je vous pose une question : vous arrive-t-il de craindre d’être différent des gens qui vous entourent ? Redoutez-vous leur jugement ? Bien sûr que oui, et rassurez-vous, c’est normal ! C’est pratiquement inscrit dans notre ADN. Malheureusement, c’est aussi pour chacun de nous un sérieux handicap, parce que parfois, le pouvoir du conformisme va nous pousser à douter de ce que nous savons être vrai, et nous pousser à faire de mauvais choix, parfois des choix dévastateurs. Heureusement, ce n’est pas une fatalité. Le texte que nous avons lu va nous parler de ce que j’ai appelé « le Syndrome de Festus », ou la façon dont un être humain peut être prisonnier de la pression de ses pairs. Nous verrons que ce syndrome nous ressemble ; mais le texte non seulement nous parlera du symptôme de ce syndrome, il nous parlera aussi de ce qui le cause et, fort heureusement, il nous dira comment on peut en guérir !
1. Le symptôme : Festus soigne son image
a) Festus agrémente son compte-rendu (v. 15, 16, 18, 20, 24, 25)
L’auteur rapporte la manière dont Festus lui-même rapporte à Agrippa ce qui s’est passé quelques jours auparavant. Pourquoi l’auteur raconte-t-il une deuxième fois ce qu’il vient de raconter lui-même quelques versets plus haut ? Parce qu’il veut nous faire jouer au jeu des différences ; il veut nous montrer de quelle façon Festus agrémente son compte-rendu et le modifie quelque peu pour soigner son image par rapport aux événements qui se sont déroulés. Comparez par exemple les versets 3 et 15 (et 24), 4-5 et 16, 7 et 18, 9 et 20 (et 25).
b) Fruits, légumes, et éclairage
Festus veut soigner son image devant Agrippa et Bérénice, et le lendemain, devant tous les notables de la ville. Saviez-vous qu’il existait des éclairages spéciaux pour les rayons de fruits et légumes dans les magasins ? Des éclairages qui font ressortir les couleurs, souvent avec des reflets verdoyants. Pourquoi ? C’est pour faire bonne impression, car un légume qui n’a pas une bonne apparence, c’est un légume invendu, un légume qui n’a pas de raison d’être.
c) La tyrannie de l’impression donnée
Vous voyez combien l’image ça compte, quand on est un légume. On voit que Festus aussi se soucie de son image, entouré qu’il est des notables de la ville et du roi lui-même, Agrippa. Ce que ces gens pensent de lui, ça compte pour Festus, au point de modifier et d’agrémenter, volontairement ou peut-être involontairement, le récit des événements qui se sont déroulés quelques jours auparavant. Cela n’a pas échappé à Paul et à l’auteur du livre des Actes, qui nous raconte cette histoire pour nous montrer à quoi ça ressemble, quelqu’un qui vit sous la tyrannie de l’impression qu’il donne à ses pairs.
Est-ce que vous reconnaissez le même symptôme dans votre vie ? À quel point l’opinion de vos collègues, de vos voisins, de vos camarades de classe compte-t-elle lorsque vous choisissez vos vêtements le matin ? À quel point leur opinion compte-t-elle dans le choix de la musique que vous écoutez, ou les films et les séries que vous regardez ? Et si leur opinion compte dans ces domaines, à quel point compte-t-elle aussi dans vos convictions politiques, morales ou religieuses ? Je crains que nous tous, que nous soyons croyants ou non, nous avons cette tendance (celle du légume) à trouver notre satisfaction, notre paix, voire notre raison d’être, dans le regard et dans l’opinion d’autrui. Nous souffrons tous du « Syndrome de Festus ». Pourquoi est-ce ainsi ? Regardons le texte.
2. La cause : Festus est sous pression
a) Festus se justifie devant ses pairs (v. 13, 14, 17, 22, 23, 27)
L’auteur nous explique le contexte de ces événements. Le roi Agrippa rend visite à Festus, avec Bérénice (ce sont le frère et la sœur de Drusille, la femme du gouverneur précédent, Félix). Festus veut faire bonne impression ; il lui parle donc de la façon dont il fait très bien son travail. Agrippa s’intéresse au cas du prisonnier Paul et il veut l’interroger. Festus se retrouve ainsi le lendemain, entouré du roi et de sa sœur/femme qui sont venus « avec beaucoup d’apparat », ainsi que tous « les tribuns et les gens haut-placés de la ville ». L’auteur dresse le décor pour montrer que Festus est en train de subir une énorme pression de la part de ses pairs, de ces gens puissants dont l’opinion compte tellement pour lui.
b) Le mensonge de Mathieu Bastareaud
Festus va donc se justifier (v. 25-27) devant ses pairs, quitte à embellir son rapport. Pourquoi ? Parce qu’il est prisonnier de la pression de son entourage. Vous avez entendu parler de ce qui est arrivé à Mathieu Bastareaud, un joueur de l’équipe de France de rugby, cette semaine ?
Bastareaud a expliqué son œil au beurre noir, un beau matin, en prétendant qu’il s’était fait agresser par des gens dans la rue, à Wellington, alors qu’en fait, il serait rentré ivre à son hôtel, il aurait trébuché, et il serait tombé sur sa table de nuit. Cette histoire drôle, et ce mensonge avéré, ont tourné pratiquement à l’incident diplomatique ! Pourquoi Bastareaud n’a-t-il pas raconté la vérité ? Parce qu’il vit sous une pression monumentale, la pression de son métier, de son entourage, de ses collègues, et des supporters.
c) La tension du mensonge, ou l’embarras de la vérité ?
Vous voyez ce que ça veut dire, être prisonnier de la pression de son entourage ? Bastareaud s’est retrouvé devant un dilemme : celui de vivre avec la tension du mensonge, ou de vivre avec l’embarras de la vérité. Celui de porter le masque de tout ce que les gens attendaient de lui, ou de tomber le masque quitte à décevoir les gens. Festus est confronté à ce dilemme. Nous aussi nous sommes confrontés à ce dilemme, en permanence.
Cette pression à laquelle nous sommes soumis, c’est la cause de ce mal que j’ai appelé « le Syndrome de Festus ». Nous subissons la pression de nos pairs. Est-ce que vous n’avez pas peur de décevoir vos meilleurs amis ? Est-ce que vous n’avez pas peur de dire à vos collègues, le lundi matin, ce que vous avez fait le dimanche matin ? Qu’est-ce qu’ils vont penser de vous, si vous leur dites que vous vous intéressez à la Bible ? Que vous priez tous les jours ? Que vous croyez que Jésus est vivant ? Et est-ce qu’il vous est difficile d’avouer vos faiblesses ? De reconnaître vos erreurs ? De demander pardon ? Tout cela est difficile, parce que fondamentalement, nous avons peur de perdre la face. Comme Festus, nous sommes prisonniers de la pression, et des attentes, de notre entourage. Mais il y a un remède !
3. Le remède : Festus doit changer d’allégeance
a) Festus a un dieu (v. 21, 26)
Il y a des indices dans le texte qui nous montrent que le problème de Festus est lié au problème de l’objet de son allégeance. À trois reprises, Festus va employer des termes particuliers pour parler de César (v. 21, 25 et 26). Ces termes sont particuliers parce qu’ils expriment normalement une vénération proprement religieuse ! Ce sont des termes (traduits ici par « empereur » et « souverain ») que l’on emploierait pour parler de Dieu ou à Dieu. On voit bien quel est l’objet de l’allégeance de Festus ; c’est César, et à travers César, toute la hiérarchie, la société et la culture romaines. Festus vit sous la tyrannie de l’impression qu’il donne à ses pairs, il est prisonnier de la pression et des attentes de ses pairs, parce que ses pairs représentent l’objet de son allégeance !
b) Festus doit changer de dieu (v. 19)
L’auteur nous fait remarquer cela pour que nous nous posions la question de ce qui constitue, pour nous, l’objet suprême de notre allégeance. Dans le texte, l’objet de l’allégeance de Festus a un rival, et ce rival est mentionné, par Festus lui-même, au verset 19, avec tout ce qui
constitue la suprématie de ce rival sur tous les dieux et sur toutes les idoles et sur tous les objets de vénération imaginables : ce rival c’est Jésus. Pourquoi Jésus est-il digne de notre vénération par-dessus tout le reste ? Parce qu’il était mort, et qu’il est revenu à la vie. Le remède pour Festus ? Il doit changer de dieu. Il doit laisser tomber ces dieux impressionnants, certes, intimidants, certes, mais faillibles et éphémères. Il doit laisser tomber ces idoles qui ne font rien pour lui sinon le tyranniser, et il doit recevoir dans sa vie le règne du Dieu bienveillant, le règne de Jésus-Christ qui, loin de le tyranniser, a bien plutôt pris sur lui, à la croix, le poids de tous ses manquements pour lui offrir un pardon libérateur, le soulagement de toutes ses erreurs, de toutes ses faiblesses, et de tous ses péchés.
c) L’entretien d’embauche
Un jour je me suis présenté à un entretien d’embauche pour un poste dans une entreprise qui travaille à l’aéroport. C’était une des premières fois que je postulais pour un emploi sur une longue durée. J’avais vraiment besoin d’argent. J’étais assez jeune. Je n’étais pas encore marié, mais je commençais à être de plus en plus indépendant. J’allais avoir un tête-à-tête avec un cadre haut-placé ! Pourtant je me suis présenté calme, tranquille, pas inquiet du tout. Pourquoi, à votre avis ? Parce que le directeur du service pour lequel je me présentais était un ami de la famille, et qu’il m’avait déjà dit que ce serait bon ! La personne en face à beau être imposante, si on est ami avec son patron, ça change tout ! Si on est ami avec le patron, et que le patron a déjà dit que ce serait bon, on est libre d’être soi-même, on n’a plus peur de faire des gaffes, on ne craint pas de se montrer authentique !
d) Le courage et la liberté d’être authentique
Vous savez quoi ? Lorsque l’on se confie en Jésus-Christ, on devient l’ami du patron. L’ami du Patron des patrons ! Ce patron nous connaît mieux que quiconque. C’est terrible ! On ne peut rien lui cacher ; il connaît tous nos défauts et tous les recoins secrets et puants de notre être. Mais c’est un patron compatissant, un patron qui nous aime, et comment ! Jésus nous aime tant qu’il a pris sur lui le poids de nos péchés, pour pouvoir nous pardonner, nous libérer du fardeau de nos défauts et nous dire : « Alex, c’est bon maintenant. Il n’y a plus de problème. Tu peux être toi-même. J’ai pris sur moi tous tes défauts, tous tes péchés. Tu n’as plus besoin de soigner ton image, parce qu’aux yeux de Dieu, tu as une image parfaite, la mienne que je t’ai donnée, et personne ne pourra jamais rien y changer ». Si vous vous confiez en Jésus, vous devenez l’ami du patron suprême, et ce patron est content de vous. Si vous vous confiez en Jésus, Dieu vous déclare juste, et il n’y a plus aucune raison de vivre sous la tyrannie de l’impression que vous donnez à vos pairs, car le Patron des patrons, celui à qui tout le monde devra rendre des comptes, a déjà dit que ce serait bon (cf. Rm 8).
Conclusion
Vous comprenez l’importance de ce que je suis en train de dire ? Nous parlions en introduction de ce fameux pouvoir du conformisme. Cette tendance que nous avons tous à craindre d’être différents de notre entourage. À redouter leur jugement. Ce texte nous a montré en la personne de Festus ce que c’était que ce syndrome, qui se manifeste par un désir de soigner son image devant les autres et la crainte de décevoir, qui s’explique par la pression que nous subissons de la part de nos pairs et des gens dont l’opinion compte pour nous, mais qui se guérit par un changement d’allégeance : plutôt que de vénérer un cercle d’amis, un certain confort, un mode de pensée, un style particulier ou autre chose de tyrannique, nous devons reconnaître en Jésus l’objet suprême de toute vénération, car il est mort à notre place à la croix, mais le troisième jour il est ressuscité, il est monté au ciel, et Dieu a tout mis sous ses pieds. Michaël Jackson, un autre objet de vénération inter-planétaire, lui aussi est mort, mais aujourd’hui, le troisième jour, il est toujours mort. Lui qui voulait tant vaincre la mort, il a été vaincu par elle, et de quelle triste manière. Mais Jésus a vaincu l’ennemi suprême. Il est le Patron des patrons. Il est le Juge des juges. Tout le monde devra lui rendre des comptes. Mais si vous vous confiez en lui, si vous jetez vos armes à ses pieds, il vous accueille auprès de lui, il vous pardonne, il vous couvre de la justice qu’il a acquise pour vous au prix de sa propre vie, et vous devenez libres vis-à-vis de tout ce qui vous tyrannisait jusqu’à présent ! Parce qu’il est au-dessus de toutes choses, que rien n’est au-dessus de lui, et qu’il vous aime d’un amour indéfectible. C’est à cela qu’il faut songer lorsque nous avons peur de perdre la face, et que nous nous sentons prisonniers de la pression, et des attentes, de notre entourage. Regardez le texte de nouveau… qui est prisonnier, dans cette histoire ? Paul ou Festus ? Festus vit sous la tyrannie de ce que son entourage pense de lui. Mais Paul vit dans la conscience d’être l’ami intime du Christ exalté, le Roi des rois, le Seigneur des seigneurs, dont il sent la main droite posée sur son épaule et dont il entend la voix qui lui dit, pour reprendre les paroles de l’introduction à l’Apocalypse : « Sois sans crainte ! Moi je suis le premier et le dernier, le vivant. J’étais mort, et me voici vivant aux siècles des siècles » (Ap 1.17, 18).
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17.06.2009
Des enjeux de la plus haute importance ! (14 juin 2009)
Actes 25 : 1 – 12
Introduction
Est-ce que vous avez conscience de l’importance des enjeux du témoignage chrétien ? Voici l’histoire de deux personnes qui entreprennent un jour de gravir une montagne. Le nom de cette montagne : le Mont Blanc. La première personne a toujours vécu dans les Monts du Lyonnais et n’a jamais entendu parler du Mont Blanc ; pour elle, une montagne, c’est une colline verdoyante qui culmine à 950 m d’altitude, et dont on peut s’approcher jusqu’à cinquante mètres du sommet en voiture. Alors imaginez, lorsque cette personne commence à mettre le pied sur le sentier rocailleux du Mont Blanc, et à voir scintiller au loin le vaste glacier avec ses crevasses sombres et menaçantes, et à mesurer la distance vertigineuse qui la sépare du sommet, elle a vite fait de faire demi-tour et de retourner dans ses Monts du Lyonnais beaucoup plus accueillants et confortables. Mais l’autre personne, quant à elle, a beaucoup entendu parler du Mont Blanc ; elle sait que le Mont Blanc, c’est le point culminant de l’Europe ; elle sait que l’expédition pour accéder au sommet est difficile, mais que ça vaut le coup, et que sa vie même pourrait en être changée. Alors, quand elle commence à mettre le pied sur le même sentier rocailleux, et à voir scintiller au loin le même vaste glacier avec ses mêmes crevasses sombres et menaçantes, et à mesurer la même distance vertigineuse qui la sépare du sommet, elle va continuer. Elle va continuer, parce qu’elle a conscience de l’enjeu. Ma question ce matin est la suivante : est-ce que vous avez conscience des enjeux de la vocation chrétienne ? Le message chrétien, l’invitation de l’Évangile, se présente devant vous comme cette montagne majestueuse ; mais est-ce que vous avez conscience de l’importance des enjeux de cette expédition ? J’ose espérer que si vous êtes présents ce matin, cela veut dire que vous n’êtes pas complètement indifférent au message de l’Évangile. Peut-être même que vous avez commencé à mettre le pied sur le sentier rocailleux. Vous levez la tête, et vous voyez le glacier, les crevasses, la distance qui vous sépare du sommet… et qu’est-ce que vous ressentez ? Comment réagissez-vous lorsque vous vous rendez compte que vous allez au-devant de réels défis, de réels dangers, et de réelles difficultés, des choses qui n’ont rien à voir avec vos montagnes des Monts du Lyonnais ? Découragement ? Paralysie ? Capitulation ? À travers le texte que nous avons lu ce matin, l’auteur veut nous faire retenir une idée toute simple, mais qui a de nombreuses conséquences, et qui a le potentiel de transformer, que-dis-je, de bouleverser notre rapport à la vocation que Dieu nous adresse dans l’Évangile ; cette idée est la suivante : les enjeux du message chrétien sont de la plus haute importance. Voyons comment le texte nous en parle.
1. Les enjeux expliquent l’opposition acharnée
a) L’acharnement des détracteurs de Paul (v. 1, 2, 3, 7)
La première chose que fait l’auteur, c’est d’insister sur l’acharnement dont les détracteurs de Paul font preuve. Paul est emprisonné depuis deux ans. Dès qu’il y a un changement de gouverneur, les Juifs saisissent la première occasion pour porter de nouveau plainte contre Paul et ils préparent un guet-apens pour le faire mourir. Ce n’était pas suffisant de le laisser en prison ! Dès que Paul comparaît à Césarée, les Juifs le pressent et portent contre de lui de nombreuses accusations, graves et fausses. Une opposition violente, irrationnelle, acharnée.
b) Les quinze cars de CRS, ou le concert de Mylène Farmer
L’auteur raconte tout ça pour nous montrer que s’il y a un tel acharnement, à la limite de l’irrationnel, c’est qu’il doit bien y avoir quelque chose qui dérange, et qui dérange beaucoup. Il n’y a pas de fumée sans feu. L’auteur est en train de nous dire, « qu’est-ce que ça doit être, les enjeux du message chrétien, pour qu’il y ait une telle opposition » ! Vendredi soir, je suis passé en voiture devant la Halle Tony Garnier, et il y avait plein de gens excités sur le trottoir qui faisaient la queue, et au moins une douzaine de camionnettes à kebab qui s’installaient dans la rue, et je me suis dit, « qu’est-ce qui doit y avoir, comme concert à la Halle ce soir, pour qu’il y ait toutes ces camionnettes à kebab » ! C’était Mylène Farmer. De la même façon, on se ballade en ville parfois, et l’on voit une demi-douzaine de camionnettes de CRS garés sur le bord de la route, et on se dit, « mince, il doit se passer quelque chose d’important pour qu’il y ait tout ce déploiement de CRS » ! Il n’y a pas de fumée sans feu.
c) S’attendre à l’opposition
Dans ce texte, l’auteur est en train de pointer du doigt la fumée, le déploiement de CRS, les camionnettes de kébab, pour nous faire dire, « mais qu’est-ce que ça doit être, les enjeux du message chrétien, pour qu’il y ait un tel remue-ménage » ! Les enjeux du message chrétien, proclamé par Paul, sont tels que l’opposition à ce message va jusqu’à un acharnement irrationnel et sans fin (cf. le complot dans Ac 23). La Bible présente cela comme une réalité normale ; Jésus a dit : Si le monde a de la haine pour vous, sachez qu’il m’a haï avant vous (Jn 15.18). Cela veut dire que le message chrétien, dans un certain sens, ce n’est pas la promesse d’une vie quotidienne plus facile, mais la promesse d’une vie quotidienne plus difficile ! Pourquoi ? Parce que les enjeux de ce message sont de la plus haute importance : Car nous n’avons pas à lutter contre la chair et le sang, mais contre les principautés, contre les pouvoirs, contre les dominateurs des ténèbres d’ici-bas, contre les esprits du mal dans les lieux célestes (Ép 6.12).
Dans un premier temps, l’auteur pointe donc du doigt cet acharnement irrationnel contre le témoignage de Paul, pour nous faire prendre conscience de l’importance des enjeux du message chrétien. L’opposition à ce message est normale, à cause des enjeux. La Bible nous invite donc à une grande lucidité, à une grande vigilance, et à ne pas perdre courage face aux épreuves qui sont inévitables : Ne soyez pas surpris de la fournaise qui sévit parmi vous pour vous éprouver, comme s’il vous arrivait quelque chose d’étrange. Au contraire, réjouissez-vous de participer aux souffrances du Christ, afin de vous réjouir aussi avec allégresse, lors de la révélation de sa gloire. Si vous êtes outragés pour le nom de Christ, vous êtes heureux, car l’Esprit de gloire, l’Esprit de Dieu repose sur vous (1 Pi 4.12-14) ! La Bible nous invite d’autant plus à cette lucidité, que le monde, lui, n’a pas conscience de l’importance des enjeux du message chrétien. C’est ce que le texte va nous montrer dans un deuxième temps.
2. Tout le monde n’a pas conscience de ces enjeux
a) Festus ne comprend pas la situation
L’auteur, en effet, va nous parler de l’attitude de Festus au milieu de tout ce remue-ménage. Le texte nous présente Festus comme un gouverneur compétent, tout-à-fait dédié à sa mission, attentif aux demandes de la population qu’il est censé gouverner (v. 1, 6). En même temps, il ne semble pas mesurer la gravité de la situation qui oppose Paul aux autorités juives. Il semble assez flegmatique et désinvolte (v. 4-5), en tout cas inconscient des enjeux de ce qui se passe : c’est pourquoi il cherche une voie médiane (v. 5 / v. 9), il fait une proposition à Paul tout-à-fait déraisonnable (v. 9), et il finit par hausser les épaules, en quelque sorte, face à la demande de Paul (v. 12), comme s’il était dépassé par les événements. On voit que Festus ne comprend pas pourquoi on fait tout un fromage de cette situation.
b) La finale de la coupe du monde
Est-ce que vous savez ce qui s’est passé le 12 juillet 1998 ? Le 12 juillet 1998, l’équipe de France de football a joué contre le Brésil en finale de la coupe du monde. Un événement majeur, avec des enjeux importants pour tous les amateurs de foot ! Je peux vous dire qu’au Brésil, aussi bien qu’en France, ce jour-là il y avait de la tension chez les supporters. Les écrans géants ont fait leur apparition dans toutes les grandes villes de France. Les gens ont sorti leurs maillots de foot, leurs drapeaux, leur maquillage bleu-blanc-rouge, etc. Tout ça pourquoi ? Parce que les enjeux de ce match étaient de la plus haute importance. Mais il y a aussi toute une frange de la population qui ne s’intéresse pas au foot et qui, ce jour-là, ne pouvait pas comprendre tout le tralala que l’on faisait autour de ce match. Ce soir-là ils ont peut-être regardé un feuilleton à la télé et ils se sont couchés tôt. Parce que, en ce qui les concernait, ils n’avaient pas conscience des enjeux de l’événement.
c) Ne pas croire le monde
Festus est dans le même cas. Il n’a pas conscience des enjeux du message chrétien qui est mis en jugement devant son tribunal. C’est pourquoi, malgré toute sa compétence, il va faire preuve d’un peu de naïveté en essayant de satisfaire tout le monde en même temps. Cela, c’est le discours normal des gens qui n’ont pas conscience des enjeux du message chrétien : « Il faut faire de la place pour toutes les religions ! Tous les chemins mènent à Dieu ! Vive le pluralisme » ! Mais la Bible ne présente pas la foi chrétienne comme juste un choix de vie personnel et privé, une religion possible parmi d’autres, ou une simple facette de la vérité. Jésus condamne le pluralisme et toutes les autres religions du monde et de l’histoire, lorsqu’il dit : Moi, je suis le chemin, la vérité et la vie. Nul ne vient au Père que par moi (Jn 14.6).
L’auteur est donc en train de nous rappeler que le monde auquel notre témoignage s’adresse, ceux qui sont les destinataires du message chrétien, n’ont pas conscience de l’importance des enjeux de ce message. Et le danger, c’est que nous finissions par croire à leur indifférence, plutôt qu’aux enjeux de l’Évangile. Le résultat, ce sont des chrétiens qui ne dérangent personne ; des chrétiens qui se couchent tôt alors qu’il y a une finale de la coupe du monde ; des chrétiens tièdes qui acceptent la voie médiane, la voie diplomatique, et dont le témoignage consiste à donner l’impression que la foi chrétienne est une tradition respectable parmi d’autres. Mais ce n’est pas du tout le comportement de Paul dans ce texte. On va voir que Paul, lui, conscient qu’il est de l’importance des enjeux du message chrétien, ne se satisfait pas du compromis, mais veut pousser le bouchon plus loin et provoquer le positionnement.
3. Intégrer les enjeux dans la vocation chrétienne
a) Paul se défend vigoureusement
Regardons Paul en effet. Face à l’acharnement de ses détracteurs, il défend vigoureusement son témoignage, de façon systématique, répétée, avec insistance et transparence (v. 8). Paul n’accepte pas le compromis (injuste) que lui propose Festus, sachant bien que cela tournerait à son désavantage (v. 10). En toute transparence, et très sûr de lui, Paul demande un procès et un jugement. Il accepte qu’on le fasse mourir s’il a commis des torts dignes de mort (v. 11). Mais il n’accepte pas le compromis. Finalement, devant la tergiversation de Festus, Paul en appelle à une cour supérieure, à la « cour suprême », à César lui-même.
b) Les questions du baccalauréat
Qu’est-ce qu’il est en train de faire, Paul ? Il est en train de pousser le bouchon le plus loin possible parce qu’il a conscience des enjeux du message chrétien. Il y a des gens qui passent le Bac en ce moment. Ils se retrouvent devant leur copie, avec dix questions auxquelles ils doivent répondre. Combien de personnes vont répondre aux cinq premières et puis s’arrêter là parce que tout ce qu’il leur faut c’est la moyenne ? Aucune ! Pourquoi ? Parce que tous ces étudiants ont conscience de l’importance de l’enjeu, et ils veulent faire du mieux possible. Il en va de tout leur avenir ! Paul de même : on lui propose de s’arrêter après la cinquième question, mais il refuse. Il a conscience de l’importance des enjeux du message chrétien, et il compte aller jusqu’au bout.
c) Pourquoi il faut pousser le bouchon
Malgré l’opposition acharnée, et irrationnelle de ses détracteurs, et malgré l’indifférence de Festus, Paul reste convaincu que le message chrétien, c’est l’information, et l’invitation, la plus importante qu’aucun homme pourra jamais recevoir. Paul reste convaincu que ce qui s’est passé autour de l’an 33, lorsque Jésus a été crucifié, qu’il est ressuscité, et qu’il est monté à la droite de Dieu le Père, ce sont les événements les plus importants de toute l’histoire du monde. Paul reste convaincu que toute l’humanité est concernée par le message de l’Évangile. Paul reste convaincu qu’il n’y a pas d’autre moyen pour l’homme de trouver le sens de sa vie, l’utilité de son existence et son bonheur éternel autrement qu’en se confiant tout entier en Jésus-Christ, parce que Jésus a porté sur lui, à la croix, tout ce qui nous séparait de Dieu, tout ce qui gâchait notre condition humaine, tout ce qui nous rendait ignorants et malheureux. Paul reste convaincu que le message de l’Évangile a le potentiel non seulement de bouleverser des vies tout entières, mais des familles tout entières, des communautés tout entières, et même des pays tout entiers.
Conclusion
Voilà pourquoi Paul pousse le bouchon plus loin, pourquoi il compte aller jusqu’au bout. Parce que les enjeux sont de taille. Parce que les enjeux du message chrétien sont de la plus haute importance. Mais est-ce que nous mesurons l’importance de ces enjeux ? Je ne sais pas où vous en êtes dans votre cheminement personnel. Je ne sais pas si, au cours de cette expédition au Mont Blanc, vous êtes sur le chemin rocailleux, ou dans les alpages, ou sur le glacier. Peut-être que vous n’en êtes même pas là, et que cette expédition n’est encore pour vous qu’un projet auquel vous commencez à vous intéresser. Quel que soit votre rapport au message chrétien, et à l’invitation de l’Évangile, le texte de ce matin vous invite à retenir une leçon très simple mais lourde en conséquences : les enjeux sont de taille. Les enjeux sont de la plus haute importance. C’est une invitation à la lucidité, parce que les enjeux sont tels que la vie chrétienne, c’est loin d’être quelque chose d’anodin, mais c’est un véritable défi. C’est une invitation à la vigilance, parce que les enjeux sont tels, que l’opposition viendra, et parfois nous surprendra. C’est une invitation au courage, parce que les enjeux sont tels, que le jeu en vaut bien la chandelle ! Et c’est une invitation à la persévérance, au zèle, et à une sainte obstination, car les enjeux sont tels, que nous ne devons pas nous laisser endormir par l’indifférence générale, mais bien plutôt chercher à pousser le bouchon toujours plus loin et à proclamer le message de l’Évangile avec vigueur et insistance. Dieu nous adresse un peu le même appel que celui qu’il a adressé au prophète Ézéchiel, qu’il a envoyé vers un peuple aveugle et indifférent, en lui disant : Voici que j’endurcis ta face, pour que tu l’oppose à leur face ; j’endurcis ton front, pour que tu l’opposes à leur front. […] Tu leur parleras et, qu’ils écoutent ou qu’ils ne prennent pas garde, tu leur diras : Ainsi parle le Seigneur, l’Éternel (Ézéchiel 3.8, 11).
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